Outardes, Catherine Côté

Catherine Côté s’inscrit dans une des tendances fortes de la poésie actuelle qui se tient au plus près du réel, avec des accents non dissimulés d’autobiographie. Cela enlève un peu du mystère à la parole poétique, alors que la vérité tous azimuts semble le parangon de cette poésie « selfie ». Des textes en prose, intercalés entre les poèmes en vers libres, prennent la forme d’un journal intime. La banalité contamine les poèmes eux-mêmes : « un vieux monsieur me salue / sur son tracteur à patates / dans son champ de patates. » A contrario, et forcément, cette surcharge autobiographique crée une tension émotive palpable tant la remontée des souvenirs se charge de bons sentiments. On craque souvent pour de vieilles dames, le grand-père Jean, la vie de famille et les pèlerinages en terre ancienne. La poésie est ailleurs, se cache dans ces détours affectifs soutenus par de belles évocations : « la route est une enflure de chair / rose de nerfs, de tendons étirés / de cadavres de colons. » Hélas ! Ce sont aussi les vibrations occultes des morts qui parlent dans le vent du Nord comme un mauvais cliché. Voici un recueil qui provoque une lecture mitigée, à la fois heureuse et irritante. Vieux manège de l’esprit : c’est tout de même beau de se faire parler de la mémoire de ceux qu’on a tant aimés.

Outardes

★★ 1/2

Catherine Côté, Les éditions du passage, coll. « Poésie » Montréal, 2017, 104 pages