Des pénuries d'équipements de plein air à prévoir

Le manque de marchandises a touché surtout les équipements de sports nautiques. Très peu de modèles de kayaks, de planches à pagaie et d’accessoires sont présentement disponibles dans les magasins de plein air, alors que la demande pour ces articles est plutôt forte.
Hubert Hayaud Le Devoir Le manque de marchandises a touché surtout les équipements de sports nautiques. Très peu de modèles de kayaks, de planches à pagaie et d’accessoires sont présentement disponibles dans les magasins de plein air, alors que la demande pour ces articles est plutôt forte.

Vélos, patins à roulettes, chariots de golf, kayaks, véhicules récréatifs… De nombreux équipements de loisirs estivaux sont toujours en rupture de stock au Québec. Pour d’autres produits très populaires, comme ceux de jardinage, la situation est revenue à la normale. Tournée dans les magasins de la province.

Lorsque Joël Tran a précommandé un vélo de montagne pour son fils adolescent, son magasin de sport de Sherbrooke lui prédisait une livraison pour le 15 mai. Or, en date du 24 juin, il n’y a encore aucune nouvelle de sa bicyclette. « On me dit que le vélo va arriver quand il va arriver », rapporte le père de famille.

Ses deux garçons ayant grandi depuis le début de la pandémie, il leur cherche un nouveau bolide à tous les deux. En magasin, les seuls disponibles sont très haut de gamme. Or, les options de seconde main sur Internet sont presque aussi coûteuses que du neuf, d’après ses observations. D’ailleurs, il a lui-même vendu l’ancien vélo de son fils 600 $, alors qu’il l’avait acheté d’occasion 375 $ il y a deux ans.

Une telle situation n’est pas étonnante, si l’on se fie au président par intérim des magasins de plein air La Cordée. « C’est dans le vélo qu’il manque le plus de produits. On a reçu le quart de ce qu’on était censés recevoir, alors que la demande est plus grande », dit Steven Poirier.

La situation est similaire pour ce qui est des sports nautiques. Très peu de modèles de kayaks, de planches à pagaie et d’accessoires, comme des vêtements de flottaison individuels, sont présentement disponibles.

« Pour certaines catégories, on aurait été capables d’en vendre le double. C’est décevant, parce qu’on aurait eu une belle occasion de faire des ventes et de servir nos clients, mais on a reçu moins de marchandises que par le passé », déplore-t-il.

Renouveau dans certains sports

Au magasin de patins à roulettes Lowlife Mtl, la copropriétaire Lorianne Dicaire n’a jamais été aussi occupée. « Il y a une nouvelle mode du patin à roulettes. Beaucoup de gens ont décidé de s’y mettre pour la première fois. Les compagnies qui les produisent n’étaient pas prêtes à ce que ça arrive », constate Mme Dicaire, qui soutient vendre dix fois plus de patins qu’en 2019. « Et on a déjà fait autant de ventes depuis le début de l’année qu’au total en 2020. » « C’est une guerre pour réussir à avoir du stock », ajoute-t-elle.

Parmi les sports qui comptent beaucoup de nouveaux adeptes, il y a aussi le golf, selon le groupement d’achat Boutique Progolf (BPG), qui dessert 185 boutiques de golf au Canada. En ce moment, chanceux est celui qui réussit à trouver un chariot à trois roues pour son sac de golf.

Le directeur général de BPG, Martin Boucher, estime que les bâtons de golf sont également dans un état de pénurie. « Pour avoir des bâtons sur mesure, le client peut attendre jusqu’à 12 semaines, alors que, normalement, ça se fait en 10 jours », précise-t-il.

Le stock est tout aussi maigre du côté des concessionnaires de véhicules récréatifs. « Les manufacturiers ont peine à fournir. Ils nous disent qu’ils manquent de pièces pour finaliser les véhicules. Certains manquent de colle spéciale, d’autres d’éviers ou de réfrigérateurs… », indique Jean-François Lussier, président d’Horizon Lussier et président sortant de l’Association des commerçants de véhicules récréatifs du Québec.

Chaîne logistique perturbée

Qu’est-ce qui explique la rareté de tous ces petits et grands objets destinés à mettre de la joie dans notre été ? Outre l’engouement pour les sports extérieurs causés par l’impossibilité de voyager à l’étranger, les détaillants montrent du doigt des retards dans la livraison soit des produits eux-mêmes, soit des composantes de leur fabrication, provenant d’Asie.

La chaîne logistique internationale semble encore avoir de la difficulté à reprendre un rythme normal après la mise à l’arrêt de nombreuses industries en 2020, selon Jacques Roy, professeur de gestion des transports et de logistique à HEC Montréal. La disponibilité des conteneurs est encore faible, et le coût de ceux-ci a beaucoup augmenté.

Divers produits, même lorsqu’ils sont assemblés au Québec, sont composés d’éléments provenant d’un peu partout sur la planète, notamment d’Asie. Or, un seul élément manquant peut causer un retard dans toute la production.

Le fabricant québécois d’embarcations et de pagaies Pélican mentionne aussi la pénurie de main-d’œuvre pour justifier sa difficulté à répondre à la demande.

Patience et flexibilité nécessaires

Un point en commun entre presque tous les types de produits mentionnés plus haut, c’est qu’il se trouve bien quelques modèles en magasin. Mais ce sont généralement les plus chers. Et lorsqu’on a la chance de mettre la main sur un article prisé de bas ou de milieu de gamme, les prix sont aussi légèrement plus élevés que la normale.

Comment les consommateurs peuvent-ils espérer, dans ce contexte, trouver chaussure à leur pied ? Lowlife Mtl suggère de surveiller régulièrement les réseaux sociaux de l’entreprise, où les nouveaux arrivages sont publiés. Faire preuve de flexibilité permettra également de faire un achat plus rapidement. « Si des gens veulent s’acheter un VR, qu’ils magasinent tout de suite pour 2022, conseille Jean-François Lussier. On remercie les clients pour leur patience. »

Doit-on s’attendre bientôt à un retour à la normale ? Certains détaillants et fabricants doutent que la chaîne d’approvisionnement se stabilise dans les prochains mois.

Quelques bonnes nouvelles

Il y a toutefois quelques bonnes nouvelles au rayon du jardinage et des piscines. Au début du printemps, les centres de jardin étaient aux prises avec un manque marqué de plants, de terreau et d’accessoires.

« On a eu des délais de livraison de matériel venant d’Europe et d’Asie. En parallèle, la saison a commencé très tôt, car la neige avait fondu et les gens commençaient à travailler leurs terrains. Les végétaux, eux, n’étaient pas tous prêts », raconte la copropriétaire de Jardin Dion Hélène Dion.

Mais l’entreprise a maintenant reçu ses commandes, et il manque de très peu de types de plantes. En outre, la demande est déjà en train de baisser. On peut d’ailleurs y trouver des rabais sur les plantes potagères et annuelles. « C’est encore le temps de planter », souligne Mme Dion. Les articles de jardinage sont aussi à prix réduit dans plusieurs quincailleries, confirme le président-directeur général de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction, Richard Darveau.

Chez Club Piscine, le stock de spas, de piscines hors terre et d’ameublement de jardin est également bien fourni, même si les ventes sont exceptionnelles. « Les barbecues font partie de la catégorie avec le moins de disponibilité », ajoute toutefois le vice-président aux opérations, Marc Gentile.

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