Comment se sortir de la hausse constante du PIB?

La décroissance fait notamment appel à la biocapacité de la Terre, que nous dépassons à vitesse exponentielle.
Raul Arboleda Agence France-Presse La décroissance fait notamment appel à la biocapacité de la Terre, que nous dépassons à vitesse exponentielle.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le Courrier de l'économie » du 13 juin 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Dans les années 1970, une équipe de chercheurs travaillant au MIT, à Boston, avaient publié un important ouvrage portant sur la question du mythe de la croissance infinie et perpétuelle (The Limits to Growth — Club of Rome). Cinquante ans plus tard, nous constatons que la course des États, notamment du Québec et du Canada, vers la hausse constante du PIB demeure une réalité quotidienne […] Comment sortir de cette dynamique ? Comment gérer une décroissance, à l’échelle mondiale, qui ferait en sorte que nous vivrions en harmonie avec la véritable capacité de la Terre qui nous héberge ? Et pour éviter le chaos, les famines et les guerres en quête des ressources naturelles des pays voisins, ne faut-il pas s’y mettre maintenant ? se demande Me Alain M. Gaulin.

Petite équation. Résumé simplement, le PIB est la somme des dépenses de consommation, des dépenses gouvernementales, des investissements privés et du secteur extérieur (exportations moins importations). Si l’on associe décroissance et PIB, on constate qu’il peut y avoir à la fois transition verte et augmentation du PIB (si le consommateur achète une voiture électrique plutôt que thermique, s’il mange bio, si les gouvernements orientent leurs dépenses vers la décarbonation, si les entreprises investissent dans les gains de productivité et la réduction de leur empreinte carbone…).

En outre, les projections antérieures évoquant l’inéluctable décroissance avaient tendance à sous-estimer l’innovation technologique et les gains d’efficacité. Un exemple probant est le continuel déplacement de l’atteinte du pic pétrolier, avec toutes ces découvertes de nouvelles sources d’approvisionnement toujours plus coûteuses à exploiter ou encore avec l’essor du pétrole et du gaz de schiste.

La décroissance volontaire est donc un concept qui nous interpelle dans notre surconsommation et dans nos choix de consommation. Il se réfère davantage au PIB par habitant et invite chaque individu à réduire son bilan d’émission de GES à partir d’un point de départ fixe. Or s’il était possible d’obtenir une réduction d’un certain pourcentage de cette empreinte carbone par personne, cette possibilité demeure si deux personnes forment un couple. Mais si ce ménage décide d’avoir un enfant ou plus, le pourcentage de chacun doit augmenter afin de compenser. L’on parle donc, ici, d’un réalisme difficile à démontrer qu’il faut mettre dans une perspective mondiale.

La décroissance volontaire devient ainsi un concept qui se heurte à l’augmentation exponentielle de la population à partir d’un état de surpopulation. Et le pourcentage requis mentionné précédemment risque d’être plutôt hors de portée. Il a aujourd’hui pour point de départ les estimations de l’ONU publiées en décembre 2020 voulant que, pour atteindre la cible de réchauffement de l’accord de Paris, il faudrait réduire les émissions de GES de 7,6 % par année, chaque année, de 2020 jusqu’en 2030. Une cible qui se voudrait, de loin, une sous-estimation des efforts à consentir, selon les projections de Jean-Marc Jancovici. En septembre dernier, l’ingénieur français, consultant et spécialiste de l’énergie et du climat, affirmait que, pour respecter la limite souhaitée d’augmentation loin sous les 2 °C, lire 1,5 °C, les émissions doivent être divisées par trois d’ici 2050, soit une baisse de 5 % par an durant les 30 ans qui viennent. « Autrement dit, il nous faudrait une COVID-19 supplémentaire tous les ans durant 30 ans pour que l’on respecte les objectifs de l’accord de Paris », avait-il expliqué.

La décroissance fait aussi appel à la biocapacité de la Terre, que nous dépassons aussi à vitesse exponentielle. Selon l’ONG écologiste WWF et le groupe de réflexion Global Footprint Network, le Jour du dépassement à partir duquel l’humanité consomme plus de ressources que ce que la Terre peut régénérer en une année était le 29 juillet l’an dernier. Sans compter l’épuisement accéléré des ressources non renouvelables. Sur cette seule base, la logique veut que la décroissance soit de toute façon inévitable.

Il a déjà été écrit que, selon un scénario de base prévoyant une hausse de 2 °C en 2050 et de 3 °C en 2100 en l’absence de mesures d’atténuation, et reprenant les projections de l’ONU d’une population dépassant les 10 milliards, le taux de croissance de l’intensité des énergies fossiles ferait en sorte que l’effet négatif dominera, ce qui réduirait le PIB mondial de 21 % en 2100. D’autres études viennent chiffrer les effets potentiels sur un horizon plus rapproché.

Bref, une longue réponse pour conclure à un certain irréalisme de la décroissance volontaire. Et pour inviter à porter la réflexion plutôt sur un changement de choix et de comportement, individuel et collectif, accompagné d’une approche empruntant à l’économie circulaire.

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