Les entreprises canadiennes en santé… grâce aux gouvernements

La semaine dernière,  le vice-président Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, François Vincent , mettait encore en garde les gouvernements contre « les dettes vertigineuses » accumulées par les PME depuis le début de la pandémie.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La semaine dernière, le vice-président Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, François Vincent , mettait encore en garde les gouvernements contre « les dettes vertigineuses » accumulées par les PME depuis le début de la pandémie.

Le « soutien exceptionnel » apporté par les pouvoirs publics aux entreprises leur permet d’afficher aujourd’hui une santé financière parfois meilleure qu’avant la crise de la COVID-19.

Alors que le montant des prêts (+ 9,2 %), titres d’emprunt (+6,9 %) et autres passifs (4,1 %) des entreprises canadiennes a « légèrement augmenté » en 2020, celui de leur encaisse leur permettant de faire face à leurs obligations financières a connu une « hausse marquée » de quelque 28 % ou 150 milliards de dollars, rapporte la Banque du Canada dans sa première évaluation de l’incidence de la COVID-19 sur la santé financière des entreprises canadiennes dévoilée lundi.

Grâce aux reports de remboursement de prêts offerts par les banques, mais aussi, et peut-être surtout aux « mesures exceptionnelles de soutien » offertes par les programmes d’aide financière d’urgence des gouvernements et l’assouplissement extraordinaire des conditions monétaires par la Banque du Canada, le nombre d’entreprises « en grande difficulté financière a été particulièrement bas », note-t-on. En fait, le nombre de celles qui se sont retrouvées en situation d’insolvabilité a même diminué de près de 25 % l’an dernier en comparaison avec 2019. Quant aux risques de futures défaillances, ils « semblent globalement contenus » au point que, après une forte révision à la hausse le printemps dernier, les provisions pour mauvaises créances des grandes banques sont désormais « sensiblement revenues à la normale ».

À eux trois seulement, le Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes (89,5 milliards) permettant aux petites entreprises d’obtenir des prêts subventionnés, la Subvention salariale d’urgence du Canada (20,3 milliards) et l’Aide d’urgence pour le loyer commercial (4,2 milliards) du gouvernement fédéral ont représenté une aide financière totale de 114 milliards de 2020 à 2021, selon une estimation du Directeur parlementaire du budget au mois de mars.

Mise en garde

Ces données agrégées sont toutefois à prendre avec prudence, précisent tout de suite les experts de la Banque. D’abord parce qu’elles ne permettent pas de distinguer l’effet très inégal de la pandémie sur les différents secteurs économiques, un peu moins de la moitié des entreprises de l’hôtellerie, de la restauration ou encore des loisirs et du spectacle ayant accusé des pertes de revenus d’au moins 40 %, contre à peine une sur sept dans les services immobiliers, professionnels ou scientifiques.

Aussi parce que les données financières à jour sur les petites et moyennes entreprises (PME) sont actuellement plus rares que celles concernant les grandes entreprises inscrites en Bourse. Or, note la Banque dans son rapport, si les difficultés financières des grandes entreprises peuvent avoir une plus grande incidence sur l’ensemble du système financier, le rôle dominant des PME dans l’emploi et l’activité économique rend leur situation financière non moins importante.

La semaine dernière, le vice-président Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), François Vincent, mettait encore en garde les gouvernements contre « les dettes vertigineuses » accumulées par les PME depuis le début de la pandémie. « Des centaines de milliers d’entre elles envisagent de mettre la clé sous la porte pour toujours. »

Comme l’aide financière apportée aux entreprises par les pouvoirs publics vient quelque peu « brouiller » leur bilan de santé, la Banque du Canada n’exclut pas que puisse survenir « une hausse soudaine et d’une ampleur inattendue » du nombre d’entreprises en situation d’insolvabilité lorsque cette aide publique prendra fin. Un autre risque est que cette intervention publique ait artificiellement maintenu en vie des entreprises qui n’étaient pas commercialement viables à long terme et que ces « entreprises zombies » accaparent encore longtemps des ressources financières et humaines et qui seraient mieux utilisées par d’autres.

Et puis, « la pandémie n’est pas finie », rappelle la Banque. « Certaines des entreprises ayant réussi à rester à flot jusqu’à présent pourraient voir leur santé financière se détériorer étant donné que la pandémie se poursuit. »

Ainsi, conclut-elle dans son rapport, « pour l’instant, nous ne pouvons pas conclure avec certitude que la santé financière du secteur des entreprises a été épargnée, ou qu’elle demeurera épargnée, par la pandémie ».

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