L’innovation enjeu principal, clament les technos

Il faut davantage de profits déclarés au Québec, que la propriété intellectuelle développée ici profite aux gens d’ici, suggère le porte-parole du CCI. 
Photo: iStock Il faut davantage de profits déclarés au Québec, que la propriété intellectuelle développée ici profite aux gens d’ici, suggère le porte-parole du CCI. 

Il y a économie, et puis il y a Économie. La campagne électorale fraîchement amorcée a permis à plusieurs partis d’aborder la première en promettant aux particuliers qu’ils en auront plus dans leurs poches. Quant aux politiques plus larges, on risque d’en entendre trop peu parler, craignent des entrepreneurs québécois issus du monde de l’innovation et des technologies.

Avec cinq partis principaux en lice et « la question de l’urne » officiellement axée sur l’économie, c’est, selon eux, le bon moment pour revenir sur des enjeux qui ont été soulevés ces derniers mois, mais qui sont tombés un peu dans le vide, l’actualité économique regardant ailleurs : productivité, plein emploi, propriété intellectuelle, etc.

Quatre enjeux numériques

 

À travers le Conseil canadien des innovateurs (CCI) auquel ils participent, une vingtaine de moyennes et grandes entreprises technologiques québécoises ciblent quatre politiques qui les affectent tout particulièrement : l’aide salariale sous forme de crédits d’impôt accordée depuis deux décennies au secteur multimédia, la toute nouvelle loi sur la protection des renseignements personnels, les seuils d’approvisionnement locaux tout juste révisés par le gouvernement en matière de solutions technologiques et l’application de la Loi sur la langue officielle (l’ex-projet de loi 96).

Dans les trois derniers cas, les entreprises se demandent quand et comment ces nouvelles lois seront mises en application et ont hâte de connaître leur impact sur leurs activités. Dans le cas des crédits d’impôt, qui existent depuis un quart de siècle, on se demande si l’économie changeante du Québec ne devrait pas entraîner leur modernisation.

« Si le Québec aime tant ses entreprises, pourquoi a-t-on l’impression qu’il en fait parfois plus pour les sociétés étrangères ? » demande le directeur, gouvernements et affaires publiques du CCI, Pierre-Philippe Lortie. C’est connu, l’organisme pancanadien fondé par le co-inventeur du BlackBerry, Jim Balsillie, préférerait des politiques provinciales davantage axées sur l’accroissement des profits des entreprises que sur la hausse des salaires des travailleurs.

« En ce moment, dans les technos, il ne se crée aucun nouvel emploi », croit M. Lortie. « Il y a un déplacement du talent. Un informaticien embauché pour deux fois son salaire par Google, en partie grâce à l’aide gouvernementale, est-ce durable ? »

« On ne dit pas qu’on a la réponse », se défend le porte-parole du CCI. Mais il ajoute que les temps ont changé et qu’instaurer des politiques favorisant la création d’emplois en pleine pénurie de main-d’oeuvre n’est peut-être pas le meilleur moyen de créer cette richesse qui rapprocherait le Québec de l’Ontario, comme le souhaite le premier ministre sortant François Legault.

« Il faut davantage de profits déclarés au Québec, que la propriété intellectuelle développée ici profite aux gens d’ici », conclut M. Lortie.

Des partis muets… pour le moment

Dans ses demandes, le CCI rejoint quelques idées présentées il y a quelques jours par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), qui représente elle aussi un important regroupement d’entreprises et de gens d’affaires, mais issus d’autres secteurs d’activité.

La CCMM demande notamment de revoir les seuils d’immigration, car pour elle, une partie de la solution à la pénurie de main-d’oeuvre passe nécessairement par plus de nouveaux travailleurs venant d’ailleurs. Elle ferait passer de 50 000 à 64 000 le seuil annuel québécois.

Elle croit aussi que les services publics pourraient être plus performants s’ils faisaient plus de place au privé. « Nous estimons que nous aurions tout intérêt à nous inspirer davantage des meilleures pratiques provenant d’ailleurs dans le monde. Et de fait, plusieurs territoires savent mieux tirer profit des innovations provenant du secteur privé afin d’améliorer et d’optimiser la livraison des services publics, permettant ainsi aux innovations et technologies d’être au service d’une saine gestion des finances publiques », écrit la CCMM.

Les deux regroupements corporatifs notent dans la foulée que l’innovation devrait être prise dans son ensemble, et non secteur par secteur, tout en constatant qu’aucun parti n’offre, pour le moment, de réponses à chacune de leurs demandes. Tant la CCMM que le CCI espèrent qu’il y en aura davantage dans les plateformes électorales attendues au cours des prochains jours.

« Il y a du bon à ce que le début de la campagne se déroule sous le thème de l’économie, mais on a quand même hâte de connaître la suite », conclut Pierre-Philippe Lortie. Car il y a plus comme enjeux économiques que simplement l’impôt et la dette.

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