«Contre la perte et l’oubli de tout»: la fiction à l’épreuve du temps

L’essai de M. Châteaureynaud est truffé d’incises éditoriales, bien souvent mûres et érudites.
Photo: Pierre Verdy Agence France-Presse L’essai de M. Châteaureynaud est truffé d’incises éditoriales, bien souvent mûres et érudites.

Georges-Olivier Châteaureynaud dit ne pas espérer la postérité, même s’il a passé sa vie « entouré de livres, s’efforçant de délimiter autour de lui un enclos d’éternité ».

Lecteur passionné et généreux, il nous livre, dans Contre la perte et l’oubli de tout, une trentaine de courts essais portant sur les oeuvres qui l’ont marqué et l’état actuel de la fiction.

Ses réflexions convoquent de nombreux auteurs, certains plus connus et d’autres plus obscurs pour le public québécois. S’offrant quelques détours du côté de la nouvelle et de la poésie, l’essentiel de son propos concerne la littérature fantastique, à laquelle il a consacré la majeure partie de son oeuvre.

Citant les balbutiements de ce genre littéraire, aux bons soins de Lovecraft et Poe, l’auteur ne rougit pas de son parti pris évident pour le fantastique qui, « en dehors de tout dogme, de toute religion, offre un moyen de salut dans la mesure exacte où il nous arrache à ce monde et nous met en face des problèmes essentiels ».

Dans la foulée, il remet en question l’intérêt de l’autofiction, soutenue par des auteurs plus intéressés par la banalité du quotidien que par les merveilles de leur imaginaire : « Craint-on, en recourant trop aux sortilèges de l’imagination, de s’écarter fatalement des préoccupations qu’on prête au plus grand nombre ? »

Un style impeccable

Truffé d’incises éditoriales, quelquefois pontifiantes, mais plus souvent mûres et érudites, l’essai tente d’extraire les oeuvres qui survivront à leurs auteurs : « La littérature est souvent denrée périssable, et sa pérennité trompeuse. Nos enthousiasmes contemporains ne tardent pas à s’estomper. »

Porté par un style impeccable et un habile sens de la formule, Contre la perte et l’oubli de tout offre un étonnant déambulatoire qui nous rappelle, heureusement, que « la littérature, c’est ce que le public n’attend pas ».

Extrait de «Contre la perte et l’oubli de tout»

Pour qu’on puisse parler d’une oeuvre littéraire, il faut qu’une voix toujours identifiable, dotée d’une étendue, d’un timbre et d’une coloration qui ne soient qu’à elle, exprime une sensibilité, une tournure d’esprit, et pourquoi pas une âme singulière. Mais il ne suffit pas que cette voix soit en elle-même reconnaissable ; il faut encore que l’humanité — au moins une humanité — s’y reconnaisse. 

Contre la perte et l’oubli de tout

★★★

Georges-Olivier Châteaureynaud, Albin Michel, Paris, 2018, 220 pages