Dany Laferrière à la conquête du public italien

Dany Laferrière et Charlotte Rampling
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Dany Laferrière et Charlotte Rampling

Dans l’Italie encore ébranlée par le tremblement de terre meurtrier du mois d’août, les mots de Dany Laferrière font mouche. Invité au Festival de littérature de Mantoue, il parle de Tout bouge autour de moi, son livre traduit récemment en italien, qui décrit les secondes terribles qui ont fait 300 000 morts en Haïti, le 12 janvier 2010. L’écrivain, qui était sur place à Port-au-Prince au moment des événements, dit y avoir tiré une grande leçon, après avoir constaté que les fleurs avaient survécu au séisme tandis que les immeubles s’étaient effondrés. « Les choses légères résistent plus que les choses solides. Le béton est tombé, la fleur a survécu », disait-il à son public italien dimanche à Mantoue.

Le samedi soir, Dany Laferrière s’entretenait sur scène avec l’actrice Charlotte Rampling, qui a joué en 2006 dans le film Vers le Sud, inspiré de l’oeuvre de Laferrière. Charlotte Rampling a elle-même publié récemment un livre chez Grasset, Qui je suis, écrit avec Christophe Bataille.

Reste que Dany Laferrière, dont le livre L’art presque perdu de ne rien faire, vient d’être traduit en italien, confie en entrevue qu’il n’est pas facile de percer le public de la péninsule. Les lecteurs italiens sont tous ici, dit-il, en faisant référence aux foules qui se pressent à Mantoue, pour écouter les conférences des écrivains invités.

En collaboration avec sa nouvelle éditrice italienne, il a d’ailleurs entrepris de signer des textes dans les journaux italiens, pour se faire connaître. Le 5 septembre dernier, on pouvait lire dans Il Sole 24 ORE un texte de lui sur les peintres haïtiens.

« Les paresseux travaillent beaucoup, c’est la seule façon d’avoir la paix », dit-il en riant, évoquant le propos de L’art presque perdu de ne rien faire. Il cite également Jules Renard, pour qui le paresseux est quelqu’un qui se repose avant d’être fatigué.

N’est-ce pas en observant les fourmis, et en écoutant les conversations de sa grand-mère, que Dany Laferrière a développé l’art d’écrire des histoires ?

La délégation canadienne, invitée par le festival Metropolis bleu, faisait l’objet d’une attention spéciale à Mantoue, et les organisateurs l’ont reçue dans les somptueux salons du Palazzo Castiglioni. Dany Laferrière était le seul écrivain québécois de la délégation.

Alan Bradley, auteur de la série de romans policiers Flavia de Luce, racontait pour sa part comment il a commencé à publier à 69 ans, après avoir pris sa retraite. « Je n’ai pas arrêté de publier depuis », dit-il, aujourd’hui âgé de 77 ans. Sa série, dont l’héroïne est britannique, l’a fait voyager partout dans le monde. En fait, Alan Bradley n’était jamais allé en Grande-Bretagne avant d’y avoir campé l’intrigue mettant en scène Flavia de Luce. Depuis, ses livres ont été traduits en 36 langues et dans 38 pays. Cette série est très populaire en Chine.

Ce sont également les romans pour jeunes adultes d’Allan Stratton qui ont séduit le public international. Mais l’auteur, qui a été traduit dans 14 pays, précise que ce label « jeune adulte » est surtout utilisé à des fins de marketing. « En fait, seulement 20 % des lecteurs sont adultes », dit-il.

Caroline Montpetit se trouve à Mantoue à l’invitation du Festival de littérature.