Amazon accusée de nuire au processus syndical avec des affiches et des textos

Plusieurs groupes de travailleurs d’entrepôts Amazon à travers le monde, incluant à Montréal, ont rapporté des conditions de travail difficiles.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Plusieurs groupes de travailleurs d’entrepôts Amazon à travers le monde, incluant à Montréal, ont rapporté des conditions de travail difficiles.

Le géant Amazon ne semble guère apprécier le fait que les employés de son centre de distribution de Montréal tentent d’obtenir une accréditation syndicale. Selon la Confédération des syndicats nationaux (CSN), l’entreprise aurait eu recours à des « tactiques d’intimidation et de harcèlement » pour nuire au processus de syndicalisation en cours.

La CSN dit avoir envoyé deux lettres d’avocat à l’employeur, le 20 mai et le 2 juin, concernant des allégations de violation des droits du travail. Selon le vice-président de la centrale syndicale David Bergeron-Cyr, les messages anti-syndicat d’Amazon sont « omniprésents » dans l’entrepôt.

« C’est de l’intimidation, tranche M. Bergeron-Cyr en entrevue. Cette entreprise américaine doit respecter le Code du travail du Québec. »

Des photos consultées par La Presse canadienne montrent la salle de pause des employés de l’entrepôt montréalais. Des affiches ont été collées sur chacun des panneaux transparents installés entre les tables. Sur ces affiches, on peut lire des messages disant : « Nous vous encourageons à parler pour vous-même » ou encore « Nous ne croyons pas avoir besoin d’un tiers entre nous ».

La Presse canadienne a aussi pu consulter des messages textes envoyés par Amazon sur les téléphones personnels de ses employés. « C’est votre droit fondamental de signer ou de dire : “Non merci” ou “Je ne suis pas intéressé” », peut-on lire dans une référence directe à la campagne de signature de cartes d’adhésion au syndicat.

Une question d’équilibre

D’après le Code du travail du Québec, l’employeur bénéficie de sa liberté d’expression, mais il n’a pas le droit d’entraver le processus de syndicalisation ni de formuler des menaces ou des promesses aux travailleurs. L’employeur ne pas pas user de son autorité pour influencer le personnel afin qu’il se plie à ses volontés. De plus, les employés doivent avoir la possibilité de décider s’ils veulent recevoir ou non des communications de l’employeur au sujet des syndicats.

Le professeur à la faculté de droit de l’Université du Québec à Montréal, Frédéric Paré, estime que les pratiques d’Amazon concernant l’affichage intensif dans la salle de pause ainsi que l’envoi de textos « pourraient être un problème » si cela devient envahissant.

Pour le professeur Paré, tout est une question d’équilibre. À ses yeux, l’approche d’Amazon trahit une mentalité américaine qui ne sera pas tolérée au Québec.

David Bergeron-Cyr rappelle que des employés d’Amazon ont approché la CSN en avril et ont depuis lancé une campagne de syndicalisation, en partie pour obtenir de meilleurs salaires, qui tournent actuellement autour de 17 $ ou 18 $ de l’heure. À titre comparatif, les travailleurs d’usines syndiquées touchent entre 26 $ et 30 $ de l’heure.

« La charge de travail et le rythme sont complètement fous », a décrit le vice-président de la CSN. « Les gens travaillent sous pression. Plusieurs d’entre eux sont des immigrants qui ne connaissent pas leurs droits et Amazon s’en sert à son avantage. »

Si plus de la moitié des 250 à 300 employés de l’entrepôt signe une carte de membre, le Tribunal administratif du travail peut ensuite accorder une accréditation syndicale.

Conditions de travail difficiles

 

Plusieurs employés ont confié à La Presse canadienne, sous couvert de l’anonymat, que les actions d’Amazon leur semblaient être des tentatives claires de contrecarrer le processus de syndicalisation. Ils ont tous rapporté une obsession des gestionnaires à séparer les groupes de travailleurs qui parlent de la syndicalisation ainsi que de menaces verbales de fermeture du centre de distribution en cas d’accréditation syndicale.

Un employé a révélé que sa vie était devenue misérable depuis qu’il a prononcé le mot « syndicat » au travail. « Chaque personne qui vient me parler se fait interroger quelques secondes après par le gérant. Quand ils font ça, plus personne ne vient te parler, alors je suis isolé », se désole-t-il.

Selon un autre travailleur, la majorité de ses collègues croient qu’ils méritent de meilleures conditions, mais ont peur de signer leur carte par crainte que l’employeur le sache et les congédie.

La porte-parole d’Amazon Canada, Ryma Boussoufa, a déclaré par voie de communiqué que l’entreprise ne croit pas que « les syndicats soient la meilleure solution pour [ses] employés ». Elle a ensuite ajouté que « personne dans notre organisation ne va jamais forcer, intimider, menacer, faire des promesses ou influencer indûment nos employés dans leur décision d’adhérer ou non à un syndicat ». Elle a nié toutes les allégations recueillies auprès des employés en les qualifiant de « non fondées ».

Plusieurs groupes de travailleurs d’entrepôts Amazon à travers le monde, incluant à Montréal, ont rapporté des conditions de travail difficiles incluant des quarts de dix heures et l’obligation d’emballer les produits à un rythme effréné qui mène souvent à des blessures.

Les gestionnaires seraient également encouragés à surcharger les employés afin de toucher des primes et les centres de distribution seraient équipés de systèmes de caméras de surveillance intrusives.

Interrogée au sujet de ces dénonciations de mauvaises conditions de travail, Mme Boussoufa répond qu’Amazon aspire à une culture de sécurité, puis énumère une série d’avantages sociaux incluant les soins dentaires et des bourses d’études.

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Meta et La Presse canadienne pour les nouvelles.

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