Les limites de l’action anti-inflation de Biden

Le président américain,  Joe Biden, a fait un discours devant la Maison-Blanche, lundi, après la  ratification de son programme  consacrant  1200 milliards  de dollars à  des dépenses  d’infrastructures.
Kenny Holston Getty Images/Agence France-Presse Le président américain, Joe Biden, a fait un discours devant la Maison-Blanche, lundi, après la ratification de son programme consacrant 1200 milliards de dollars à des dépenses d’infrastructures.

Le président des États-Unis, Joe Biden, a promis de tout mettre en œuvre pour inverser la courbe des prix, qui a atteint un sommet en octobre. Pour sa ministre des Finances, Janet Yellen, supprimer les droits de douane sur les biens chinois pourrait y contribuer. Mais le gouvernement Biden dispose en fait de peu d’outils pour arrêter, à court terme, l’accélération de la hausse des prix à la consommation.

La hausse des prix est directement liée à la reprise économique après la récession de 2020, qui a provoqué une inadéquation entre l’offre et la demande dans un contexte de pandémie inachevée et d’une pénurie de main-d’œuvre.

Résultat : les prix ont augmenté de 6,2 % en octobre par rapport à la même période l’année dernière selon des statistiques officielles, du jamais vu depuis trente ans.

Relever les taux d’intérêt brutalement serait une avenue efficace, mais politiquement très impopulaire, car cela rehausserait le coût du crédit. C’est aussi une prérogative de la Banque centrale américaine (Fed), institution indépendante du pouvoir exécutif. Cette mesure est en outre risquée étant donné que le marché de l’emploi n’a pas encore retrouvé ses niveaux d’avant-crise.

Au cours de la dernière période de haute inflation dans les années 1970 et au début des années 1980, le président de la Réserve fédérale (Fed) Paul Volcker avait lui-même vaincu l’inflation en portant les taux d’intérêt à des niveaux records.

« Il n’y a pas grand-chose que le gouvernement puisse faire par lui-même pour résoudre le problème actuel de l’inflation, au-delà d’essayer de convaincre les ports, les entreprises de logistique, etc., d’augmenter leur capacité », souligne de son côté Andrew Hunter, économiste chez Capital Economics.

Selon lui, « le seul levier clé sur lequel le gouvernement a un contrôle partiel, avec le Congrès, est la politique budgétaire ». « Mais cela n’est pas une solution facile », convient-il, puisqu’il s’agirait d’essayer de faire baisser l’inflation en organisant une forte contraction de la demande, en augmentant par exemple les impôts ou en réduisant les dépenses. Inenvisageable pour le moment pour Joe Biden, qui n’a plus la cote dans les sondages.

Des plans en guise de réponse

Le principal conseiller économique du président, Brian Deese, a affirmé dimanche que les plans économiques de Joe Biden auraient un impact positif sur les prix.

Le programme consacrant 1200 milliards de dollars américains à des dépenses d’infrastructures, dont la loi a été ratifiée lundi par le président, va « aider à faire circuler les marchandises plus librement et à moindre coût », a-t-il argué sur NBC.

Et selon lui, l’autre grand plan, de 1750 milliards de dollars de dépenses sociales et d’investissements dans la transition énergétique, encore en discussions au Congrès, ne créera pas de pressions inflationnistes, « au contraire ».

« Le problème est que de telles politiques prennent généralement des années pour commencer à avoir un effet sur l’approvisionnement potentiel de l’économie », a souligné M. Hunter. Non seulement ces plans « ne permettront pas de contenir l’inflation maintenant », mais ils pourraient « l’augmenter encore, s’ils se traduisaient par une nouvelle expansion budgétaire à court terme qui stimulerait la demande ».

La piste douanière

Les droits de douane imposés par le gouvernement Trump sur des produits chinois représentant l’équivalent de 370 milliards de dollars d’importations américaines annuelles sont toujours en place. Janet Yellen a estimé dimanche sur CBS que la suppression de ces surtaxes « ferait pencher la balance » en ce qui a trait à l’inflation.

Une analyse discutable, selon Andrew Hunter. Il note que, lors de leur imposition en 2018-2019, l’augmentation des prix avait été limitée, compensée par les fluctuations des taux de change, des entreprises rognant sur leurs marges et des importations réacheminées via des pays tiers, comme le Vietnam ou la Corée.

Si les tarifs douaniers étaient supprimés maintenant, le renminbi chinois pourrait s’apprécier par rapport au dollar américain, et les entreprises augmenteraient « leurs marges en ne répercutant pas les économies de coûts sur les consommateurs, en particulier lorsque la demande des consommateurs est toujours très forte », estime-t-il.

Le gouvernement Biden voudrait aussi évidemment faire revenir une grande part de la production de biens aux États-Unis, notamment de semi-conducteurs, dont la pénurie a entraîné une augmentation des prix. Mais là encore, cela n’aura pas d’effet à court terme.

Le chef démocrate du Sénat, Chuck Schumer, a quant à lui évoqué une autre piste en guise de solution rapide, exhortant dimanche le gouvernement à utiliser les réserves de pétrole d’urgence dans le but de réduire les prix de l’essence.

Mais à l’heure des promesses sur la lutte contre le changement climatique, la Maison-Blanche soupèse encore l’opportunité de se servir de cette prérogative rarement utilisée et dont l’effet sur le coût du carburant à la pompe ne serait que provisoire.

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