Des luttes féministes toujours en marche

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Malgré le chemin parcouru, plusieurs luttes restent à faire pour qu’on atteigne l’égalité entre les hommes et les femmes.
Illustration: Tiffet Malgré le chemin parcouru, plusieurs luttes restent à faire pour qu’on atteigne l’égalité entre les hommes et les femmes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 50 ans de la CSD

Depuis la création de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), en 1972, les luttes féministes ont toujours été au cœur de ses préoccupations. L’organisation poursuit son combat afin d’améliorer la condition féminine, autant sur le plan de l’équité salariale que sur celui de la conciliation famille-travail.

« On a revendiqué l’équité salariale depuis le début », résume Sophie Bédard, responsable provinciale de la condition féminine à la CSD. Elle cite notamment la participation de la centrale syndicale à la grande marche Du pain et des roses, lancée par Françoise David en 1995.

Pour répondre aux enjeux de la condition féminine, des groupes de travail ont d’ailleurs été mis sur pied dix ans plus tôt. « C’était alors des comités régionaux qui allaient vérifier quelles étaient les problématiques des femmes dans les milieux de travail », rappelle Mme Bédard. En 1991, c’était au tour du comité provincial d’être créé, dans le but de porter des revendications « plus loin, plus haut dans la sphère politique », ajoute-t-elle. Chaque année, ces groupes continuent de sonder leurs membres pour améliorer leurs conditions.

Mais la lutte pour l’équité n’est pas terminée pour la CSD. D’après Statistique Canada, en 2021, il existait toujours un écart salarial de 4,2 % chez les employés syndiqués, contre 13,3 % chez les non-syndiqués. La centrale syndicale, par le biais de mémoires et de démarches en commission parlementaire, réclame des changements à la Loi sur l’équité salariale.

Impliquer davantage les employés aiderait à une meilleure application de la loi, qui prévoit actuellement un maintien de l’équité salariale tous les cinq ans. « Par contre, il n’y a pas d’obligation des travailleurs de participer à ce maintien de l’équité salariale », précise Mme Bédard. Ainsi, un patron peut décider de modifier sa façon d’évaluer les employés à son avantage, laissant les écarts se maintenir, souligne-t-elle.

La CSD souhaite donc que de tels exercices de maintien soient faits chaque année. « C’est sûr qu’en continu, ce serait l’idéal », espère la syndicaliste. Mais le fait de procéder à une évaluation annuellement permettrait aux comités de condition féminine de mieux faire leur travail, précise-t-elle. La fréquence actuelle fait « qu’on oublie des choses, des changements qui peuvent avoir lieu. Tandis que, si on fait ça une fois par année, tout est plus frais dans notre tête », fait-elle valoir. Elle souhaite aussi que les employés participent à cette tâche, que l’employeur peut actuellement décider de faire seul.

Une meilleure conciliation famille-travail

 

Si la pandémie a causé une rupture des frontières entre la vie personnelle et professionnelle, la CSD milite pour une meilleure conciliation, qui profitera non seulement aux femmes, mais également aux hommes, estime Mme Bédard.

Revalorisation des métiers à prédominance féminine, maintien des femmes qui ont des enfants sur le marché du travail, « on a beaucoup de revendications à cet effet », énumère-t-elle. La CSD souhaite également améliorer les conditions des travailleuses qui œuvrent dans des secteurs moins bien payés. « Cela ferait en sorte de pouvoir les retourner sur le marché du travail avec de meilleures conditions », explique Mme Bédard.

« Des femmes quittent le marché du travail parce qu’elles n’ont pas de place en garderie », observe-t-elle. La CSD veut donc bonifier les congés familiaux afin de permettre aux employés de prendre soin de leurs enfants, mais aussi de leurs parents. Ainsi, la centrale syndicale réclame que soit augmenté à 10 par année le nombre de jours de congé rémunérés. À l’heure actuelle, la loi prévoit seulement deux journées payées et huit autres aux frais de l’employé.

10
C’est le nombre annuel de jours de congé familial rémunérés qui est réclamé par la CSD.

« Puisque les femmes sont souvent dans des milieux plus précaires, cette perte salariale a des impacts plus importants que pour les hommes actuellement », souligne la responsable provinciale de la condition féminine.

La principale revendication de la CSD reste toutefois l’élaboration d’une loi en matière de conciliation famille-travail. « Cela forcerait les employeurs à se doter de politiques, mais aussi de mesures » visant à faciliter une telle chose, plaide Sophie Bédard.

Flexibilité des horaires, fin des heures supplémentaires obligatoires, des mesures de la sorte permettraient aux parents de mieux s’acquitter de leur charge familiale. « C’est parfois un problème pour aller chercher les enfants », illustre la syndicaliste.

D’autres enjeux d’importance

Alors qu’une récente étude de l’Université de Sherbrooke a conclu que les politiques de confinement sont liées à une hausse marquée des cas de violence conjugale, la CSD souhaite des mesures pour plusieurs types d’abus tels que le harcèlement psychologique et sexuel en milieu de travail.

Les recherches ont démontré que plus d’une Québécoise en couple sur six a subi de la violence conjugale en octobre dernier. Ce sont 3,2 % des sondées qui ont répondu vivre de la violence physique à cette période. « C’est un enjeu très important pour nous », souligne Mme Bédard.

La solution consisterait selon elle à mieux outiller les hommes sur la façon d’intervenir correctement auprès des femmes. « Comment avoir des relations plus égalitaires ? Il y a des stéréotypes sur les femmes, mais les hommes y sont également soumis. Et sans éduquer adéquatement les hommes, la violence faite aux femmes va continuer », avance-t-elle.

« Ça va aussi prendre plus de mesures pour aider les hommes à cheminer dans ce changement sociétal de pensée. Et c’est avec l’éducation à long terme qu’on va y arriver. »

Une analyse différenciée selon les sexes permettrait d’ailleurs de répondre à plusieurs défis vécus par les femmes. « C’est un enjeu transversal à tous les autres », explique Mme Bédard, qui souligne que les impacts de diverses lois ne sont pas les mêmes selon le sexe. « Et même chez les femmes entre elles, précise-t-elle. Si c’était un outil qui était bien appliqué, on pourrait éliminer beaucoup des problématiques liées à l’égalité des sexes et des genres. »

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