Les ventes de livres neufs chutent encore au Québec

2014 est marquée par une baisse assez forte, et étonnante, des ventes de livres en grandes surfaces.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir 2014 est marquée par une baisse assez forte, et étonnante, des ventes de livres en grandes surfaces.

Effet de la vente de livres en ligne, au profit des Amazon de ce monde ? Dissipation de la lecture de livres au profit des multiples écrans qui nous entourent ? Dévalorisation de la lecture soufflée par l’époque ? Les pistes sont nombreuses, les causes pas encore disséquées. Mais les statistiques 2014 de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec confirment l’intuition de plusieurs observateurs du milieu du livre : la situation a déjà été plus reluisante. L’an dernier, les ventes de livres neufs au Québec ont totalisé 622 419 508 $, une baisse de plus de 65,6$ millions depuis 2013.

Ces statistiques, comme celles qui observent la fréquentation des salles de spectacle, gagnent à être remises en perspectives. En effet, un seul méga-best-sellers peut changer la donne, comme l’a fait l’érotico-bluette Cinquante nuances de Grey (JC Lattès) pour 2012-2013. Car 2014 est marquée par une baisse assez forte, et étonnante, des ventes de livres en grandes surfaces (Costco et consorts), qui comptent beaucoup sur les gros best-sellers pour rentabiliser leurs étals de bouquins. Celles-ci comptabilisaient 55 824 538 $ de ventes, contre 73 612 660 $ en 2013. « Probablement que la fermeture de Target a influencé ces chiffres, réfléchit Benoit Allaire, chargé de projet à l’Institut de la statistique du Québec, et les retours de leurs livres non vendus risquent de marquer aussi les statistiques du début de l’année 2015. »

Katherine Fafard, directrice générale de l’Association des libraires du Québec, sans vouloir être alarmiste, se montre bien sûr inquiète de ces chiffres à la baisse et de la tendance descendante qui se profile. Elle se questionne par ailleurs sur la part de lecteurs québécois qui lisent dorénavant en anglais, grâce au bilinguisme galopant, et dont les achats de livres échapperaient au décompte de l’Observatoire. « On demande depuis trois ans à l’Observatoire de comptabiliser à part les ventes de livres en anglais. Je crois qu’une partie de la réponse du glissement des achats se trouverait peut-être là », a-t-elle indiqué au Devoir. Car les chiffres incluent les livres en anglais et en français, confondus.

Dans son analyse, le statisticien Benoit Allaire souligne que « côté ventes en librairies, ce qui ne parait dans nos chiffres, c’est qu’on voyait les ventes des grandes chaînes de librairies [Archambault, Renaud-Bray] en baisse, contrairement aux ventes des librairies indépendantes. En janvier 2015, les grandes chaînes se sont maintenues, les ventes des librairies indépendantes ont baissé, en partie à cause des librairies en milieu scolaire. » Cette baisse des ventes en librairies scolaires est-elle symptôme d’une tendance en éducation ? Seul le temps, si la tendance se maintient, saura le dire.

5 commentaires
  • Christian Méthot - Inscrit 16 avril 2015 19 h 35

    L'anglais

    Il faudrait effectivement comptabiliser les ventes de livres en anglais: maintenant que la plupart des jeunes sont capables de lire les auteurs anglophones "dans le texte", pourquoi lire les traductions? Même si la traduction est bien effectuée, il est toujours plus plaisant de lire un auteur dans sa langue originale.

    • Eric Lessard - Abonné 16 avril 2015 22 h 55

      Je dirais que concernant la capacité de lire en anglais pour les Québécois, il faut faire la distinction entre la littérature et les autres types de livres (voyages, histoire, géographie, essai...).

      Généralement, une connaissance moyenne de l'anglais suffit pour lire un livre non littéraire, mais pour apprécier une oeuvre de fiction, il faut un niveau beaucoup plus élevé en général, c'est pourquoi la traduction va demeurer importante pour la littérature.

      L'autre aspect serait de se demander si les ventes d'Amazon à des lecteurs québécois sont comptabilisés, y compris les livres numériques.

  • Louis - Inscrit 16 avril 2015 20 h 49

    Louis Béland, abonné

    Le commerce en ligne change aussi les choses.
    Le livre électronique n'est pas assez dispendieux, cela aussi tire à la baisse une
    chute des revenus.
    Autour de moi (dans ma famille) on lit de moins en moins,
    l'Internet ''draine'' les lecteurs et lectrices tout comme pour les côtes d'écoute
    de la radio et de la télévision, mais je considère que la bibliothèque a une très forte fréquentation, qui inclut le livre électronique dans le volume de leurs prêts.

    Le plus urgent passe peut être par une nouvelle ''formule d'affaire'' de nos librairies, je considère qu'il n'en reste plus que trois à Trois-Rivières et que
    les librairies disparaissent en région. La formule coopérative permettrait
    peut être une survie.

    Cela n'a jamais causé de problème de me procurer un livre en anglais aussi bien
    en 1975 qu'en 2015, comptabiliser séparément les ventes du livre anglais versus
    le livre Français ne change rien.

    Depuis un long moment j'ai remarqué que le disque ''CD'' est uniquement sur commande chez Archambault et même pour un ''vieux titre'' (à peine un an dans
    le livre, en fait tout va se faire sous peu via Montréal par vente ''en ligne''.
    Le nombre d'employé(e) a diminué d fa¸on significative.

    Tout passe par une nouvelle formule d'affaire pour sauver nos librairies.

  • François Dugal - Inscrit 16 avril 2015 22 h 32

    La nouvelle norme

    140 caractères, apres, c'est le vertige du néant.

  • Yves Côté - Abonné 17 avril 2015 07 h 23

    Une autre bonne nouvelle...

    Une autre bonne nouvelle pour la personne qui au Québec, fait office de Ministre de l'éducation !
    En récompense, son patron, le premiers des minnistres québécois, lui donnera peut-être la médaille d'Honneur du mois ?
    Avec eux, notre hécatombe culturelle et éducative continue tant de plus belle, qu'elle ne peut que compter encore sans doute que de beaux jours devant elle...
    Vive le Québec debout, instruit et libre !