Furies, Chloé LaDuchesset

Il ne fait aucun doute que la parole féministe revendicatrice est d’une importance capitale, il ne fait aucun doute que l’entreprise de Chloé LaDuchesse impose le respect. Mais subsiste souvent une ambiguïté dans son propos : « J’écris femme : nous sommes des monstres. Je dois dire cette fureur, cet amour abject. » Il s’en dégage alors un certain défaitisme larvé qui étonne, tant la revendication devrait ouvrir sur un avenir probable : « leurs espoirs ne poussent plus / de ce côté-ci du mythe // je suis appelée à disparaître ». Passant ainsi d’« une autre forme de distance / [à] un autre requiem », la poète, tantôt démunie, tantôt rageuse, confronte sa condition avec une lucidité franche. Comme elle avoue avoir « autant de gorges / que de paroles », elle nous tend ces Furies comme un cri, ne cachant pas ce qu’elle doit à la parole des aînées, donnant ainsi à lire un livre qui, faute d’apporter une vision vraiment neuve de la condition des femmes, n’en reste pas moins nécessaire tant le féminisme affirmé doit encore aujourd’hui trouver une voix.

Furies

★★ 1/2

Chloé LaDuchesse, Mémoire d’encrier, Montréal, 2017, 78 pages