Les reventes rapides de propriétés en hausse dans la grande région de Montréal

Le nombre de propriétés qui ont été achetées et revendues rapidement dans la grande région de Montréal a été plus élevé que jamais l’an dernier, selon un rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) publié mardi.

Les maisons et les plex revendus moins de 12 mois après leur achat initial ont représenté 3,2 % de toutes les ventes enregistrées sur le marché en 2020 ; du côté des copropriétés, ce chiffre s’est élevé à 3 %. À titre de comparaison, de telles transactions représentaient 2,4 % des ventes en 2016 et 2,7 % en 2019.

Les flips immobiliers, ces reventes rapides de propriétés après des rénovations, se traduisent souvent par ce genre de transaction.

« Le marché est en surchauffe depuis quelques trimestres maintenant, explique l’économiste Francis Cortellino, coauteur du rapport. Il y a beaucoup de demande, pas beaucoup d’offre, les hausses des prix sont très fortes, donc ça a probablement stimulé ce type d’achat — c’est-à-dire acheter et revendre rapidement pour faire des profits —, qui se présente de façon plus fréquente. »

Les bonnes affaires ont effectivement été au rendez-vous en 2020. Les gains effectués par les spéculateurs dépassent largement l’augmentation moyenne des prix des propriétés. Par exemple, l’augmentation des prix des maisons dans la grande région de Montréal a été de 13,2 %. Or, les revendeurs rapides ont réussi à obtenir un prix 38,7 % plus élevé que leur prix d’achat, selon le chiffre médian.

La popularité des reventes rapides n’étonne pas l’investisseur immobilier Jean-François Tremblay. « Il y a tellement de demande, c’est normal que ça tourne vite. En ce moment, on mettrait un cabanon à vendre à Montréal, il partirait en quelques jours », commente-t-il, ajoutant que les flips sont favorisés par le besoin de rénovation de nombreux logements.

La SCHL invite toutefois les investisseurs immobiliers à la prudence : les reventes rapides sont parfois effectuées à perte, et les prix ne sont pas voués à augmenter à l’infini. En 2016, par exemple, près de 30 % des ventes de copropriétés conclues en 12 mois ou moins n’ont pas été profitables pour les vendeurs.

Pas un facteur déterminant, mais…

Les auteurs du rapport estiment d’ailleurs que ces reventes rapides n’ont pas eu un effet important sur la hausse des prix immobiliers à Montréal. Le phénomène reste marginal, car « la majorité des gens veulent acheter des logements pour y vivre », souligne M. Cortellino.

Selon son collègue économiste Nathan R. Lea, l’enquête démontre que d’autres facteurs sont plutôt en cause, notamment la faible offre de logements dans la métropole et les taux d’intérêt très faibles.

En ce moment, on mettrait un cabanon à vendre à Montréal, il partirait en quelques jours 

 

Dans certains secteurs de la grande région de Montréal, les flips prennent toutefois plus de place sur le marché depuis quelques années. C’est notamment le cas à Longueuil, où 10 % des immeubles locatifs de 2 à 5 logements ont été revendus rapidement en 2019, ou encore dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, où la proportion de reventes rapides de plex est passée de 1 % des transactions en 2016 à 5,8 % en 2019.

Les ménages qui veulent acheter une propriété pour vivre dans ces quartiers ne sont donc pas seulement en concurrence avec d’autres acheteurs comme eux, mais aussi avec des investisseurs immobiliers. « Ça peut entraîner de plus grandes hausses de prix », souligne M. Cortellino.

Dans le cas des immeubles résidentiels, M. Lea croit d’ailleurs qu’il serait pertinent d’analyser plus en profondeur l’effet des reventes rapides sur les prix des loyers, qui sont également en hausse dans la métropole.

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