Le télétravail, pas aussi vert qu’on pourrait le croire

Selon une étude américaine récente, chaque participant à une réunion virtuelle qui utilise sa webcaméra et qui diffuse en haute définition génère des émissions pouvant atteindre 1 kilogramme de CO2 par heure de conférence.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Selon une étude américaine récente, chaque participant à une réunion virtuelle qui utilise sa webcaméra et qui diffuse en haute définition génère des émissions pouvant atteindre 1 kilogramme de CO2 par heure de conférence.

La hausse du télétravail au Québec depuis un an a temporairement éliminé les bouchons de circulation et a eu un effet positif sur les émissions polluantes du transport. Mais le travail à distance n’est pas entièrement « propre » pour autant. Des entrepreneurs montréalais pensent avoir trouvé la solution pour corriger cette situation.

Le télétravail, comme le bitcoin, n’est pas aussi vert qu’on le croit. Comme les cryptomonnaies, les plateformes de conférences comme Zoom ou Microsoft Teams, omniprésentes dans les entreprises et les écoles depuis le début de la pandémie, recourent à des serveurs informatiques qui consomment une impressionnante quantité d’électricité et d’eau. Ces serveurs ne sont pas tous branchés à une source d’énergie renouvelable et, même au Québec, leur surutilisation produit une certaine quantité de gaz à effet de serre.

Deux professionnels montréalais du monde des communications et du jeu vidéo, Vincent Lamanna et Pierre Campeau, disent avoir trouvé la solution : une plateforme d’appels vidéo poste à poste (P2P) qui fonctionne sans serveurs. Leur service, lancé plus tôt ce printemps et appelé Crewdle, relie directement les utilisateurs entre eux, ce qui réduit considérablement la demande énergétique des échanges vidéo. La communication est plus sécuritaire puisqu’elle est chiffrée de bout en bout.

Surtout, comme l’infrastructure derrière Crewdle est minimale, elle coûte peu cher à mettre en place. L’entretien des serveurs coûte à Zoom de 30 à 40 % de ses revenus. Crewdle n’offre pas tous les services de Zoom, mais la jeune pousse peut cibler des utilisateurs désirant un service plus abordable.

« Notre positionnement est simple : déloger des fournisseurs comme Zoom, Cisco et GotoMeeting du marché des services TI pour les PME et les travailleurs autonomes », explique Vincent Lamanna. Pour joindre ce marché où « bien des gens recherchent une option de rechange plus sécuritaire à ces services étrangers », Crewdle mise sur des partenariats avec des distributeurs de services TI pour gens d’affaires comme Bell et Vidéotron.

Fermer sa caméra

Peu importe l’outil d’appels vidéo utilisé, il est possible de réduire de près de 90 % la charge sur les serveurs de sa présence dans une rencontre d’équipe virtuelle en faisant un geste tout simple : fermer sa caméra et ne conserver que le son.

C’est la conclusion qu’on tire d’une étude faite plus tôt cette année par des chercheurs de Yale et du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Selon eux, chaque participant qui utilise sa webcaméra et qui diffuse en haute définition génère des émissions pouvant atteindre 1 kilogramme de CO2 par heure de conférence. Ces émissions s’accumulent rapidement quand il est question de réunions quotidiennes comptant plusieurs participants. À titre comparatif, une voiture émet généralement entre 150 et 250 grammes de CO2 par kilomètre parcouru.

Naturellement, cet impact est inégal selon la région et la source d’énergie où se trouvent les serveurs. Mais il n’y a pas que la consommation d’énergie qui pose problème. Les serveurs doivent être refroidis et les grappes de serveurs recourent à un système de refroidissement qui utilise du liquide — de l’eau.

Pour chaque nouveau participant à une conférence vidéo, ces serveurs consomment un volume d’eau variant entre 2 et 12 litres par heure. « C’est comme prendre une douche chaque fois qu’on assiste à une réunion sur Zoom », illustre Vincent Lamanna. Raison de plus pour éteindre sa caméra si elle n’est pas nécessaire…

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