Le jeu vidéo montréalais passe au niveau supérieur

Une image tirée de «Starfield», par Bethesda Games
Photo: Microsoft Bethesda Games Une image tirée de «Starfield», par Bethesda Games

Si la vie était un jeu, l’industrie canadienne du jeu vidéo amorcerait ces jours-ci le prochain niveau où les nouveaux vilains s’appellent Amazon, Metro et General Motors. Car fraîchement sortie d’une année à la fois spectaculaire et très difficile, cette industrie concentrée en grande partie au Québec entre dans une ère toute numérique qui l’oblige à s’améliorer sur tous les fronts : meilleurs produits, meilleures entreprises et meilleures conditions de travail.

« Nous avons vu un nombre record de gens être attirés vers le jeu vidéo ces derniers mois. Notre propre virage numérique dure depuis dix ans, mais la dernière année a été exceptionnelle. Les éditeurs canadiens ont dû continuer à créer de nouveaux titres tout en gérant le déplacement vers un bureau à la maison de leurs 30 000 employés », résume Jayson Hilchie, président et chef de la direction de l’Association canadienne du logiciel de divertissement.

L’association représente le secteur canadien du jeu vidéo et compte parmi ses membres des noms bien connus comme Nintendo, Ubisoft et WB Games. En marge de la tenue plus tôt cette semaine d’une Electronic Entertainmenr Expo millésimée 2021 entièrement numérique, le fameux E3 comme on l’appelle dans le jargon, son président fait le point sur l’incidence qu’a eue la dernière année sur le secteur.

Montréal s’éclate au E3

Un moment bien choisi pour le faire étant donné la présence plus remarquée qu’à l’habitude des éditeurs canadiens, québécois et montréalais. Cette effervescence s’explique de deux façons : l’édition 2020 du E3 a dû être annulée en raison de la COVID et bien des lancements ont été repoussés. Et entre-temps, la demande pour de nouveaux jeux vidéo a bondi partout dans le monde.

On a entre autres pu assister, virtuellement, au dévoilement de nouveaux titres fort prometteurs d’Ubisoft Canada, dont une extension pour son titre phare Assassin’s Creed Valhalla. Behaviour Interactif a décidé de célébrer le cinquième anniversaire de son jeu d’horreur Dead by Daylight en visitant l’environnement d’un autre grand classique du jeu vidéo, Resident Evil, du géant Capcom. Eidos Montréal et Square Enix Montréal ont peut-être volé la vedette avec leurs nouveautés.

Les deux filiales de la société japonaise Square Enix ont dévoilé une nouvelle franchise — comme on appelle ces jeux vidéo dont on peut prédire qu’il sera décliné en nombreux chapitres dans le futur — basée sur les Guardians of the Galaxy de Disney-Marvel, un nouveau chapitre pour le jeu mobile Hitman appelé Hitman Sniper : the Shadows, ainsi qu’un autre titre emprunté à l’empire Disney basé sur les superhéros de Marvel’s Avengers.

Enfin, Bethesda Games, qui possède un important studio à Montréal, a présenté Starfield, un nouveau monde virtuel haut de gamme en développement depuis trois ans et qui est pressenti comme étant la plus importante nouveauté en un quart de siècle pour cet éditeur de renom racheté en septembre dernier par Microsoft. Starfield est un jeu de rôle hyperstellaire qui a été décrit comme « un Skyrim de l’espace », par son principal producteur Todd Howard, en référence à un autre titre très connu de Bethesda.

Pendant que de nombreux secteurs de l’économie devaient arrêter leurs activités en 2020, le secteur du jeu vidéo, lui, vivait une situation inverse. De nouvelles plateformes en ligne et par abonnement et deux nouvelles consoles haut de gamme ont contribué à attiser la demande pour du divertissement numérique de la part de millions de consommateurs confinés à temps plein dans leur salon. Ça a aussi généré une nouvelle vague d’embauches au sein des entreprises du secteur. Une vague qui a eu des allures de ressac pour certaines d’entre elles où un climat de travail souvent toxique favorisait des comportements en milieu de travail inadmissibles, peu importe la nature des activités commerciales. Un œil au beurre noir dont l’industrie aurait pu se passer. « Notre industrie ne peut pas être reconnue comme un environnement de travail peu invitant », déplore Jayson Hilchie.

2000 postes à pourvoir

À Montréal seulement, 2000 postes sont à pourvoir sur-le-champ dans le jeu vidéo. Une culture du travail toxique n’a tout simplement aucun sens pour les éditeurs, d’autant plus que le virage numérique crée des occasions pour les professionnels du numérique dans d’autres secteurs économiques.

« La concurrence n’est pas EA ou WB Games, mais Amazon, General Motors ou Métro, poursuit M. Hilchie. Il est devenu apparent depuis un an que les employeurs doivent faire plus d’efforts pour promouvoir l’équité, le respect et l’inclusion. »

Des efforts qui sont compliqués par la vague de consolidation qui a cours dans le secteur, alors que les environnements de jeu se multiplient et que des géants comme Microsoft et Sony, mais aussi Apple et Amazon sont à la recherche de contenu exclusif pour leurs propres plateformes.

Là encore, le Canada et le Québec peuvent se distinguer avantageusement, estime le président de l’Association canadienne du logiciel de divertissement. Le Québec s’est positionné comme un leader de l’industrie mondiale et les leçons tirées des événements des derniers mois devraient l’aider à renforcer ce rôle, selon lui. « On ne peut qu’être optimistes », conclut-il.

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