Un accélérateur pour les «start-up» du fleuve

L’entreprise M2Océan, en collaboration avec la communauté autochtone d’Arviat, au Nunavut, a utilisé la technologie HydroBlock pour cartographier une partie des fonds marins de la baie d’Hudson. Leur innovation pourrait être utilisée pour recenser les mouvements du fond marin qui ont eu lieu pendant l’hiver dans le Saint-Laurent.
Photo: Aqqiumavvik Society L’entreprise M2Océan, en collaboration avec la communauté autochtone d’Arviat, au Nunavut, a utilisé la technologie HydroBlock pour cartographier une partie des fonds marins de la baie d’Hudson. Leur innovation pourrait être utilisée pour recenser les mouvements du fond marin qui ont eu lieu pendant l’hiver dans le Saint-Laurent.

Des idées pour exploiter les ressources de l’océan et du fleuve Saint-Laurent de façon plus durable, certains Québécois n’en manquent pas. Pour les aider à atteindre leur plein potentiel, la Société de promotion économique de Rimouski (SOPER) lance un accélérateur de start-up dans le domaine de l’économie bleue.

Emmanuel Sandt-Duguay rêve de voir ses bourgots et ses mactres de Stimpson être dégustés toute l’année dans des microbrasseries, des restaurants et même des chaumières un peu partout dans la province. Pour y arriver, le pêcheur et cofondateur de l’entreprise Chasse-Marée monte une « conserverie », où ses mollusques seront cuisinés et emprisonnés dans des conserves en aluminium. La production doit commencer cet automne à Rimouski.

« Notre mission première est de faire connaître ces produits de chez nous, de les valoriser, affirme M. Sandt-Duguay. On exporte la majorité de nos produits de la mer et on importe la majorité de ce qu’on consomme. C’est un gros paradoxe. » L’idée est aussi de préserver ces tendres aliments plus longtemps.

Kevin Wilson, lui, développe des technologies visant à cartographier les fonds marins, afin d’optimiser la navigation et de la rendre plus sécuritaire. Par exemple, les bateaux, de plus en plus nombreux, qui circulent dans l’océan Arctique pourraient tous être munis du dispositif HydroBlock de son entreprise M2Océan. Ils contribueraient ainsi à une base de données commune permettant de mieux connaître le relief sous-marin encore peu connu de cette large zone. Même dans le fleuve Saint-Laurent, leur innovation peut être utilisée pour recenser les mouvements du fond marin qui ont eu lieu pendant l’hiver.

« Mieux on connaît les cours d’eau, mieux on peut gérer notre navigation, souligne le président-directeur général. Est-ce qu’on pourrait dépenser moins de carburant en prenant un trajet plus stratégique au lieu de contourner la zone inconnue ? »

M2Océan a aussi développé, en collaboration avec le Centre interdisciplinaire de développement en cartographie des océans, des bouées pour explorer des endroits difficiles d’accès ou sonder le fond marin de manière encore plus exhaustive.

Maintenir les projets à flot

Chasse-Marée et M2Océan sont deux jeunes pousses qui bénéficieront du programme de mentorat de FLOTS, le nouvel accélérateur d’entreprise de la SOPER. « Il y a de l’intérêt en Europe et aux États-Unis pour nous acheter des centaines d’appareils, raconte M. Wilson. Mais on n’est pas encore prêts pour répondre à une telle demande. On doit revoir notre site Web, notre plan d’affaires, notre stratégie marketing, notre distribution… Les services de FLOTS vont nous aider avec ça, car on ne veut pas manquer le bateau. »

Comme l’accompagnement se fera principalement de façon virtuelle, la SOPER invite des entreprises de partout au Québec à postuler pour compléter la cohorte de six. À condition de travailler dans le domaine de l’économie bleue. « Ça englobe tout ce qui est lié à la protection des océans et de ses écosystèmes, comme le génie maritime, les données intelligentes, la cartographie, la transformation des aliments, les biotechnologies », explique Amélie Desrochers, directrice de l’innovation à la SOPER.

L’accélérateur offrira trois autres programmes sur la même thématique. « On a une concentration de chercheurs de calibre international sur le territoire de l’Est du Québec, mais ce ne sont pas des entrepreneurs. On veut les aider à s’orienter vers une carrière entrepreneuriale en les mettant en contact avec des entrepreneurs », indique Mme Desrochers. Parmi les mentors potentiels, cette dernière cite notamment InnoVactiv, qui extrait un liquide des étoiles de mer pour utilisation dans l’industrie des cosmétiques et qui les remet à l’eau sans les blesser, semble-t-il.

Le but est de mieux connaître le fleuve et nos cours d’eau, de consommer davantage local et d’utiliser à 100 % les ressources qui en sont extraites, souligne Noémie Giguère, directrice générale du Technopole maritime du Québec, un partenaire de l’accélérateur. Elle estime que les milieux politiques et d’affaires s’intéressent de plus en plus à ce secteur de l’économie, citant la nouvelle vision maritime du gouvernement du Québec, nommée Avantage Saint-Laurent, annoncée le 17 juin.

« Il y a aussi des consultations au niveau fédéral pour préparer la nouvelle stratégie de l’économie bleue, dit Mme Giguère. À l’international, c’est la décennie des océans aux Nations unies. Il y a un alignement général pour reconnaître l’importance de leur préservation et leur potentiel d’utilisation durable. »

À voir en vidéo