Pas de plan B en cas de fermeture de la canalisation 5

Une section aérienne de la canalisation 5 d'Enbridge à la station de pompage de Mackinaw City, au Michigan
Photo: John Flesher Associated Press Une section aérienne de la canalisation 5 d'Enbridge à la station de pompage de Mackinaw City, au Michigan

L’approvisionnement en pétrole du Québec est beaucoup plus fragile qu’il y paraît. La fermeture temporaire du pipeline Colonial entre New York et le Texas, un réseau ferroviaire déjà au maximum de sa capacité et un manque de camionneurs laissent présager du pire s’il fallait qu’en plus, la canalisation 5 d’Enbridge soit fermée par l’État du Michigan.

La gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, pourrait bien avoir l’avenir énergétique du Québec entre ses mains. Les sociétés pétrolières ont déjà prévu des solutions de rechange advenant le cas où elle réussirait à imposer la fermeture de la canalisation 5 d’Enbridge qui traverse une partie des Grands Lacs, mais elles ne sont que de courte durée. Le Québec n’a pour ainsi dire pas de plan B s’il devait perdre de façon prolongée cet approvisionnement en pétrole.

Le réseau ferroviaire au Canada roule pratiquement au maximum de sa capacité déjà et l’industrie du camionnage est à bout de souffle. Le p.-d.g. de l’Association du camionnage du Québec, Marc Cadieux, ne voit pas comment les camionneurs canadiens pourraient transporter davantage de pétrole en provenance de l’Ouest sans laisser tomber d’autres secteurs économiques. « Juste au Québec, il nous manque déjà 5000 camionneurs. Les transporteurs ont déjà de la misère à satisfaire leurs clients actuels. Si la ligne 5 doit fermer, ce sera grave », dit-il.

La lutte climatique, autrement

Ce pipeline restera probablement actif malgré l’opposition du Michigan, estime la Chambre de commerce du Canada, car il est incontournable. Accélérer l’électrification des transports et des infrastructures ne sera pas une solution tant que la sécurité énergétique du pays ne sera pas améliorée, explique son premier directeur de l’énergie et du développement durable, Aaron Henry. « Il n’y a pas de véritable plan B en place. Même si on accélère l’électrification des infrastructures, nous ne serons pas plus à l’abri d’une panne majeure si la résilience du secteur énergétique n’est pas assurée. »

L’expert du secteur énergétique pense que le Canada pourrait insister sur cette question de sécurité pour accélérer la diversification et la décentralisation de ses sources d’énergie, une autre façon de présenter la décarbonisation de son économie. Car, selon lui, le différend diplomatique créé par la canalisation 5 d’Enbridge risque de ralentir l’élaboration d’une stratégie de lutte climatique concertée entre le Canada et les États-Unis.

« Le risque que la ligne 5 soit fermée pour de bon est plutôt mince, mais le risque que ce dossier nuise aux relations diplomatiques et aux efforts de lutte contre les changements climatiques est bien réel. »

D’autres pénuries à l’horizon ?

Il n’y a pas que la situation au Michigan qui touche le Québec. La moitié du pétrole raffiné dans la province qui ne passe pas par les Grands Lacs vient des États du Nord-Est américain. Or, ceux-ci ne sont pas en meilleure posture que le Québec.

Le Colonial Pipeline, qui livre la moitié du pétrole consommé sur la côte, est toujours ralenti par une cyberattaque survenue le week-end dernier. Son opérateur, qui a annoncé mercredi avoir « amorcé » le redémarrage des opérations de son oléoduc, promet un retour à la normale rapide, mais les experts voient l’incidence de cette attaque s’étirer sur quelques semaines. Déjà, mercredi, les réservoirs de plusieurs stations-service dans la région d’Atlanta étaient à sec. Cette pénurie remontera la côte vers le nord tant que le pipeline ne sera pas rouvert au maximum de sa capacité.

Entre-temps, un décret du gouvernement américain mandate les camionneurs à prioriser le transport de pétrole vers les États touchés par cette pénurie. La conséquence de ce décret est que l’acheminement de pétrole par camion risque de provoquer des pénuries d’autres produits qui auront été laissés de côté par les camionneurs.

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