Le CRTC ouvre la concurrence dans les services sans fil

Bell, Rogers et Telus comptent plus de 90% des abonnés de services sans fil au pays.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Bell, Rogers et Telus comptent plus de 90% des abonnés de services sans fil au pays.

Les grands fournisseurs de services de téléphonie mobile au Canada ont subi un important revers jeudi. Une décision historique du CRTC facilitera la concurrence pour les petites entreprises, ce qui devrait faire baisser la facture mensuelle des consommateurs.

« Bien qu’il y ait des signes encourageants d’une tendance à la baisse des prix, nous devons accélérer la concurrence et la mise en place d’options plus abordables pour les Canadiens », a affirmé dans un communiqué le président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), Ian Scott.

Les nouvelles règles permettront d’offrir un plus grand choix et des services sans fil mobiles moins coûteux aux Canadiens, a-t-il ajouté, tout en soulignant l’importance « de veiller à ce que les fournisseurs de services sans fil continuent d’investir dans leurs réseaux actuels et de déployer leurs réseaux 5G. »

Dans le cadre de sa décision, le régulateur fédéral a retenu une bonne partie des recommandations des groupes de consommateurs et des « exploitants de réseau mobile virtuel », qui se servent des réseaux d’un autre fournisseur de services sans fil « dans les régions où la concurrence est limitée ». Cela signifie que ces petits fournisseurs paient un prix de gros pour accéder aux grands réseaux tout en conservant une clientèle distincte.

Le CRTC a également accordé trois mois à Bell, à Rogers et à Telus pour offrir des forfaits plus abordables aux personnes âgées ou à faible revenu, ainsi qu’à ceux qui utilisent peu leurs appareils mobiles.

Jusqu’à présent, les trois géants s’opposaient farouchement à ces « exploitants de réseau mobile virtuel », qu’ils décrivent comme des entreprises recherchant les avantages d’un réseau national sans payer les coûts de construction et de maintenance d’une telle infrastructure.

Facture moins salée

Quand on lui a demandé si les Canadiens moyens verront réellement les prix baisser plus rapidement, Ian Scott a répondu que ce sera probablement le cas. Mais certains consommateurs et certains marchés verront plus de changements que d’autres, a-t-il ajouté.

« Tous les tarifs ne descendent pas à la même vitesse. Toutes les régions ne vivent pas la même situation », a-t-il noté en entrevue. Il a affirmé que le prix des forfaits les plus chers a baissé davantage que celui des forfaits de milieu de gamme. Et les forfaits bas de gamme ont été largement ignorés. C’est pourquoi ils sont désormais exigés des plus grands fournisseurs.

« Le Québec a des tarifs sans fil plus bas que partout ailleurs au pays, en moyenne. Pourquoi ? Parce que Vidéotron a été un concurrent vraiment efficace dans la majeure partie de la province. C’est ce que nous voulons reproduire partout », a ajouté M. Scott.

En plus des réseaux sans fil nationaux détenus par Bell Canada, Rogers et Telus, il existe plusieurs plus petits fournisseurs. Ceux-ci comprennent notamment Vidéotron, appartenant à Québecor, qui est surtout présent au Québec, ainsi que la société privée Eastlink, dans les provinces de l'Atlantique, et SaskTel, propriété du gouvernement de la Saskatchewan.

Shaw Communications, propriétaire du service sans fil Freedom Mobile, était considéré comme un de ces plus petits fournisseurs régionaux, mais son avenir est incertain depuis que Shaw a accepté, le mois dernier, d’être rachetée par Rogers. Cette transaction est assujettie à diverses approbations fédérales, y compris à celle du CRTC.

La décision du régulateur fédéral, qui fait suite à des mois de recherches et de consultations, dont neuf jours d’audiences publiques, a toutefois suscité les critiques de Laura Tribe, du groupe de défense des consommateurs OpenMedia. Elle estime que les mesures ne vont pas assez loin.

« Je pense que c’est incroyablement décevant et une énorme occasion manquée pour le CRTC, a déclaré Mme Tribe. On s’attend encore à ce qu’un fournisseur régional suffise à corriger la part de marché extrême de Bell, Telus et Rogers. »

Bell, Rogers et Telus comptent plus de 90 % des abonnés de services sans fil au pays.

Dans des réponses distinctes, Bell et Telus ont tous deux indiqué qu’ils continuaient d’examiner la décision du CRTC. Ils ont également souligné qu’ils travaillaient déjà à fournir un bon service abordable aux Canadiens. Une déclaration de Rogers n’était pas disponible dans l’immédiat.

 

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