Lire transporte… encore peu

La bibliothèque numérique a été lancée en présence de nombreux auteurs, dont Jean-François Nadeau, en octobre dernier dans un autobus montréalais.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La bibliothèque numérique a été lancée en présence de nombreux auteurs, dont Jean-François Nadeau, en octobre dernier dans un autobus montréalais.

La bibliothèque numérique installée avec fierté en octobre dernier dans certains autobus de la Société de transport de Montréal (STM) n’aura pas été un lieu de haute fréquentation. Le projet-pilote « Lire transporte », qui offrait aux usagers des autobus de télécharger gratuitement quelques pages d’un livre québécois parmi un choix de 41 titres, aura, trois mois plus tard, suscité 404 emprunts en bibliothèque et seulement 110achats de livres numériques. Quelques livres en plus…

 

Depuis le 22 octobre et jusqu’à mardi dernier, des panneaux dans les autobus donnaient accès, grâce à un code QR ou une URL, au premier chapitre d’une sélection de nouveautés québécoises. Les usagers de la STM pouvaient ainsi potasser le début de Pourquoi Bologne (Quartanier) d’Alain Farah ou de L’atelier (La Presse) de Daniel Vézina entre les rues Sherbrooke et Mont-Royal. L’utilisateur était ensuite invité soit à emprunter le livre numérique ou papier dans une bibliothèque de la ville, ou à l’acheter sur Ruedeslibraires.com.

 

Résultat ? 1777 téléchargements de chapitres gratuits. Un tout petit peu plus de 500 livres entièrement téléchargés. Pour une campagne qui s’est déployée sur 235 autobus pendant trois mois, n’est-ce pas un maigre résultat ?

 

« C’est très loin de ce que j’avais imaginé, je suis déçue des résultats, a confié au Devoir la directrice générale de l’Association des libraires du Québec, Katherine Fafard. C’est un projet-pilote : on essayait quelque chose. On parle beaucoup de technologies, presque tout le monde a un téléphone intelligent, mais on s’est rendu compte que les gens ont besoin de se faire guider : à la demande de la STM, on a créé un mode d’emploi pour expliquer comment télécharger un code QR ou entrer une adresse électronique dans un téléphone intelligent. »

 

Louise Guillemette-Labory, directrice associée des bibliothèques à la Ville de Montréal, est beaucoup plus optimiste. Pour elle, chaque lecteur gagné vaut l’énergie déployée. « Cette action, avec d’autres, a fait augmenter le nombre d’utilisateurs de notre bibliothèque numérique et le nombre de lecteurs. C’est l’objectif, et tout ce qui va dans ce sens, on en est très heureux. Dans le réseau des bibliothèques de Montréal, on a prêté 273 % de plus de livres numériques en 2013 qu’en 2012. C’est vrai que l’on commence : ça ne représente que 22 705 prêts. On a noté que ce qui a été prêté dans le cadre de cette opération était un peu différent. Sur trois mois, sur quelques lignes d’autobus, en rotation, et quelques abribus, en peu de temps et peu d’endroits, on a quand même de quoi se réjouir. On l’a pris comme une campagne de marketing. On serait très désireux de le refaire. »

 

Les améliorations

 

L’idée avait été repiquée de projets vus à Philadelphie, Bucarest, Mexico et New York. « On a essayé d’avoir des statistiques, on ne s’est jamais fait répondre », admet Katherine Fafard. La directrice entend toutefois poursuivre à l’avenir et voit comment améliorer l’expérience. De façon pratico-pratique, d’abord : « Dans les autobus, les publicités étaient dans les voussures, beaucoup trop hautes. Elles étaient difficiles à voir, et c’était dur d’oser lever son cellulaire jusque-là. À heure de pointe, paqueté de monde, en roulant, ça devenait impossible de capter le code QR. En Outaouais, on a mis un autocollant à portée, dans la fenêtre. » L’accès au téléchargement n’était pas le plus convivial, ni le plus rapide si on n’utilise pas une tablette 3G. « Le projet initial visait le métro, mais comme Internet ne s’y rend pas encore, on l’a fait dans les autobus. »

 

L’Association des libraires du Québec a investi 25 000 $ pour développer la plateforme Internet, qui sert aussi pour l’Outaouais et qui sera reprise si le projet est reconduit. Les bibliothèques ont fait quelques acquisitions supplémentaires afin de pouvoir répondre à la demande. La STM aurait investi 150 000 $ en impression et affichage, et a ajouté, dès la première semaine, 110 autobus aux 125prévus initialement dans le projet.

7 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 23 janvier 2014 10 h 46

    Franchement,

    Même moi qui aime lire n'aurait pas été enthousiasmé par ce genre d'initiative. C'est comme de pousser, à la limite du convenable, des stratégies de marketing. On ne se promène pas en autobus, ou même en voiture, juste pour le plaisir de la chose, en se contentant d'y ajouter ce genre de cerise sur un dessert passé date.

  • Marielle Andrée Beauchamp - Inscrit 23 janvier 2014 11 h 31

    Presque tout le monde...

    ... a un téléphone intelligent?

    Aux dernières nouvelles, c'était à peine plus de la moitié (52%) des adultes québécois - quand même loin de "tout le monde". On peut supposer que les moins fortunés sont proportionnellement plus nombreux à emprunter les transports en commun et moins nombreux à posséder un de ces appareils dits intelligents.

    • Michel Mondat - Inscrit 24 janvier 2014 09 h 44

      Tout à fait d'accord avec vous madame Beauchamp, vous remarquerez que ce sont les bien nantis qui nivellent "par le haut" (en paroles seulement) en avançant que "tout le monde est propriétaire, tout le monde aujourd'hui a une auto au moins, tout le monde a un cinéma maison, etc..."
      Cela fait le jeu des vendeurs de tout acabit pour qui le but dans la vie est de vendre le plus de gadgets inutiles possibles.
      Sans oublier que ces cons-ommateurs ont tendance à se croire supérieur aux autres alors qu'ils ne font que mordre à l'hameçon des profiteurs.
      Et ils voudraient bien nous humilier, nous qui n'avons pas de téléphone intelligent.
      C'est raté!

  • Claude Trudel - Abonné 23 janvier 2014 12 h 54

    Appréciation


    Bravo pour cette initiative ALQ, Bibliothèques de Montréal et STM! Avec les améliorations envisagées, la prochaine expérimentation aura sûrement encore plus de succès.

  • Guy Berniquez - Inscrit 24 janvier 2014 07 h 16

    On repassera pour la lecture dans les transports en commun

    La première fois que je suis sorti avec ma tablette dans le transport en commun de Mtl, j'y étais avec le jeune fils de ma voisine qui lui prend souvent ce transport. Il m'a dit de façon pressante de ne pas sortir ma tablette, car je risquais de me la faire voler. Il me racontait que la semaine d'avant, il avait assisté à un vole de tablette. Voici comment cela s’est produit. La personne était assise et activement concentré sur sa tablette, les portes du transport s'ouvre et à la dernière seconde avant que les portes ne se referment, un individu c'est emparé de sa tablette et c'est sauvé avec.

    J'ai tout de suite rangé ma tablette dans mon sac et est été déçu de la société dans lequel je vie. Si l'on veut que les gens utilisent ces outils électroniques, il faudrait trouver un moyen pour augmenter la sécurité dans nos transports publics.

  • Manouane Beauchamp - Inscrit 24 janvier 2014 07 h 40

    Le livre électronique

    Si les gens ont peu téléchargé de livres électronique pendant cette campagne de promotion, c'est peut-être parce qu'ils étaient trop occupés à lire un livre en papier? J'ai téléchargé un de ces livres pour me rendre compte que le lire sur mon téléphone intelligent ne m'intéressait pas du tout.