L'année financière 2021 en cinq points

L’année financière qui s’achève est loin d’avoir été comme les autres.
Photo: Mark Lennihan Associated Press L’année financière qui s’achève est loin d’avoir été comme les autres.

De l’affaire Game Stop, qui a secoué la Bourse en janvier, à l’engouement inégalé pour les « compagnies de chèque en blanc », en passant par l’envolée des cryptomonnaies, l’année financière qui s’achève est loin d’avoir été comme les autres. Le Devoir vous propose un survol de quelques éléments particuliers qui ont teinté l’année sur les marchés financiers.

L’embellie boursière continue

« Ce fut une très bonne année de performance boursière », résume Jean-René Ouellet, vice-président et stratège de placement chez Gestion de patrimoine Desjardins. « Ç’a été plus compliqué du côté des marchés obligataires. Ça veut dire qu’il y a une grosse disparité entre les portefeuilles croissance qui vont avoir carburé avec d’excellents rendements et les portefeuilles plus prudents et conservateurs, qui eux ont davantage souffert, ou moins bien performé », analyse-t-il. Depuis le début de l’année, l’indice S&P 500 a augmenté de plus de 25 %. Depuis son creux en mars 2020, il a gagné plus de 100 %. « On doit admettre qu’on vient d’avoir trois très bonnes années à la Bourse, alors il y a deux éléments qui sont de mises : humilité sur les rendements passés, et gestion des attentes sur les rendements à venir », estime M. Ouellet.
 

 

L’affaire GameStop

Le détaillant américain de jeux vidéo GameStop, dont le modèle d’affaires bat de l’aile depuis plusieurs années, a eu une année haute en couleur. En janvier, le cours de son action (GME) a grimpé en flèche. En deux semaines, son prix a bondi de plus de 1600 %, passant d’environ 20 $US, à près de 350 $ entre le 12 et le 27 janvier. Alors que l’entreprise est visée par des ventes à découvert — c’est-à-dire que des investisseurs parient sur la baisse du prix de l’action —, une horde de petits investisseurs réunis sur le forum WallStreetBets du site Reddit achètent massivement des actions de l’entreprise pour faire monter le prix de l’action et donner une leçon aux ténors de la Bourse. Si le prix de l’action redescend rapidement en janvier, il s’en suit une grande volatilité dans les mois qui suivent, et ce, jusqu’à la fin de l’année. Fin décembre, une action de GameStop s’échange encore pour environ 150 $. L’affaire, qui a fait grand bruit, est l’illustration de l’avènement des « meme stocks » — qui sont des actions dont la valeur n’est pas déterminée par les performances de l’entreprise, mais plutôt par leur popularité sur les réseaux sociaux.


Les montagnes russes des cryptos

Le marché des cryptomonnaies s’est envolé comme jamais cette année, mais cela ne s’est pas fait sans secousses. « Avec les cryptos, c’est toujours des montagnes russes », relativise Martin Lalonde, président de la firme de gestion de portefeuille Rivemont, qui propose un fonds d’investissement composé de cryptomonnaies. Au début de l’année, la capitalisation de l’ensemble des cryptomonnaies était de 1000 milliards de dollars américains. En novembre, elle frôlait les 3000 milliards, avant de redescendre. Bitcoin continue de dominer le secteur, et de loin. N’empêche que sa part de marché a radicalement chuté dans la dernière année, aux profits d’autres cryptomonnaies. Selon le site CoinMarketCap, Bitcoin représentait près de 70 % de ce marché au début de l’année, contre seulement 40 % à la fin décembre. « Une chose marquante cette année qu’il faut souligner, c’est que les acteurs institutionnels s’intéressent de plus en plus aux cryptomonnaies, note M. Lalonde. Je pense qu’on peut maintenant dire qu’ils sont une classe d’actifs à part entière, certes volatils, qu’on peut choisir de détenir ou non. »


Ascension des jetons non fongibles

La dernière année aura aussi été celle de l’avènement des non-fungible tokens (NFT), ou jetons non fongibles. Il s’agit de ces certificats d’authenticité, basés sur la technologie chaîne de blocs, associés à des actifs numériques. Il s’en est vendu de multiples sortes : des œuvres d’art, des tweets, une chronique du New York Times, des séquences vidéo de la ligue de basketball américaine, etc. Incompréhensibles aux yeux de certains, les NFT valent pourtant beaucoup aux yeux d’autres personnes, à en juger les prix auxquels certains s’envolent. Fin février, le collage numérique intitulé Everydays: the First 5000 Days,de l’artiste Beeple, s’est vendu pour 69 millions de dollars américains en mars dernier lors d’une vente aux enchères organisée par la célèbre maison Christie’s.



Les compagnies de chèque en blanc ont la cote

Les sociétés d’acquisition à vocation spécifique, plus connues sous le nom de « SPAC » (Special Purpose Acquisition Company), ont connu une popularité fulgurante en 2021. En tout, plus de 600 entreprises sont entrées en Bourse de cette façon cette année. C’est plus du double des données enregistrées l’année précédente. En 2020, les SPAC représentaient plus de 50 % des nouvelles sociétés américaines cotées en Bourse, selon le Harvard Business Review. Habituellement, une entreprise qui choisit de se lancer en Bourse doit passer par le processus traditionnel de l’IPO (initial public offering), aussi connu sous le nom de PAPE en français (premier appel public à l’épargne). Une autre option, plus rapide et moins coûteuse, est de se fusionner avec une entreprise déjà présente sur les marchés — une SPAC, surnommée « compagnie de chèque en blanc ». Cet engouement soudain est scruté minutieusement par la SEC, l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers puisque certains tirent la sonnette d’alarme quant au risque de spéculation lié à ce type d’entreprises. Certaines SPAC se sont associées à des célébrités pour augmenter leur visibilité, mais elles ont pour leur part laissé les investisseurs principalement dans le rouge. En tout, 21 des 33 SPAC liées à des personnalités publiques célèbres ont affiché des rendements négatifs pour 2021, notait le magazine Fortune.

 

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