«Sur la science qui surprend, éclaire et dérange»: la science, ça marche

Grâce à des exemples tirés de plusieurs disciplines, Jean-René Roy montre comment la science permet de comprendre le monde avec intelligence.
Photo: Svisio Grâce à des exemples tirés de plusieurs disciplines, Jean-René Roy montre comment la science permet de comprendre le monde avec intelligence.

« Tous les fleuves vont à la mer : mais la mer n’en est point remplie ; pourtant les fleuves ne continuent pas moins d’y couler sans arrêt », dit le sage Qohéleth. À cette observation de l’auteur de l’Ecclésiaste, qui laissait certainement songeur il y a 2500 ans, la science a maintenant de quoi répondre. L’évaporation des océans, la condensation de la vapeur en nuages, la précipitation sous forme de pluie et l’écoulement des eaux dans les ruisseaux, les rivières et enfin les fleuves forment un cycle parfaitement équilibré qui maintient la mer à un niveau stable. Du moins, avant que l’être humain ne fasse fondre les glaciers et les calottes polaires…

Dans son essai Sur la science qui surprend, éclaire et dérange, l’astrophysicien québécois Jean-René Roy livre un plaidoyer pour la science, une manière de comprendre le monde qui « marche ». Grâce à une collection d’exemples tirés de la biologie, de la physique nucléaire, de la génétique, de la géophysique ou de la cosmologie, l’auteur montre comment la science permet de comprendre le monde avec intelligence.

La science tire sa force de son dynamisme. D’abord, elle bouge constamment : la lecture des ondes gravitationnelles fait partie, depuis 2016, des outils à la disposition des astrophysiciens pour comprendre le monde. Puis, la science surprend : l’univers s’agrandit et, qui plus est, son expansion s’accélère. Ensuite, la science éclaire : le tableau périodique, au XIXe siècle, a permis de prévoir l’existence de nouveaux éléments. Et la science dérange : le réchauffement anthropique du climat est bien réel et il impose un bouleversement de notre mode de vie.

Pourquoi en parler maintenant ? Selon l’auteur, deux visions erronées et contradictoires de la science circulent. Il y a d’abord la science des encyclopédies, celle de Galilée, Newton et Darwin, qui semble irréfutable et figée dans le temps. Puis, il y a la science tape-à-l’oeil, quand, dans les médias, on nous annonce « en fanfare » de nouvelles découvertes scientifiques. La science est pourtant à cheval entre ces deux régimes : elle se construit lentement, gagne en complexité, mais n’est jamais définitive.

Alors que, dans la première partie de l’ouvrage, on perd parfois de vue ce dont l’auteur veut nous convaincre, Roy détaille ensuite sa fine vision des usages de la science. Il la distingue d’abord de la croyance, puis explique dans quelles conditions on peut s’en remettre au jugement des autres. Il déplore l’instrumentalisation de la science par les tenants des techno-utopies. Les promesses de voyages sur Mars imminents servent avant tout à promouvoir les activités bien terriennes des milliardaires qui les font miroiter, croit-il.

Entre-temps, pour le véritable curieux, les mystères scientifiques ne manquent pas. Pour en donner la mesure, l’auteur conclut en citant Blaise Pascal, qui « proposa l’analogie d’une sphère dont le rayon augmente avec le temps pour décrire la croissance de la connaissance et des savoirs scientifiques : le volume des connaissances croît, mais aussi la surface frontière avec l’espace de l’inconnu ».

Sur la science qui surprend, éclaire et dérange

★★★

Jean-René Roy, Presses de l’Université Laval, Québec, 2018, 263 pages