Le roman «vrai» sur Molinari

Le peintre Guido Molinari a droit à un ouvrage sur son œuvre et sa vie.
Photo: Fondation Guido Molinari Le peintre Guido Molinari a droit à un ouvrage sur son œuvre et sa vie.

La bible. Sa bible. Quatorze ans après son décès, le peintre Guido Molinari (1933-2004) a droit à l’ouvrage de référence sur son oeuvre et sa vie. Il était attendu depuis si longtemps qu’on l’avait presque oublié. Il faut dire que la Fondation Molinari, créée par l’artiste à sa mort, par testament, a répondu à sa mission autrement, à travers des expositions multiples et variées.

La voici enfin, la publication qui fait autorité, projet de la Fondation depuis ses débuts. Et elle est solide, cette bible. Par son volume, par la qualité et par le nombre des reproductions d’oeuvres et, bien sûr, par la justesse des textes qui situent l’artiste dans l’évolution de la peinture abstraite.

Il ne s’était jamais publié de livre aussi complet, sinon une thèse de doctorat (par Camille de Singly, en 2004). Des textes si, par contre, à commencer par celui de 1974 que les éditeurs ont choisi de reprendre intégralement : Guido Molinari. Un point limite de l’abstraction chromatique. Il s’agit d’un texte phare de Bernard Teyssèdre, historien de l’art français, qui aura mis les pieds au Québec à la fin des années 1960.

Dans ce long essai en deux tons — le personnel, au « je », et l’analytique, soit une analyse tableau par tableau, série par série —, Teyssèdre décortique « l’élaboration théorique-pratique d’un nouveau système pictural ». L’auteur met des mots justes, parlant de ce programme pictural purement bidimensionnel comme d’une « fiction vraie ». Molinari aura reçu ici un appui de poids, bien que sans véritable effet.

Sa gloire internationale, notamment ses participations à The Responsive Eye (1965), exposition pivot à New York sur l’art optique, et à la Biennale de Venise de 1968, précède ce texte. En fait, Teyssèdre côtoie Molinari au plus fort de sa production, de là l’importance de ses réflexions. Publié jadis sous forme de brochure pour accompagner une exposition au Centre culturel canadien, à Paris, le texte renaît avec tout le prestige qui lui revient.

Intitulée simplement Molinari, la publication propose trois autres textes, tous inédits. Le vénérable historien de l’art québécois François-Marc Gagnon s’attarde à la période « cruciale » des Noirs et blancs (1954-1956). Dans Le « théoricien du molinarisme », l’Ontarien Roald Nasgaard met en lumière les écrits (et la peinture) de Molinari, qu’il compare au travail de Sidney Tillim, auteur notamment de l’introduction de The Responsive Eye. Enfin, l’artiste Marc Séguin, ancien élève de Molinari, signe un court essai empreint d’émotion, afin de rendre hommage à celui qui « lui a montré la vie de peintre mille fois mieux qu’un professeur ».

Le livre est complété par une exhaustive chronologie illustrée, ponctuée de détails biographiques et du relevé des faits d’armes du maître des bandes verticales colorées. Elle conclut le chemin ouvert par Teyssèdre, dont le premier chapitre annonçait ceci : « Comment l’auteur, habitant l’atelier de Molinari, découvrit un personnage hors du commun ; et l’idée qui lui vint d’écrire sur lui moins une chronique qu’un roman – mais un roman vrai. »

Molinari

★★★★

Bernard Teyssèdre, François-Marc Gagnon, Roland Nasgaard, Marc Séguin, Fondation Guido Molinari, Montréal, 2018, 325 pages