La grève au Port de Montréal fait peur au milieu des affaires

Selon l’Administration portuaire de Montréal, une interruption prolongée des activités portuaires représente une perte de 10 millions à 25 millions de dollars par jour pour l’économie.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Selon l’Administration portuaire de Montréal, une interruption prolongée des activités portuaires représente une perte de 10 millions à 25 millions de dollars par jour pour l’économie.

Au premier jour de la grève générale illimitée des débardeurs au Port de Montréal, le milieu des affaires montréalais et québécois s’inquiète des répercussions sur les entreprises d’ici. Des inquiétudes que partagent les gouvernements du Québec et de l’Ontario qui demandent au gouvernement fédéral de n’exclure « aucune option afin de régler le conflit, et ce, dans les plus brefs délais ».

C’est dans une lettre envoyée lundi à la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, que des ministres des gouvernements Legault et Ford ont réclamé l’intervention d’Ottawa dans ce dossier « pour le bien de la reprise économique ». Ils demandent au gouvernement fédéral de « favoriser un règlement à la table de négociation et d’aider les parties impliquées à résoudre leurs différends ».

Le gouvernement Trudeau a annoncé dimanche qu’il comptait aller de l’avant avec une loi spéciale pour mettre un terme au conflit. Le projet pourrait être déposé dès mardi à la Chambre des communes, mais son adoption n’est pas acquise.

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a fait part de son opposition à recourir à une loi spéciale, tandis que le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a fait valoir qu’il s’agissait d’un « aveu d’incompétence » plutôt que d’une solution. Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, n’a quant à lui pas encore précisé s’il l’appuierait.

Déjà en août dernier, les activités au Port de Montréal avaient été entravées par une grève qui avait duré 19 jours, nécessitant le détournement ou l’immobilisation de 80 000 conteneurs.

Le conflit de travail de l’été dernier « a eu des conséquences économiques de l’ordre de 600 millions de dollars au Québec et en Ontario, a mis en péril l’approvisionnement de biens essentiels, tout en fragilisant des milliers d’emplois », est-il indiqué dans la lettre envoyée à la ministre Tassi.

La trêve, qui avait été signée en août 2020, a expiré le 21 mars dernier, et les parties ne sont toujours pas parvenues à une entente après sept mois de négociations.

Chaînes logistiques fragilisées

« Cela fait maintenant plus d’un an qu’on subit déjà la crise de la COVID-19, que les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, qu’il y a des retards importants dans les livraisons… Et la grève accentue ce problème », explique Véronique Proulx, p.-d.g. de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ).

Un avis que partage Marc Cadieux, p.-d.g. de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), qui estime que la grève au Port de Montréal vient « rajouter une couche » aux problèmes associés à la pandémie.

[...] si une partie de trafic qui était à destination de Montréal s’en va vers des ports aux États-Unis, ce seront alors des compagnies de camionnage américaines qui s’occuperont du transport

 

« Au cours de la fin de semaine, plusieurs petites et moyennes entreprises, mais aussi de grandes entreprises, nous ont écrit pour nous dire qu’elles pouvaient tenir quelques jours, mais qu’elles devraient nécessairement ralentir leur production et faire des mises à pied si la situation dure », ajoute Mme Proulx.

Et lorsque la situation reviendra à la normale, « il faut s’attendre à ce qu’il y ait un goulot d’étranglement », prévient M. Cadieux. « Les nouveaux porte-conteneurs qui arriveront vont se heurter à des bateaux non déchargés qui ne pourront pas libérer les quais. Il va y avoir du retard à rattraper. Les coûts vont s’additionner. » Et qui paiera la note ? « Il va y avoir un effet domino. Si le transport coûte plus cher, les produits aussi. Donc il va y avoir un impact pour le consommateur au bout du compte », note M. Cadieux.

Un Port moins attractif ?

Plusieurs organismes, dont l’ACQ, MEQ ou la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, s’inquiètent aussi des répercussions à plus long terme sur l’attractivité du Port de Montréal vis-à-vis à des ports concurrents.

À cet égard, dans la lettre destinée à la ministre Tassi, les signataires notent que, « depuis le début de 2021, le trafic conteneurisé a connu une baisse importante au Port de Montréal » et « qu’un écart de performance de plus de 10 % s’est creusé entre le Port et ses principaux concurrents américains ».

Un constat que déplore M. Cadieux : « Cela signifie des pertes d’affaires pour notre industrie, car si une partie de trafic qui était à destination de Montréal s’en va vers des ports aux États-Unis, ce seront alors des compagnies de camionnage américaines qui s’occuperont du transport. »

La grappe industrielle CargoM, qui rassemble l’ensemble des acteurs de la logistique et du transport de marchandises du Grand Montréal, évalue que ce sont plus de 6000 entreprises de la région qui dépendent de l’activité du port.

Selon l’Administration portuaire de Montréal, une valeur moyenne de 275 millions de dollars de biens transite chaque jour sur les quais du Port de Montréal, qu’il s’agisse de produits agroalimentaires, pharmaceutiques ou de matériaux de construction. Selon l’APM, une interruption prolongée des activités portuaires représente une perte de 10 millions à 25 millions de dollars par jour pour l’économie.

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