Plus forte hausse du taux directeur de la Fed depuis 1994

Le parquet de la Bourse de New York mercredi. Des turbulences sont à prévoir à la suite de l’annonce de la Fed.
Photo: Seth Wenig Associated Press Le parquet de la Bourse de New York mercredi. Des turbulences sont à prévoir à la suite de l’annonce de la Fed.

La Réserve fédérale américaine a procédé, mercredi, à sa plus forte hausse de ses taux d’intérêt en presque 30 ans et n’entend pas en rester là dans sa lutte contre l’inflation. Même si cela doit se faire aux dépens de la croissance économique.

Bien forcée d’admettre que l’inflation devenait un problème plus important et tenace qu’elle ne l’avait cru au départ, la banque centrale américaine avait commencé par l’habituelle hausse de 0,25 point de pourcentage en mars, avant de se voir obligée d’accélérer le pas avec une hausse hors norme de 0,50 point le mois dernier. Mais cette fois, c’est à une augmentation de 0,75 point qu’elle a eu recours pour la première fois depuis novembre 1994.

Réduit à son plancher absolu au début de la crise de la pandémie de COVID-19, son taux directeur se trouve désormais dans l’étroite fourchette comprise entre 1,5 % et 1,75 %. Et il n’y restera pas longtemps, à en croire les prévisions de son comité de politique monétaire (FOMC), qui entrevoit d’autres augmentations de 1,75 point de pourcentage dans les prochains mois, qui porteraient son taux directeur à 3,4 % à la fin de l’année, et à 3,8 % l’année prochaine. On serait alors bien au-dessus du taux de 2,5 % que la Fed considère comme neutre à long terme.

Jusqu’à la semaine dernière, on envisageait encore de procéder à deux hausses consécutives de 0,50 point, cette semaine et le mois prochain. Mais c’était avant qu’on apprenne que l’augmentation annuelle du coût de la vie s’était encore accélérée, à 8,6 % en mai, et que les Américains commencent à douter de la capacité de leur banque centrale à ramener l’inflation à sa cible de 2 %, a expliqué son président, Jerome Powell, en conférence de presse mercredi.

Les marchés financiers avaient aussi réagi à ces nouvelles. Se doutant bien que la Fed allait vouloir accélérer la remontée de ses taux d’intérêt pour corriger la situation, quitte à étouffer la croissance économique américaine, ils avaient fait plonger les marchés boursiers en début de semaine.

Une récession évitable ?

« Que ce soit clair, nous ne sommes pas en train d’essayer d’induire une récession », s’est défendu mercredi Jerome Powell, qui dit probable désormais que la Fed revienne avec une hausse de ses taux de 0,50 ou même de 0,75 point dès juillet. « Nous essayons de ramener l’inflation à 2 % [et conserver] un marché du travail solide. »

Cette mission se révèle cependant « tout un défi » lorsqu’une large partie de l’inflation aux États-Unis est le résultat de facteurs externes comme les effets de la guerre en Ukraine sur le prix de l’énergie et des aliments ou celui des mesures de confinement en Chine sur les problèmes de chaînes de valeurs mondiale, a-t-il fait valoir. « Il y a toujours un risque d’aller trop loin ou pas assez loin. »

Les membres du FOMC croient ainsi qu’il sera possible de ramener l’inflation moyenne de 5,2 %, cette année, à 2,6 %, dès l’an prochain, et 2,2 %, en 2024. Ils ont toutefois aussi révisé à la baisse leurs dernières prévisions de croissance économique pour cette année (de 2,8 % à 1,7 %), et l’année prochaine (de 2,2 % à 1,7 %). Ils s’attendent également désormais à une légère remontée du chômage, de 3,6 % actuellement, à 4,1 %, d’ici 2024.

Pendant ce temps au Canada

 

La Réserve fédérale américaine n’est pas la seule banque centrale à avoir accéléré le relèvement de ses taux d’intérêt. Au début du mois, la Banque du Canada a notamment procédé à une deuxième hausse consécutive de 0,5 point de pourcentage de son taux directeur. Depuis mars, ce dernier est passé de 0,25 % à 1,5 %.

La semaine dernière, son gouverneur, Tiff Macklem, a répété qu’il faudra « rapidement » ramener ce taux en territoire plus neutre, soit entre 2 % et 3 %. Et même « possiblement au-dessus ».

Ce n’est pas seulement possible, c’est même très probable, ont estimé mercredi plusieurs analystes canadiens dans la foulée de la décision de la Fed.

C’est le cas, par exemple, des économistes de la Banque de Montréal, Michael Gregory et Benjamin Reitzes, qui s’attendent désormais à une prochaine hausse des taux d’intérêt au Canada de 0,75 point en juillet, puis à une autre de 0,50 point en septembre, suivis encore d’autres qui porteraient le taux directeur de la Banque du Canada à 3,25 % à la fin de l’année.

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