Les PME québécoises appelées à en faire plus pour l’environnement et le progrès social

Raphaëlle Ritchot
Collaboration spéciale
«S’il n’y a plus de planète où on peut vivre, il n’y aura plus de planète où on peut faire des affaires.»
Image: Getty Images «S’il n’y a plus de planète où on peut vivre, il n’y aura plus de planète où on peut faire des affaires.»

Ce texte fait partie du cahier spécial Responsabilité sociale des entreprises

Que ce soit de la part des investisseurs, des gouvernements, de leurs employés ou de leurs clients, les PME québécoises subissent de plus en plus de pressions les incitant à transformer leurs pratiques d’affaires pour devenir plus respectueuses de l’environnement et des communautés environnantes.

D’ailleurs, 84 % d’entre elles pensent que les entreprises québécoises devraient jouer un rôle proactif dans la résolution des enjeux sociaux et environnementaux, selon un récent sondage mené dans le cadre d’une étude de l’Institut du Québec.

« Aujourd’hui, ce n’est plus suffisant de faire le minimum, ce n’est plus suffisant de juste penser à réduire son impact, ce n’est plus suffisant de faire seulement ce qui est dans la limite de l’acceptable. Aujourd’hui, on s’attend à ce que les entreprises en fassent davantage », soutient Christian Bélair, président et associé principal à la firme-conseil en impact social Credo, qui participe à l’étude également.

Les experts qui prennent part à l’étude croient d’ailleurs que les PME ont tout avantage à prendre des actions par rapport aux enjeux sociaux et environnementaux.

« Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, les entreprises qui ont une mission sociale, environnementale ou qui ont une vision claire sur ces enjeux vont avoir une marque employeur plus forte. Elles auront donc un avantage pour attirer et retenir des employés, notamment dans la jeune génération », croit Emna Braham, directrice adjointe de l’Institut du Québec.

Perceptions trompeuses

 

Si la majorité des PME interrogées jugent avoir une bonne (63 %), voire une excellente performance (12 %) en matière de responsabilité sociale, leur perception d’elles-mêmes a semblé un peu erronée aux yeux des experts de l’étude.

« Ce sont des résultats très positifs, il y a une prise de conscience. Il y a une perception d’une bonne performance RSE, mais quand on pose des questions un peu plus détaillées, il y a un écart entre cette perception et la réalité. Notamment, lorsqu’elles doivent prendre des décisions d’affaires, on voit que finalement, les intérêts des actionnaires et la génération de profit restent quand même la priorité », précise Mme Braham.

63 %

C’est le pourcentage de PME interrogées qui jugent avoir une bonne performance en matière de responsabilité sociale. 12 % se jugent même excellentes.

Cette prise de conscience est donc une bonne chose, mais les experts de l’étude sont unanimes ; il reste du travail à faire.

« Ça ne suffit plus de faire des millions de dollars et d’en redonner une partie en philanthropie, il faut continuer à donner de l’argent en philanthropie, mais il faut en faire davantage », ajoute M. Bélair.

De la parole aux actes

 

Dans le cadre du sondage, les entreprises devaient nommer des leviers qui les aideraient dans l’adoption de meilleures pratiques RSE. Elles ont mentionné un soutien financier, un plus grand degré d’adoption de ces pratiques par leurs concurrents, davantage de connaissances, d’expertise et d’accompagnement sur la question, une législation et des normes imposées par le gouvernement.

« Ce sondage nous apprend que bien que les PME québécoises semblent accorder de l’importance aux enjeux sociaux et environnementaux, elles ont encore de la difficulté à passer à l’action. D’où l’importance de renforcer l’écosystème de soutien auxPME », soutient le professeur Luciano Barin Cruz, directeur au pôle IDEOS de HEC Montréal.

« Il y a une perception selon laquelle on pourrait en faire plus si on était forcé par des réglementations, mais nous, ce qu’on dit, c’est qu’il ne faut pas attendre les réglementations pour en faire plus », lance Christian Bélair de chez Credo.

Ce dernier ne croit pas que le véritable frein à l’adoption de meilleures pratiques RSE soit le soutien financier. M. Bélair mentionne que plusieurs initiatives sont à la portée des PME, comme c’est le cas du Fonds Écoleader, une initiative du gouvernement du Québec coordonnée par le Fonds d’action québécois pour le développement durable.

Ce fonds propose une aide financière, sous la forme d’une subvention, aux entreprises qui souhaitent engager des experts qui les aideront à mettre en place des pratiques d’affaires écoresponsables ou à se préparer à l’acquisition de technologies propres.

Christian Bélair invite les entreprises québécoises à se poser des questions. « S’il n’y a plus de planète où on peut vivre, il n’y aura plus de planète où on peut faire des affaires », lâche-t-il.

Le sondage de l’Institut du Québec a été mené par Léger auprès de 216 gestionnaires de PME québécoises comptant de 25 à 249 employés.

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