Le gouvernement Legault dévoile sa nouvelle «stratégie États-Unis»

La ministre des Relations internationales, Nadine Girault
Photo: Mario Beauregard La Presse canadienne La ministre des Relations internationales, Nadine Girault

La ministre des Relations internationales, Nadine Girault, salue le changement de ton et de direction des États-Unis opéré par le nouveau locataire de la Maison-Blanche, Joe Biden. Les Québécois en tireront profit, croit-elle, tout en brandissant sa « Stratégie États-Unis ».

« Le climat est meilleur. Il est de loin différent. On peut leur parler, on peut discuter avec eux », dit d’emblée la ministre dans un entretien avec Le Devoir.

Le plan de relance verte élaboré par le gouvernement Biden ouvre de nouvelles perspectives pour les entreprises québécoises prêtes à participer à la décarbonisation du pays de plus de 330 millions d’habitants. « [Les démocrates] ont une vision environnementale “énergies vertes” qui nous offre beaucoup d’occasions d’affaires », mentionne Mme Girault, tout en rappelant le contrat décroché par Nova Bus à Chicago l’hiver dernier.

L’élue caquiste a présenté au Conseil des ministres mercredi — un an et demi après avoir fait part de sa vision d’un Québec « fier et en affaires partout dans le monde » — une nouvelle « Stratégie États-Unis » pour accroître les exportations du Québec, qui se présente comme la « batterie du nord-est de l’Amérique », vers le Sud.

Usant de « diplomatie économique » et de « diplomatie d’influence », le gouvernement québécois prêtera main-forte aux entreprises afin qu’elles se réapproprient le terrain perdu depuis le début de la pandémie de COVID-19 dans le « périmètre stratégique » formé des États de la Nouvelle-Angleterre, du centre du littoral atlantique et du Midwest, tout en conquérant de nouveaux « marchés à croissance accélérée » dans le Sud-Est, au Texas et dans l’Ouest, promet-elle.

Le ministère des Relations internationales (MRI) et Investissement Québec (IQ) mettront la gomme notamment dans sept États du sud-est des États-Unis, dont l’Alabama, où Airbus a agrandi ses installations afin d’assembler les appareils A220 imaginés par Bombardier, peut-on lire dans la première « stratégie territoriale » dévoilée par le gouvernement caquiste. Le MRI et IQ déploieront aussi une grande énergie pour dénicher de nouvelles occasions d’affaires, notamment dans les technologies de l’information, l’intelligence artificielle et les industries créatives sur la côte californienne et dans les villes texanes de Houston, Dallas et Austin — où les festivals South by Southwest (SXSW) font tourner les têtes des créateurs, indique Mme Girault.

L’activité économique tournera à plein régime aux États-Unis, qui est le principal partenaire commercial du Québec, dès que la COVID-19 aura dit son dernier mot, prédit l’ex-femme d’affaires. « Quand ça va repartir, ça va repartir à vitesse maximale », affirme l’élue caquiste, avant d’ajouter : « On est vraiment prêts. On travaille très, très différemment. C’est le jour et la nuit avec ce qu’on faisait avant [l’arrivée de la CAQ au pouvoir]. »

Protectionnisme

Le personnel des neuf représentations du Québec aux États-Unis — une délégation générale (New York), quatre délégations (Chicago, Atlanta, Boston et Los Angeles), deux bureaux (Washington et Houston) et deux antennes (Philadelphie et Silicon Valley) — surveille étroitement les appels d’offres privés et publics, particulièrement dans les États et les municipalités. « On fait des veilles stratégiques et on peut dire aux entreprises : “Toi, tu veux exporter tel type de produits, ce n’est pas là que tu dois aller parce que le besoin est là, là et là !” On est capables de trouver encore plus rapidement les occasions, puis de les communiquer aux entreprises d’ici qui produisent ces produits et services », explique la ministre, qui a consenti 2 millions de dollars supplémentaires pour accroître la « force de frappe » québécoise aux États-Unis.

L’élan des entrepreneurs québécois pourrait toutefois se briser sur les barrières commerciales érigées par l’ex-président Donald Trump. « Il ne faut pas se leurrer : les mesures protectionnistes sont encore là. Ce n’est pas parce que M. Biden est là qu’il va y avoir moins de protectionnisme », avertit Nadine Girault.

Le Québec accepte de « composer » avec certaines barrières aux échanges, mais s’efforcera d’en « démanteler » d’autres, dit-elle sans plus de détails. « On les a fait tomber, les barrières [à l’exportation d’aluminium]. Ça, c’est grâce à notre diplomatie d’influence. »

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