Éclaircie sur le front de l’inflation aux États-Unis

Le président américain, Joe Biden, a salué, depuis la Maison Blanche, «des signes que l’inflation pourrait commencer à se modérer».
Ryan Remiorz La Presse canadienne Le président américain, Joe Biden, a salué, depuis la Maison Blanche, «des signes que l’inflation pourrait commencer à se modérer».

L’inflation a ralenti plus que prévu en juillet aux États-Unis, portée par la baisse du prix de l’essence à la pompe. Bien que toujours très élevée, l’annonce apporte une bouffée d’oxygène à Joe Biden à quelques mois des cruciales élections de mi-mandat.

Le président américain a salué, depuis la Maison Blanche, « des signes que l’inflation pourrait commencer à se modérer ».

Les prix à la consommation ont augmenté de 8,5 % en juillet sur un an, selon l’indice des prix à la consommation (CPI) publié mercredi par le département du Travail.

C’est moins que les 9,1 % de juin — un record depuis 40 ans-, mais aussi que les 8,7 % qu’anticipaient les analystes.

Mais le chiffre qui a le plus surpris est celui de l’inflation sur un mois : 0,0 %. Contre toute attente, les prix n’ont ainsi pas du tout augmenté par rapport à juin (contre une hausse de 1,3 % le mois dernier).

« Aujourd’hui, nous avons appris que notre économie a eu 0 % d’inflation en juillet », s’est réjoui Joe Biden.

« Notre économie a eu zéro pour cent d’inflation en juillet. ZÉRO POUR CENT. Il est certain qu’il y a encore du travail, mais nous sommes sur la bonne voie », a salué la porte-parole de la Maison Blanche chargée de l’économie, Emilie Simons, dans un tweet.

Ce ralentissement est le bienvenu, car depuis un an et demi, la hausse des prix a érodé le pouvoir d’achat des ménages. Et par ricochet, la cote de popularité du président démocrate.

Ses opposants l’accusent d’avoir une politique économique inflationniste, en raison notamment de son généreux plan de relance de mars 2021, juste après son arrivée à la Maison Blanche.

Ils ont relancé leurs critiques dimanche, avec l’adoption au Sénat de l’« Inflation Reduction Act » sur le climat et la santé, qu’ils accusent au contraire de générer des dépenses publiques inutiles.

« Trop élevés »

Malgré ce ralentissement, « les prix restent trop élevés », nuance Rubeela Farooqi, économiste pour HFE.

Les automobilistes américains ont certes pu souffler : les prix de l’essence ont chuté de 7,7 % par rapport à juin, une bonne nouvelle dans un pays où la grande majorité des déplacements se font en voiture, à bord de modèles souvent gourmands en carburant. Sur un an, cependant, ils grimpent de 44 %.

Et les prix des nuits d’hôtel et des billets d’avion ont eux aussi baissé.

Mais les Américains ont continué à se serrer la ceinture pour se loger et acheter à manger, les prix de l’alimentation ayant connu, sur un an, leur plus forte hausse depuis 1979 (+10,9 %).

L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix de l’énergie et de l’alimentation, a toutefois ralenti, à 0,3 % sur un mois et 5,9 % sur un an, surprenant les analystes qui tablaient sur une accélération.

Ces chiffres réjouissaient Wall Street, qui a ouvert mercredi en forte hausse. Le dollar dévissait en revanche.

 

Forte hausse des taux en vue

La question est désormais de savoir s’il sera possible de faire ralentir durablement l’inflation, sans faire plonger la première économie du monde dans la récession, après déjà deux trimestres de contraction du PIB.

La Fed, qui est à la manoeuvre, cherche à provoquer un ralentissement volontaire de la consommation, pour desserrer la pression sur les prix.

Pour cela, elle relève ses taux directeurs, désormais compris entre 2,25 et 2,50 %. Cela encourage les banques commerciales à proposer des crédits plus onéreux à leurs clients particuliers et entreprises.

« Conjuguées à la vigueur de la croissance de l’emploi et des salaires, les données [de l’inflation] confirment l’hypothèse d’une autre hausse agressive des taux en septembre », souligne ainsi Rubeela Farooqi.

L’indice CPI fait référence notamment pour indexer les retraites. Une autre mesure de l’inflation, l’indice PCE, privilégié par la Fed, avait montré une accélération en juin, à 6,8 % sur un an.

L’inflation peinait pourtant, avant la pandémie, à atteindre les 2 % considérés comme sains pour l’économie. Mais elle s’est accélérée avec la désorganisation mondiale de la chaîne d’approvisionnement et la pénurie de main-d’oeuvre aux États-Unis, au moment où les ménages américains consommaient frénétiquement.

À cela est venue s’ajouter la guerre en Ukraine, qui a fait flamber les prix de l’essence et de l’alimentation.

Le marché du travail américain, lui, et a retrouvé en juillet son excellente santé d’avant la pandémie, avec un taux de chômage retombé à 3,5 %. On compte toujours, cependant, près de deux postes vacants pour un travailleur disponible, tirant les salaires à la hausse et contribuant à l’inflation.

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