Le nouveau site d’emploi de Québec durement critiqué

Le nouveau « Québec emploi » lancé mercredi par le gouvernement Legault pour aider les travailleurs au chômage à se trouver rapidement un nouveau boulot s’attire déjà des critiques. Des experts déplorent qu’il ne réponde pas aux besoins actuels du marché du travail, et que sa technologie ne soit pas aussi avancée que le prétend le ministre Jean Boulet.

« C’est un recul. C’est un autre Panier bleu : un service qui est loin derrière les autres sites du genre déjà existants », s’emporte Louis-Martin Jannard, cofondateur du site d’emplois pour le secteur automobile Canada Motor Jobs. L’homme d’affaires issu de l’industrie automobile est doublement fâché du fait que le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a illustré l’efficacité du site Québec emploi avec un exemple tiré du secteur automobile.

« On vante l’utilisation d’intelligence artificielle dans le site, mais il n’y en a aucune. Les chercheurs d’emploi doivent même y déposer leur CV en format Word. Si au moins il y avait des algorithmes pour traiter l’information, mais au-delà de la géolocalisation, ce site ressemble surtout aux 12 travaux d’Astérix… »

Développé au coût de 4,3 millions de dollars, le nouveau site Québec emploi remplace le site Placement en ligne et le programme temporaire Jetravaille ! par un site qui jumelle en quelques clics les chercheurs d’emplois et les employeurs. Le ministre Jean Boulet invite d’ailleurs les particuliers et les entreprises à s’y inscrire le plus rapidement possible pour régler « les besoins de main-d’œuvre et les difficultés de recrutement » qui se font sentir dans plusieurs secteurs d’activité.

Le problème de main-d’œuvre dans des secteurs techniques comme l’automobile n’en est pas un qui peut être réglé avec un site d’emplois de plus, déplore M. Jannard. « Le gouvernement ne réglera rien de cette façon. Les chercheurs d’emploi sont déçus des conditions salariales trop basses, alors que les employeurs ne trouvent pas des gens suffisamment qualifiés pour leurs besoins. Il est là, le problème. »

« Déjà le plein emploi »

Le marché de l’emploi au Québec se porte mieux qu’ailleurs au Canada. Les plus récentes données de Statistique Canada à ce sujet indiquent que le Québec a créé 19,8 % de nouveaux emplois depuis avril 2020, nettement au-dessus de la moyenne nationale de 15,4 %. Le nombre d’emplois au Québec actuellement est à 85 % de ce qu’il était à son sommet du début 2020, tout juste avant la pandémie.

Les difficultés prolongées liées à la COVID-19 dans la restauration, l’hébergement et le tourisme expliquent à peu près à elles seules ce recul de l’emploi au Québec. Plusieurs autres secteurs ont déjà renoué avec la pénurie de main-d’œuvre, comme c’est le cas dans le secteur technologique.

« Nous sommes déjà en situation de plein emploi. Ce nouveau site ne fera aucune différence pour corriger les problèmes d’embauche des PME dans notre secteur », affirme Nicole Martel, p.-d.g. de l’Association québécoise des technologies (AQT). Mme Martel cite un sondage que vient d’effectuer son organisme auprès des petites et grandes entreprises du secteur des technologies de l’information (TI) établies au Québec, qui témoigne d’un manque net de travailleurs qualifiés.

Formations

Selon Mme Martel, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale aurait mieux fait d’investir dans des outils de formation accélérée ou dans des programmes simplifiant l’immigration de gens prêts à venir travailler au Québec. « Il y a des PME québécoises qui ne voient pas d’autre solution que d’ouvrir des bureaux et embaucher au Maroc ou en Tunisie », indique-t-elle.

Là encore, le ministère projette de créer un portail Web centralisé offrant aux PME québécoises des guides et des outils pour embaucher des travailleurs étrangers. Mais ça ne réglera pas un autre problème lié à l’immigration au Québec, souligne Nicole Martel. « Immigrer au Québec est plus long et plus compliqué qu’ailleurs au Canada. Le gouvernement pourrait résoudre ce problème-là. »

Mince consolation pour les entreprises : le ministre Jean Boulet dévoilera dans les prochains jours un service qui veut aider les étudiants ou les gens en formation à trouver un stage en entreprise dans leur spécialisation. « Ça risque d’aider un peu plus », conclut Mme Martel.

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