Moins de livres édités au Québec

Le paysage de l’édition continue de se transformer.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le paysage de l’édition continue de se transformer.

Quels sont les livres faits ici ? Les statistiques de l’édition au Québec en 2015 de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) permettent d’observer ce polaroïd décalé des publications made in Québec. On y voit ainsi une popularité certaine des romans, une montée douce et constante de l’autoédition et des publications en anglais, et une baisse du nombre de livres publiés.

Ces statistiques sont basées sur le dépôt légal, qui oblige tout éditeur québécois à déposer, à chaque édition, deux exemplaires de ses publications — mais pas dans les cas de réimpression.

Après le sommet en 2008

Notons tout d’abord une diminution du nombre de titres publiés annuellement, baisse « amorcée à la suite du sommet historique atteint en 2008 », comme le précise le document signé par Pascale Messier. Il y avait 6557 livres en 2015, après un sursaut à 7171 en 2014. Les titres en « langues et littérature » dominent toujours, et de loin (44,4 % de l’ensemble) ; ils sont suivis par ceux en « sciences sociales » (11,1 %) et par « philosophie, psychologie et religion » (10 %).

Le tirage moyen des livres semble diminuer graduellement, mais BAnQ rappelle qu’il faut lire ces données-là avec circonspection, en se rappelant qu’elles ne sont que parcellaires, puisque cette information est donnée volontairement par les éditeurs. Le tirage moyen était de 2026 exemplaires en 2015, ce qui demeure énorme pour le Québec (rappelons qu’on parle ici parfois d’un best-seller à partir de 700 exemplaires vendus), comparé à 3692 en 2006.

« La part des titres publiés en langue française a subi une baisse de 10,9 % en 2015 (7457 titres), indique l’étude. On constate une augmentation de la proportion des publications en langue anglaise, qui passe de 9,3 % en 2014 à 10,3 % en 2015. » Les autres langues ont connu une baisse, alors que les titres multilingues ont augmenté.

Moins de bédé, plus de théâtre

Le paysage de l’édition continue de se transformer. « Les éditeurs commerciaux ont publié 69 % des titres imprimés. L’autoédition occupe toujours le deuxième rang », mais le nombre d’éditeurs et de titres qu’on y trouve va grandissant : ils ont publié 9 % des titres en 2015. Les productions du Gouvernement du Québec occupent le troisième rang.

La production de bandes dessinées a chuté de 36,3 % ; celle des textes de théâtre augmenté de 111 %. En philosophie, psychologie et religion, la philosophie a remonté de 80,5 % en 2015, alors que, depuis quelques années, la religion semble baisser de manière quasi proportionnelle à l’augmentation de la psychologie. Et on a publié cette année-là surtout de la littérature jeunesse (1170 titres) et du roman (1035 titres).

Comme le dépôt légal ne couvre pas pour l’instant les publications numériques, elles échappent complètement à ces statistiques.


Évolution du nombre de titres publiés sur 10 ans

au Québec et édités par des maisons d’édition commerciales
 
2006 6370
2007 6652
2008 7139
2009 6991
2010 6970
2011 6581
2012 6778
2013 6383
2014 6922
2015 5977
2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 2 mai 2017 05 h 17

    Quelle surprise...

    Quelle surprise mes amis que cette nouvelle !
    Et moi qui pensait être le seul à se voir refuser ses textes par les éditeurs !

    Alors donc, à moins mille ouvrages de publier sur une année au Québec, donc à moins 15%, serait-ce que je ne suis pas l'unique auteur qui dérange trop dans sa liberté pour être lu de manière "officielle" ?
    Lu ailleurs que dans les commentaires du courageux Devoir, bien entendu...
    Mais combien serions-nous donc de cette "race" d'incontrôlables ?
    Comme les Anciens le disent si poétiquement là où j'habite : Say pas ! ("say" se disant comme "ail" et "pas", comme "as"...).


    PS : Avant qu'on puisse en douter je le précise, oui c'est de l'ironie en seule direction des Maisons d'Edition québécoises. Au point où j'en suis, pourquoi donc me priver de ce petit plaisir après tout ?
    Tourlou !

  • Yves Côté - Abonné 3 mai 2017 02 h 41

    Le silence...

    Le silence général des commentaires des lecteurs du Devoir sur ce sujet montre bien, très malheureusement, que les Maisons d'édition ont bien raison sans doute de réduire leurs investissements en matière de nombre et volume de publications.
    Exactement comme les fabricants industriels de saucisses le feraient eux-mêmes pour éviter le surplus des stocks sur les tablettes de super-marchés...

    Où c'est qu'on s'en va-t-y Ma'me Chose ?
    Je sais pas plus que les autres mais ce que je sais, c'est qu'on accélère sans cesse un peu plus pour y arriver...

    Tourlou !