Profiter d’une perte d’emploi pour ouvrir son propre commerce

Renaud Marchal, copropriétaire du resto-bar Chez Ernest, croise les doigts pour que la Santé publique autorise bientôt l’ouverture des restaurants.
Jacques Nadeau Le Devoir Renaud Marchal, copropriétaire du resto-bar Chez Ernest, croise les doigts pour que la Santé publique autorise bientôt l’ouverture des restaurants.

Lorsqu’il a perdu son emploi de gérant au Ninkasi Simple Malt Montréal, à la fermeture définitive du bar cet automne, Renaud Marchal a eu très mal. Il perdait un emploi qu’il aimait et qui lui permettait de satisfaire sa soif de socialisation. Mais cet écueil lui a donné le courage de faire un grand pas vers une ambition de longue date : ouvrir son propre commerce.

« Avec beaucoup de temps devant moi, c’était le moment parfait pour commencer à trouver un local, négocier un bail, commencer la construction, négocier avec les fournisseurs, tout ça pendant qu’on ne pouvait pas faire de service à la clientèle », rapporte celui qui s’est associé dans cette aventure avec une collègue elle aussi mise à pied.

La décoration du resto-bar Chez Ernest – Comptoir de curiosités, sur la Plaza Saint-Hubert, s’inspirera des cabinets de curiosités originaires de la Renaissance, où étaient exposés des objets étonnants. Coquillages, ossements, œuvres d’art… Les clients pourront acheter des bizarreries en buvant de l’absinthe et en dégustant un hamburger. Les travaux d’aménagement étant presque terminés, M. Marchal se croise les doigts pour que la Santé publique autorise bientôt l’ouverture des restaurants.

Le nouvel entrepreneur a bâti son plan d’affaires en sachant que des mesures sanitaires seraient en place, bien que celles-ci ne soient pas encore définies pour l’année à venir. Il sait qu’il peut survivre un bon moment avec un achalandage à 50 % de la capacité d’accueil des locaux et de la terrasse. Le défi sera d’acquérir une notoriété, alors que les gens auront hâte de faire la fête mais pourraient continuer de craindre les lieux achalandés.

« Notre but va être de créer de l’emploi, de l’ambiance, des liens entre les gens », dit le jeune homme d’origine française.

M. Marchal encourage les entrepreneurs à s’installer aussi sur la Plaza Saint-Hubert, dont les grands travaux de réfection sont terminés depuis peu. Il juge que la richesse du quartier est la mixité sociale et la diversité d’âges et de culture de ceux qui le fréquentent.

Une poussée pour les jeunes

L’intérêt des jeunes de 18 à 35 ans à démarrer leur première entreprise, comme M. Marchal, a été très marqué dans la dernière année, observe le directeur général de PME MTL Centre-Est, Jean François Lalonde. En 2020, l’organisme qui offre de l’accompagnement pour les entrepreneurs a tenu 35 séances d’information et ateliers sur le démarrage d’entreprises, ce qui serait un nombre particulièrement élevé.

« On a vu quelques exemples de personnes pour qui il y a un lien direct entre la perte de leur emploi et la création de leur entreprise », remarque M. Lalonde, dont l’organisme dessert les arrondissements de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Rosemont–La Petite-Patrie et Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Boulangeries, épiceries zéro déchet, bistros : M. Lalonde constate l’arrivée de plusieurs nouveaux commerces dans le domaine de l’alimentation, qui « répondent à un besoin ». « On parle beaucoup de l’importance de la vie de quartier et de promouvoir l’achat local. Ce phénomène est croissant et ouvre des portes à de nouveaux entrepreneurs », juge-t-il. La pandémie aurait ainsi contribué au dynamisme commercial de certains quartiers centraux, croit M. Lalonde.

PME MTL Centre-Est compte bien encourager l’établissement d’un nombre grandissant de commerces, notamment sur la Plaza Saint-Hubert, pour laquelle ils ont récemment lancé le concours « Juste sur la Plaza ». Renaud Marchal s’y est d’ailleurs inscrit dans l’espoir d’obtenir l’une des bourses qui y sont associées.

L’organisme Détail Québec note aussi l’apparition d’une nouvelle génération de détaillants dans la province. « Sur les différentes artères commerciales, de nouveaux entrepreneurs profitent de l’occasion pour reprendre des locaux vacants pour démarrer leur projet. Le contexte actuel est favorable à la création de nouvelles entreprises dans plusieurs sous-secteurs prospères, comme les quincailleries, les articles de sport, les magasins d’alimentation spécialisée, le meuble, les accessoires de maison », a noté par courriel le directeur général, Manuel Champagne.

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