La fable joliment avinée de Nicolas André

Planche tirée de «Ivanhoé Backus»
Photo: La Pastèque Planche tirée de «Ivanhoé Backus»

Le chanteur néerlandais et francophile Dick Annegarn l’a écrit un jour dans une de ses chansons : « Pas besoin de sous pour être bien, pas besoin de vin pour être sous. » À la lecture d’Ivanhoé Backus (La Pastèque), qui le cite dans ses premières pages, il pourrait désormais ajouter : « Pas besoin de réalisme pour être cohérent, pas besoin de repères pour s’y retrouver. »

Car c’est bel et bien ce qui se dégage de cette fable poétique placée dans une époque indéfinie sur fond de production de vin dans un pays où la tradition semble solidement ancrée. Les notes de ce récit sont vaporeuses autour d’un père et son fils, Gaspar Backus et Ivanhoé, tous deux ostracisés par leur communauté, et qui vont être confrontés à un destin improbable.

Photo: La Pastèque Planche tirée de «Ivanhoé Backus»

On résume : le temps est aux récoltes. Le p’tit gars, un peu trop plein de soupe, va rester coincé, au moment du grand nettoyage, à l’intérieur du tonneau familial devant servir à la production du cru annuel. Cet état d’incarcération, plutôt angoissant pour le père, va surtout devenir, une fois le choc encaissé, la source d’une étonnante alchimie et donner corps à une cuvée remarquable et remarquée. Après plusieurs « dodos passés dans le raisin », Ivanhoé Backus sort finalement de son tonneau, mais sous la forme d’un apôtre qui va laisser le vin accompagner sa bonne parole.

Les couleurs sont vives, les perspectives et les proportions sont aléatoires, mais finissent par tenir solidement serrée la trame narrative de cette incursion poétique qui passe par la production de vin, la transmission des savoirs ancestraux, pour mieux poser un regard délicatement subversif sur notre rapport au monde. Nicolas André, un gars de Reims, en France, passé par Bruxelles et qui publie ici son premier bouquin au Québec, y parle de solidarité, de résistance et de la suite des choses dans un monde qui, affligé par son culte pour l’instant et par ses court-termismes, finit par ne plus savoir où il va faute de ne pas avoir su conserver la conscience de là où il vient.

Le bédéiste a déjà creusé le sens de la vie et volé très haut en participant en 2014 à un livre jeunesse accordéon sur l’alpinisme et la spéléologie, Beyond the Surface (éditions Nobrow). Si des pastilles de goût avaient été inventées pour la bande dessinée, Ivanhoé Backus pourrait porter celle d’un cru ludique et philosophique à la fois ou encore lumineux et réflexif, mais tout ça, bien sûr, serait hautement loufoque, à l’image de l’histoire de vie et du destin que ces 116 pages racontent.

Ivanhoé Backus

★★★ 1/2

Nicolas André La Pastèque Montréal, 2017, 116 pages