«La toile du paradis»: Rousseau aux douanes de l’ennui

«Le rêve», Henri Rousseau, 1910
Photo: Wikimedia, domaine public «Le rêve», Henri Rousseau, 1910

Tout est affaire de faussaires dans ce roman de Maha Harada, La toile du paradis, moulé dans l’univers de l’histoire de l’art. Au cœur des luttes de coulisses pour l’obtention, par les musées, des œuvres les plus prisées, le récit s’attarde au tableau du Douanier Rousseau Le rêve.

L’auteure japonaise, historienne de l’art, a imaginé une toile qui s’apparente au célèbre tableau, mais dont certains détails et le titre, J’ai rêvé, laissent les protagonistes perplexes devant son authenticité. Afin d’élucider la question, Beyler, riche collectionneur suisse détenteur de l’œuvre, convoque deux spécialistes de Rousseau : Hayakawa Orie, diplômée de la Sorbonne, polyglotte et brillante, et Tom Brown, sorti de Harvard, qui usurpe l’identité de son supérieur, conservateur du MoMA, avec l’espoir de pousser sa carrière. Beyler leur offre sept jours pour résoudre l’énigme : « Je veux que vous déterminiez s’il s’agit d’un authentique Rousseau ou d’une contrefaçon. »

Dans ce récit où seule la médiocrité est authentique, rien n’est original. Aussi s’enfarge-t-on dans une histoire sans saveur où tout est répété trois fois, au cas où le lecteur serait idiot ou qu’il aurait, entre deux bâillements, laissé échapper un élément narratif. Il en va de la trame en italique, rapportant des monologues intérieurs qui ne révèlent rien, sinon la vacuité des personnages.

Même la plongée dans l’œuvre de Rousseau reste en surface, campée dans quelques éléments biographiques, nous faisant douter de l’expertise des spécialistes. À preuve, le climax avorté où, pour démontrer sa posture, Orie y va de ce plaidoyer laconique : « Il y a dans ce tableau de la passion. Toute la passion du peintre. Je n’ai rien d’autre à dire. » Si cela ne vous convainc pas de la piètre qualité de ce roman, je crains hélas n’avoir rien de plus à dire.

Extrait de «La toile du paradis»

« Lorsqu’il pensait au beau, il était dévoré de colère, d’envie de tordre les choses en tous sens. La beauté ressemblait à ces femmes infatuées d’elles-mêmes qui ne se seraient jamais retournées sur lui malgré toute sa tendresse à leur égard. La beauté ! Quelle chose amère et irritante ! À défaut de pouvoir la faire sienne, il aurait voulu l’injurier, la rouer de coups, l’assassiner. Le jeune génie de la peinture était si violemment obnubilé par le beau qu’il en venait paradoxalement à ne plus pouvoir le supporter. »

La toile du paradis

★★

Maha Harada, traduit du japonais par Claude Michel-Lesne, Éditions Philippe Picquier, Arles, 2018, 320 pages