Le piratage informatique n'épargne pas la bande dessinée

En matière de copie numérique illégale, la musique n'a pas le monopole du piratage en ligne. La bande dessinée aussi, mangas et grands classiques en tête, se retrouve désormais dans la ligne de mire des pirates qui se partagent actuellement des milliers de titres numérisés et distribués sur la Toile sans l'accord des ayants droit, indique une étude européenne. Un phénomène en pleine croissance qui, pour le moment, semble toutefois épargner les œuvres éditées au Québec.

Pour l'Observatoire du livre et de l'écrit de l'Île-de-France, le MOTIF, qui vient de rendre publics les résultats de son enquête sur l'offre numérique illégale des livres francophones en 2011, la bande dessinée a été «la catégorie éditoriale la plus piratée sur Internet» l'an dernier.

Des chiffres? Près de 40 000 titres seraient aujourd'hui à la disposition des pirates, dont de 8000 à 10 000 accessibles facilement par l'entremise des réseaux de partage de fichiers numériques — torrents et lieux d'échanges similaires versés dans le téléchargement ou la diffusion en flux (streaming), peut-on lire. Cette activité est soutenue par des équipes particulièrement bien organisées, constituées «de passionnés» qui proposent des «fichiers illégaux de très bonne qualité», poursuivent les auteurs qui, pendant plusieurs mois, ont passé au crible quelques grands circuits de diffusion pirate.

Sans surprise, les mangas, un genre littéraire très prisé par un jeune lectorat particulièrement actif dans les mondes numériques, ont la cote avec près de 800 séries mises à la disposition des pirates. Au chapitre des téléchargements toutefois, c'est Le guide du sexe en BD (Vent d'Ouest) qui remporte la palme en arrivant en tête des Àtéléchargements, aux côtés de la collection complète des 37 albums d'Astérix, des tomes 1 à 6 de Walking Dead (Delcourt), une série de science-fiction, de l'intégrale en 19 albums de la série XIII ainsi que de la collection des 24 albums de Tintin, ont constaté les responsables de l'Observatoire. Par ailleurs, les maisons d'édition Dupuis, Dargaud, Glénat, Delcourt et Le Lombard sont le plus souvent la cible des pirates de la bande dessinée qui donne toutefois un caractère plutôt distinct à ce phénomène.

La preuve: contrairement à la musique, les nouveautés sont loin d'être les objets de désirs des pirates qui, en 2011, leur ont consacré 2,7 % à peine des téléchargements, indique le rapport. Les classiques, ceux datés de 1991 à 2006, représentent par ailleurs près des deux tiers des actes de copie sans droit. Le MOTIF note toutefois que l'offre numérique légale tend à réduire les téléchargements illégaux.

L'enquête de l'Observatoire est dévoilée alors que la bédé se prépare à être à l'honneur dès demain, et jusqu'à dimanche, dans le cadre du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, en France. La cuvée 2012 de l'événement est présidée cette année par l'auteur américain Art Spiegelman.