Les libraires veulent une part plus large des achats scolaires

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

L’Association des libraires du Québec (ALQ) demande de resserrer les règles d’achats des livres scolaires, afin que les libraires puissent bénéficier aussi des achats des Centres de la petite enfance (CPE). Et que les exigences soient les mêmes pour les librairies, les universités ou les coopératives en milieu scolaire. Cette demande est au coeur du rapport déposé à l’ancien ministre Denis Vaugeois pour nourrir sa réflexion sur la loi 51, qui régit toute la chaîne du livre.

Le Devoir a obtenu copie du mémoire d’une vingtaine de pages déposé par l’ALQ à Denis Vaugeois. Interrogée à ce propos, la directrice générale de l’association, Katherine Fafard, ne cache pas une certaine inquiétude, et se demande si le travail exécuté sera utile. « Puisque nous venons de changer de ministre de la Culture et que le rapport a été remis le 30 janvier dernier, j’espère qu’il ne prendra pas la poussière sur une tablette, qu’il sera considéré par le nouveau ministre, Luc Fortin, et que des aménagements à la loi 51 seront proposés dans des délais raisonnables, idéalement au printemps prochain, comme on nous l’avait laissé entendre. »

Quand on se bat pour de tels points, on nous répond que le libraire veut juste faire un plus gros revenu

 

Depuis la commission parlementaire sur la réglementation du prix de vente des livres neufs, lancée par les péquistes en 2013, le milieu du livre semble vivre un jour de la marmotte : les gouvernements réanalysent la possibilité d’actualiser la loi 51, par le truchement de diverses évaluations (INRS, Denis Vaugeois), sans aboutir à une conclusion ni à un changement.

Parmi les dix-sept recommandations de l’ALQ, trois touchent de près ou de loin le livre pour le milieu scolaire. Les achats institutionnels par les écoles sont, selon Mme Fafard, un des nerfs de la guerre, puisqu’ils peuvent faire la différence entre une librairie rentable ou non.


La question du livre scolaire

« Les budgets d’acquisition des écoles étant insuffisants, peut-on lire dans le document, diverses pratiques plus ou moins conformes à la loi tendent à se multiplier. Un tiers — particuliers, comités de parents, fondations, etc. — procède à l’acquisition de livres qu’il remet ensuite à l’école. Ces achats bénéficient ou non de rabais de la part du libraire et sont effectués n’importe où. Il n’y a présentement aucune certitude que les institutions scolaires effectuent leurs achats conformément à la loi et ses règlements, puisque la plupart ne font pas de reddition de compte. » Certaines remises en deçà de 40 % seraient régulièrement accordées. La définition « d’instrument de didactique » serait aussi extrêmement élastique, jusqu’à inclure des guides, des livres pratiques, et des « livres de loisirs et de tricot », selon la Mme Fafard, et gagnerait à être précisée.

Les coopératives devraient répondre, elles aussi, aux critères d’agrément des librairies sur l’inventaire, l’emplacement et les heures d’ouverture. « Certaines coopératives ne respectent pas l’obligation de détenir au moins 6000 titres en [stock] (4000 titres étrangers et 2000 titres québécois) », indique le mémoire. Un grand nombre de coopératives sont peu visibles de la voie publique, et fermées pendant l’été, contrairement à ce qu’exige le Règlement sur l’agrément des libraires.

L’ALQ aimerait aussi que les universités effectuent leurs achats d’ouvrages édités et distribués au Québec auprès des librairies. « Pour ce qui est des centres de la petite enfance, étant subventionnés par l’État, il serait cohérent qu’ils soient soumis à la Loi », précise encore les recommandations de l’ALQ.

« Quand on se bat pour de tels points, on nous répond que le libraire veut juste faire un plus gros revenu, rapporte Mme Fafard en entrevue téléphonique. Mais si, dans les revenus que procurent le livre, il est le maillon de la chaîne qui reçoit la plus grosse pointe de tarte, c’est aussi parce que c’est celui effectue le plus de dépenses : 61 % des dépenses des librairies se font sur le loyer et les salaires. » C’est pourquoi l’ALQ aimerait aussi voir les villes et les bibliothèques acheter leurs livres et effectuer leurs achats institutionnels dans des librairies sur leur territoire. « C’est le seul moyen pour les villes d’aider les librairies présentement », précise la directrice générale.