Entre Elon Musk, la Chine et Coinbase, le bitcoin malmené

À son plus bas niveau enregistré mercredi, le bitcoin perdait près d’un tiers de sa valeur par rapport au début de la semaine et plus de la moitié en comparaison avec son record, le 14 avril, à 64 869,78 dollars américains.
Photo: Kin Cheung Associated Press À son plus bas niveau enregistré mercredi, le bitcoin perdait près d’un tiers de sa valeur par rapport au début de la semaine et plus de la moitié en comparaison avec son record, le 14 avril, à 64 869,78 dollars américains.

Après avoir temporairement perdu jusqu’à 30 % à la Bourse, suivant un rappel à l’ordre en Chine contre les cryptomonnaies, le bitcoin a limité ses pertes mercredi grâce à un message jugé rassurant du célèbre patron de Tesla, Elon Musk.

À la fin de la séance, la plus célèbre des cryptomonnaies a perdu 8,5 % à 39 587 dollars américains. Elle avait flirté un peu plus tôt avec le seuil des 30 000 dollars, un prix qui n’avait pas été vu depuis fin janvier.

Le cours se reprenait notamment après un gazouillis d’Elon Musk, laissant entendre que son entreprise, qui a acquis pour 1,5 milliard de dollars de bitcoin plus tôt dans l’année, ne les avait pas vendus, contrairement à ce que laissait supposer un précédent commentaire du dirigeant. M. Musk a toutefois bien décidé mi-mai de refuser les paiements en bitcoin pour ses véhicules électriques, contrairement à un précédent engagement, citant le risque environnemental causé par le minage de bitcoin.

À son plus bas niveau enregistré mercredi, le bitcoin perdait près d’un tiers de sa valeur par rapport au début de la semaine et plus de la moitié en comparaison avec son record, atteint il y a seulement un mois, le 14 avril, à 64 869,78 dollars américains. L’analyste de Oanda Edward Moya a qualifié le creux soudain de la journée de « flash crash », ces plongeons boursiers qui se produisent en quelques minutes.

« Après la volte-face de Tesla, la Chine a remué le couteau dans la plaie en déclarant que les monnaies virtuelles ne devraient pas et ne peuvent pas être utilisées sur le marché parce qu’elles ne sont pas des monnaies réelles », a commenté de son côté Fawad Razaqzada, analyste de Thinkmarkets.

Les cryptomonnaies « ne sont pas de vraies devises », ont en effet estimé mercredi plusieurs fédérations bancaires chinoises de référence, mettant en garde contre la « spéculation », dans un pays qui prépare par ailleurs sa propre monnaie numérique.

Coinbase bousculé

La Chine a un temps été une des places fortes du bitcoin, la plus répandue des monnaies virtuelles. Pékin a cependant opéré en 2019 un tournant radical en rendant illégaux dans le pays les paiements en cryptomonnaies, accusées d’être un instrument au service « d’activités criminelles ».

Les crypto-monnaies ne sont pas de vraies devises.

 

La forte volatilité des monnaies virtuelles « porte gravement atteinte à la sécurité des biens des personnes et perturbe l’ordre économique mondial », ont fustigé dans un communiqué commun la Fédération nationale de financement sur Internet de Chine, la Fédération bancaire du pays et la Fédération de paiement et de compensation.

Un peu plus tard mercredi, la plateforme américaine d’échange cotée à Wall Street Coinbase a annoncé avoir subi de fortes perturbations, ajoutant sur un compte Twitter de l’entreprise qu’il était difficile de se connecter, de consulter son solde ou d’acheter ou vendre des devises virtuelles. L’entreprise, qui a plongé de près de 6 % à Wall Street en raison des fortes secousses sur le marché, a affirmé un peu plus tard avoir remédié à ces problèmes.

La deuxième plus grande cryptomonnaie, l’ethereum, dévissait elle aussi mercredi, lâchant 22 % à 2653 dollars américains.

L’intérêt pour les cryptomonnaies à travers le monde a bondi depuis fin 2020. Dopé par l’attention d’investisseurs de plus en plus sérieux, des banques institutionnelles de Wall Street à plusieurs géants de la Silicon Valley, le marché des cryptomonnaies a enflé pour atteindre plus de 2500 milliards de dollars à son plus haut mi-mai, selon le site Coinmarketcap, qui recense près de 10 000 devises.

Le régulateur chinois n’est pas le seul à s’inquiéter de l’envol du marché des cryptomonnaies : ses homologues en Europe ou aux États-Unis ont appelé les investisseurs à la prudence, sans cependant interdire les transactions.

Pékin accélère par ailleurs les préparatifs pour lancer sa propre monnaie virtuelle, qui sera émise et encadrée par la banque centrale chinoise. Cette monnaie numérique, futur moyen de paiement électronique sur téléphone intelligent amené à remplacer les pièces et les billets, pourrait faire ses débuts en 2022 lors des Jeux olympiques d’hiver de Pékin.

À voir en vidéo