Plus de 800 millions pour élargir l’accès à Internet haute vitesse au Québec

Internet haute vitesse desservira quelque 148 000 foyers québécois de plus d’ici septembre 2022. Les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault en ont fait la promesse commune lundi à Trois-Rivières.

« C’est une entente historique », ont répété tour à tour les deux hommes d’État. Les deux gouvernements se sépareront à parts égales la facture de 826 millions de dollars. Les entreprises Vidéotron, Cogeco, Bell, Xplornet, Sogetel et TELUS héritent quant à elles de la tâche de déployer près de 70 000 km de fibre optique ; des pénalités leur seront infligées en cas de non-respect de dates butoirs.

Le premier ministre québécois, François Legault, a réitéré sa promesse électorale de brancher tous les Québécois à Internet haute vitesse d’ici à la fin de son mandat. « C’est pas simple, je me suis rendu compte de ça », a-t-il laissé tomber.

Selon lui, 251 000 foyers québécois demeurent privés d’accès à Internet haute vitesse à l’heure actuelle. « Au cours des derniers mois, on a signé des contrats pour 67 000 résidences qui doivent être branchées d’ici septembre 2022 », a-t-il poursuivi. « Il reste donc 180 000 foyers qui n’ont pas de contrat. Aujourd’hui, on annonce une connexion pour 148 000 de ces 180 000 foyers. Il nous reste seulement 36 000 résidences sans contrat. On travaille très fort pour les brancher. »

Le responsable du dossier pour Québec, Gilles Bélanger, étudie différentes technologies pour desservir ces dernières demeures, notamment celles situées dans le Nord-du-Québec. Il avance que des satellites à basse orbite pourraient être mis à contribution. « On parle de 30 000 $ le kilomètre [pour dérouler la fibre optique]. On n’ira pas faire 500 kilomètres pour brancher 30 résidences. »

Par ailleurs, le premier ministre québécois a dit « exiger » des fournisseurs Internet un prix identique pour tous leurs clients, peu importe leur région.

Au Québec, Internet haute vitesse dessert déjà 99,8 % des habitants des grands centres de plus de 100 000 habitants. Ce pourcentage recule à 65,3 % dans les communautés rurales de moins de 1000 personnes. Il est toutefois assez élevé dans les petits centres, à 95,2 % dans les agglomérations de 1000 à 30 000 résidents.

Le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a comparé le déploiement d’Internet haute vitesse à l’électrification des régions du siècle dernier.

Sortir de la « noirceur »

Une telle annonce sortira des régions de la « noirceur », prétend le préfet de la MRC des Basques, Bertin Denis. Dans le Bas-Saint-Laurent, « les cinq premiers kilomètres de front à partir du fleuve, c’est correct. Mais, plus haut que ça, c’est par épisode, c’est la noirceur. Au Témiscouata, c’est la noirceur totale. »

Ce « service essentiel » joue aujourd’hui un rôle clé dans toutes les entreprises. « Les systèmes de gestions des érablières, tout ça est informatisé maintenant. Ils ont besoin de savoir en temps réel, où qu’ils soient sur le territoire, comment ça va dans l’érablière. C’est la même chose pour les producteurs de lait. Ils ont des systèmes extrêmement informatisés pour l’alimentation, la ventilation, la traite. Ils ont besoin d’avoir Internet, comme n’importe quel autre chef d’entreprise. »

« La noirceur », c’est aussi le terme utilisé par Caryl Green, préfète de la MRC des Collines-de-l’Outaouais. Dans son village de Chelsea, à 15 minutes de la colline parlementaire, les citoyens ne peuvent obtenir de service fiable. « Il y a des chemins où il y a ce qu’on appelle les maisons orphelines. Une partie de la rue a du service, mais ailleurs, non. »

À l’heure du télétravail et de l’école virtuelle, le branchement aurait même dû arriver plus tôt, ajoute-t-elle. « Quand il y avait deux enfants dans la maison, il y en avait un des deux qui ne pouvait pas étudier si ce n’était pas avec le même professeur, parce qu’il manquait de signal. »

Et pas besoin d’aller bien loin en région pour vivre cette « noirceur ». Avec 29 000 branchements prévus en Outaouais, 15 750 en Montérégie et 8500 dans la Capitale-Nationale, « on ne parle pas de régions si éloignées que ça », note le président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers. « Quand on regarde la répartition de ce qu’il reste à faire, c’est vraiment étalé partout au Québec ».

Il se remémore la première fois qu’il a entendu un politicien promettre de brancher tous les Québécois à la haute vitesse. C’était aux élections de 2003. Mais, après l’annonce de lundi, il rayonne de confiance. « On dit toujours : “Attendons de voir que ça soit fini”. Là, ce qu’on dit, c’est que les contrats sont signés. Il n’y a plus de raison que ça n’avance pas. »

Selon lui, la pandémie expose la vulnérabilité de tous les coins de pays privés d’Internet. « Il y a des conseils municipaux qui allaient dans leur municipalité voisine, parce qu’eux ne pouvaient pas faire leur conseil à partir de leur demeure. On le dit depuis 20 ans que c’est essentiel, mais là, on l’a compris à grande vitesse. »

 

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