L'investissement autonome ou la méthode «stonk» a la cote

Le secteur du cannabis, tout comme celui des cryptomonnaies et de la technologie, sont parmis les fonds négociés en bourse les plus populaires, qui sont prisés par les investisseurs autonomes.
Photo: Tara Walton La Presse canadienne Le secteur du cannabis, tout comme celui des cryptomonnaies et de la technologie, sont parmis les fonds négociés en bourse les plus populaires, qui sont prisés par les investisseurs autonomes.

De nouvelles applications proposant d’investir en bourse de façon ludique permettent à de petits épargnants de faire des affaires d’or et de mieux s’en tirer que s’ils confiaient leur épargne à leur conseiller bancaire. Cette tendance surnommée « stonk investing » sème toutefois l’inquiétude parmi les autorités financières.

L’expression « stonk » est utilisée dans l’anglosphère pour décrire l’investissement autonome qui s’appuie sur les réseaux sociaux et les forums en ligne. Au départ, ce néologisme, dérivé de « stock » — soit une action boursière en anglais — et devenu mème Internet, se moquait des mauvais investisseurs.

Mais en 2021, on ne se moque plus de l’investissement stonk. Les géants financiers l’ont compris et ça leur rapporte. À preuve : l’application torontoise WealthSimple, détenue en partie par Power Corporation, domine cette tendance. Elle est utilisée par deux millions de personnes au Canada pour investir en bourse. Elle vient de lever 750 millions de dollars, ce qui lui accorde une valeur de 5 milliards, le triple de ce qu’elle valait il y a quelques mois seulement.

Détail intéressant : le chanteur Drake et l’acteur Ryan Reynolds, deux Canadiens bien en vue sur la scène internationale, ont investi dans cette ronde de financement.

Reddit fait mieux que la bourse

L’investissement autonome n’attire pas que les célébrités. La pandémie a agi comme un catalyseur auprès d’un public largement composé de jeunes adultes soudainement sans emploi mais les poches pleines grâce à l’aide d’urgence gouvernementale. Le niveau d’épargne au Québec et au Canada a atteint un sommet historique en 2020 et coïncide avec la popularité sans précédent des fonds négociés en bourse (FNB), prisés par les investisseurs autonomes.

Signe des temps, les FNB les plus populaires au pays touchent à des secteurs d’actualité : cryptomonnaies, cannabis et technologie. Trois secteurs parmi les plus volatils. Cela pose un risque advenant une baisse des marchés, craint Youcef Ghellache, professeur en administration au Collège Montmorency à Laval et fondateur du groupe Facebook « L’argent ne dort jamais ».

« Ça a créé une vague qui attire d’autres investisseurs. Quand la vague sera à son sommet, elle va redescendre et ça fera mal à ceux qui ont moins d’éducation financière et qui ont moins d’épargne », dit-il.

Cela dit, M. Ghellache ne voit pas que du négatif dans les réseaux sociaux. On y trouve une variété d’informations, que ce soit sur Twitter, Reddit ou même TikTok, qui vient compléter ce que les institutions et les professionnels offrent au public.

Quand la vague sera à son sommet, elle va redescendre et fera mal à ceux qui ont moins d’éducation financière et qui ont moins d’épargne

 

Le forum Reddit peut même se vanter de mieux faire que la bourse. En suivant uniquement les recommandations de vente ou d’achat d’actions partagées entre 2018 et 2020 sur la chaîne Reddit WallStreetBets, spécialisée en investissement, des chercheurs de l’Université de South Florida ont calculé qu’un investisseur aurait pu obtenir un rendement trimestriel 5 % supérieur aux principaux indices boursiers. « Contrairement à ce qu’on peut croire, il n’y a aucune preuve que cette plateforme n’attire que des investisseurs mal informés », concluent-ils.

C’est une affirmation qu’il faut nuancer, insiste Youcef Ghellache. « On trouve de tout sur les réseaux sociaux. On ne devrait pas investir sans bien s’informer, mais la finance se démocratise. Le message un peu usé qu’on ne peut pas investir soi-même est dépassé. »

Autorités financières inquiètes

Le phénomène inquiète les autorités nord-américaines. Au Québec, l’Autorité des marchés financiers a dû réaffirmer à quelques reprises, depuis le début de l’année, l’importance de vérifier la crédibilité des informations véhiculées sur Internet.

Le gendarme financier avertit que « les effets sur la valeur en bourse de ces titres peuvent laisser croire aux investisseurs sans expérience ou aux spéculateurs qui s’y aventurent à une embellie des résultats ou à un accroissement de la performance financière de ces entreprises. Mais en réalité, il n’en est rien. »

Aux États-Unis, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), Gary Gensler, veut carrément revoir les règles sur l’investissement pour limiter l’influence des applications et des réseaux sociaux qui exercent une influence directe – et pas facilement calculable – sur les cours boursiers.

Depuis son entrée en poste il y a un mois, il met en garde contre les risques posés par « les caractéristiques similaires à un jeu vidéo » de la nouvelle génération d’outils de placement grand public. Aux États-Unis, la très populaire application Robinhood encourage ses utilisateurs à acheter et à vendre des actions le plus souvent possible par ces applications qui organisent des concours entre utilisateurs où ils obtiennent des récompenses en fonction de la fréquence des transactions, plutôt que sur leur rendement.

« Transiger plus activement ou sur une base quotidienne génère un rendement inférieur », a ajouté Gary Gensler. La SEC tiendra sous peu des consultations publiques pour déterminer comment mieux protéger le public du risque créé par ces nouvelles pratiques d’investissement.

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