Ensemble pour le livre (bis)

Au-delà de l'achat lui-même, le «12 août» sert de vecteur de l'identité québécoise, les livres mettant en scène des préoccupations nationales et culturelles.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Au-delà de l'achat lui-même, le «12 août» sert de vecteur de l'identité québécoise, les livres mettant en scène des préoccupations nationales et culturelles.

L’an dernier, l’initiative « sauvage » a marché au-delà des espérances : dix mille personnes ont répondu à l’appel de l’événement Facebook « Le 12 août, j’achète un livre québécois », lancé par les auteurs Patrice Cazeault et Amélie Dubé pour stimuler le marché du livre et réveiller la sensibilité du lecteur québécois à la littérature d’ici. Un an après, malgré son succès retentissant qui a fait des vagues jusqu’au ministère de la Culture, la formule citoyenne veut rester citoyenne. À petite échelle. Et reviendra l’an prochain, sans doute l’année d’après. Faudra-t-il marquer le jour d’une pierre blanche ?

Déjà, en prévision de ce mercredi, quelque 8700 personnes ont confirmé leur participation, un nombre qui grandit d’heure en heure. Des lecteurs partagent d’avance leurs idées et leur enthousiasme en ligne, ce que fait aussi la revue Les libraires en proposant, elle, des séries thématiques pour marquer le coup de ce qu’elle appelle la « fête de la littérature québécoise » : 12 premiers romans, 12 classiques de la BD québécoise, 12 « réflexions approfondies » sur de grands dossiers… Et il y en a d’autres.

Cet engouement inespéré n’avait pas manqué d’interpeller le ministère, l’an dernier, les méthodes classiques de promotion du livre connaissant rarement un tel effet boule de neige. Les deux organisateurs du « 12 août » ont rencontré la ministre Hélène David au Salon du livre de Montréal, en novembre, et gardent contact depuis. « Le ministère nous a proposé son aide, mais c’est une machine qui est longue, qui est lourde. On cherche encore une façon de joindre un peu nos forces, lance Patrice Cazeault. Mais pour l’instant, Amélie et moi, on aime le côté simple. On ne veut pas alourdir l’événement. »

En filigrane, une crainte demeure en cette deuxième édition : le recyclage du « 12 août » en vitrine promotionnelle ou en plateforme de débat sur le marché du livre, qu’on sait en dégringolade. « Ça ne donne rien de continuer à taper sur le même clou, de s’apitoyer sur ce sort-là, tranche Patrice Cazeault. On a transformé le débat en événement positif. On a évacué la question en invitant à poser un geste. » Né sur les réseaux sociaux, relayé par le bouche-à-oreille et le dialogue citoyen, l’événement restera donc autogéré, même si les joueurs du livre ont pris la balle au bond.

Une « écologie » locale

Au-delà de l’achat lui-même, le « 12 août » sert aussi de vecteur de l’identité québécoise, les livres mettant en scène des préoccupations nationales et culturelles. « Il faut acheter québécois parce que c’est une partie de nous », avance la libraire Jeanne Lemire, de la librairie Paulines, dans une capsule vidéo de la Fabrique culturelle mise en ligne vendredi. « Comme on est peu nombreux, c’est extrêmement important de donner une chance aux gens de chez nous pour les faire connaître, les faire apprécier et continuer aussi ce qu’on appelle la culture québécoise. » D’autant plus que dans la masse de livres (notamment des traductions) publiés chaque année, renchérit Patrice Cazeault, les auteurs québécois ont souvent du mal à se démarquer.

Même s’il a été clair dès le départ que le lecteur peut faire son achat où bon lui semble sans craindre de « se faire tirer des roches », le coorganisateur incite à passer chez le libraire, ce professionnel, grand lecteur et bon conseiller, car il « fait partie de l’écologie du livre ». C’est d’ailleurs dans les librairies indépendantes que le « 12 août » 2014 a le plus porté, certaines ayant vendu jusqu’à 50 % plus de livres québécois qu’à l’habitude. Et accueilli un nombre inhabituel de lecteurs souhaitant, cette fois, qu’on les aiguille.

Aussi profitable et symbolique l’initiative soit-elle, il reste que le livre a besoin de soutien toute l’année pour se refaire une santé. Maintenant que la bouteille à la mer est lancée, que lui souhaiter ? « Que ça devienne un réflexe pour les lecteurs de s’intéresser au livre québécois. Que ce soit un réflexe pour les médias d’en parler, répond Patrice Cazeault. Je n’aime pas le terme habitude, parce que ça laisse peut-être une connotation négative. Que le Québécois adopte sa littérature, je dirais. »

49%
C’est le bond qu’ont connu les ventes de livres québécois pour la journée du 12 août 2014, selon la Banque de titres de langue française (BTLF).
103 %
C'est le pourcentage d'augmentation des ventes, le même jour, pour la littérature québécoise seulement.