Des commerçants craignent l’annulation du Grand Prix

Bien que la F1 entende tenir le Grand Prix du Canada à huis clos, la Santé publique de Montréal s’inquiète de la perspective de regrouper 2500 personnes sur le circuit Gilles-Villeneuve. Sur la photo, un joggeur sur la piste de course automobile.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Bien que la F1 entende tenir le Grand Prix du Canada à huis clos, la Santé publique de Montréal s’inquiète de la perspective de regrouper 2500 personnes sur le circuit Gilles-Villeneuve. Sur la photo, un joggeur sur la piste de course automobile.

La possibilité que la tenue du Grand Prix du Canada soit de nouveau annulée cet été à Montréal sème l’inquiétude parmi les commerçants du centre-ville, qui voient cet événement comme « une bouée de sauvetage » dans le contexte de la pandémie, qui a durement ébranlé leur situation financière.

L’incertitude plane sur la tenue de l’événement en juin, dont les retombées économiques annuelles pour les commerces et les hôtels du centre-ville sont évaluées à plusieurs dizaines de millions de dollars.

« La Direction régionale de santé publique de Montréal a émis des réserves sur la tenue de l’événement début juin, qui peut générer des éclosions et contribuer à la dégradation de la situation épidémiologique fragile actuellement à Montréal », a indiqué au Devoir son porte-parole, Jean-Nicolas Aubé.

Bien que la F1 entende tenir l’événement à huis clos, la Santé publique de Montréal s’inquiète de la perspective de regrouper 2500 personnes sur le circuit Gilles-Villeneuve. Elle se préoccupe aussi de « l’impossibilité » pour les participants à cette course automobile de « respecter une quarantaine » et de la tenue potentielle de rassemblements « autour des lieux d’hébergement des visiteurs ».

« Nous avons demandé au [ministère de la Santé et des Services sociaux] de considérer ces préoccupations dans [sa] décision et de rehausser les protocoles advenant que l’événement ait lieu », précise M. Aubé.

Pour sa part, la Santé publique du Québec se montre favorable à la tenue de l’événement à huis clos, mais poursuit ses discussions avec l’Agence de santé publique du Canada (ASPC), qui gère notamment la mise en œuvre de la quarantaine des voyageurs. « Il y aura des analyses de risque qui vont être faites pour voir ce qu’il en est », avait d’ailleurs déclaré mardi le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, lors d’un point de presse.

« La priorité du gouvernement du Canada est de protéger la santé et la sécurité des Canadiens. Le gouvernement comprend que les événements sportifs professionnels sont importants pour les Canadiens et pour l'économie. La reprise des événements sportifs au Canada doit se faire dans le respect des mesures prises par le Canada pour atténuer l'importation et la propagation de la COVID-19 », a indiqué l'ASPC en soirée, jeudi.

Des commerçants inquiets

« Le festival du Grand Prix, ça représente une bouée de sauvetage pour la rue Crescent, déjà en temps normal. Quand l’année est difficile, le festival du Grand Prix vient toujours redresser les choses. Encore plus cette année, vu l’état des choses. Ça va plus que mal », lance au bout du fil la directrice de l’Association des marchands de la rue Crescent, Sandy Greene.

Déjà, « pendant la première vague », une quinzaine de commerçants sur la soixantaine qui sont membres de cette association ont fermé leurs portes. Une hémorragie qui risque de prendre de l’ampleur si le Grand Prix n’a pas lieu cette année, appréhende Mme Greene.

Même à huis clos, l’événement aurait pu avoir des « impacts positifs » sur les commerces de la rue commerciale du centre-ville, estime-t-elle. « Mais c’est un espoir qui semble être mort pour les commerçants. Et ça risque de les faire décider de fermer et de passer à autre chose », soupire-t-elle.

Faire un Grand Prix à huis clos, c’est comme ouvrir une salle de cinéma, mais de dire qu’il n’y a personne qui entre dans la salle. Il y a des coûts à ça.

 

La tenue du Grand Prix à huis clos dans un contexte où le tourisme international est au point mort aurait toutefois des retombées limitées, estime pour sa part le directeur général de la Société de développement commercial de Montréal centre-ville, Glenn Castanheira.

« Ce qui fait les retombées économiques du Grand Prix, ce sont les spectateurs. Donc oui, on est nerveux [quant à la possibilité que l’événement soit annulé cette année], mais pour nous, le scénario idéal, c’est le report du Grand Prix à l’automne, ce qui permettrait que les frontières soient ouvertes », souligne-t-il.

Ainsi, selon lui, la tenue de cet événement à huis clos en juin « serait presque aussi dommageable que l’annulation complète ». Un point de vue que partage le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

« Ça aurait été payé cher pour une grosse vitrine de Montréal à l’international », lance-t-il.

Une entente menacée ?

Tant M. Leblanc que M. Castanheira s’inquiètent toutefois de la perspective que cette deuxième annulation de suite du Grand Prix du Canada, qui n’avait également pas eu lieu l’an dernier, ait pour effet de briser le contrat conclu par Québec et Ottawa avec la F1 pour permettre la tenue de l’événement annuel dans la métropole jusqu’en 2029.

« Si on annule cette année, ça ne revient pas », appréhende le président de l’Association des marchands de la rue Crescent, Steve Siozios. Une inquiétude qu’avait d’ailleurs exprimée mardi le premier ministre du Québec, François Legault. « L’inquiétude qu’on a, c’est : si on n’a pas le Grand Prix 2021, qu’arrive-t-il avec notre entente 2022-2029 ? » avait-il soulevé en conférence de presse.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, s’est pour sa part voulu rassurant jeudi.

« C’est un contrat. Il y a une entente entre les autorités européennes et le Grand Prix du Canada valide jusqu’en 2029. Donc, si le Grand Prix n’a pas lieu cette année, ce sera à cause d’un cas de force majeur », a-t-il déclaré lors d’une conférence téléphonique sur la station du Réseau express métropolitain (REM) à l’aéroport Montréal-Trudeau.

« Mais quelle que soit la décision, et si ça devait se concrétiser que le Grand Prix n’est pas à Montréal cette année, autant M. Fitzgibbon, M. Dumontier que moi-même et nos partenaires, ce sur quoi on travaille, c’est que le Grand Prix continue de se produire à Montréal et de pérenniser notre relation avec le Grand Prix du Canada », a pour sa part déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Si le Grand Prix du Canada se déroule à huis clos cette année, la F1 réclame un dédommagement supplémentaire de 6 millions de dollars pour payer diverses dépenses liées à l’organisation de la course.

« Les retombées économiques sont importantes pour le Québec. On veut garder cette activité. Cette année est très difficile compte tenu des contraintes sanitaires. Faire un Grand Prix à huis clos, c’est comme ouvrir une salle de cinéma, mais de dire qu’il n’y a personne qui entre dans la salle. Il y a des coûts à ça. Nous sommes très sensibles au gouvernement de ne pas engager des coûts dans une période où l’argent pourrait aller ailleurs », a expliqué M. Fitzgibbon.

« On veut minimiser les coûts et on veut garder le Grand Prix. Alors, il faut négocier dans les 48 heures », a-t-il ajouté.

Le Grand Prix du Canada n’a pas voulu faire de commentaires.

Avec Jeanne Corriveau

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