Uber reconnaît aux chauffeurs britanniques le statut de salariés, une première mondiale

La Cour suprême britannique avait estimé le 19 février que les chauffeurs pouvaient être considérés comme des «travailleurs» et donc bénéficier de droits sociaux.
Photo: Frank Augstein Associated Press La Cour suprême britannique avait estimé le 19 février que les chauffeurs pouvaient être considérés comme des «travailleurs» et donc bénéficier de droits sociaux.

Uber va octroyer à ses chauffeurs britanniques le statut de travailleurs salariés, avec salaire minimum et congés payés, une première mondiale pour la société américaine et un chamboulement du modèle des plateformes numériques au Royaume-Uni.

Le géant américain de la réservation de voitures a annoncé dans un communiqué mardi que l’ensemble de ses plus de 70 000 chauffeurs dans le pays bénéficieront de ces avantages dès mercredi. Il s’agit d’un profond changement pour Uber, dont les conducteurs étaient jusqu’à présent des travailleurs indépendants.

La plateforme a agi rapidement après avoir lancé une vaste consultation auprès de ses chauffeurs et un mois tout juste après une retentissante défaite devant la Cour suprême. La plus haute juridiction britannique avait estimé le 19 février que les chauffeurs pouvaient être considérés comme des « travailleurs » et donc bénéficier de droits sociaux. La loi britannique distingue le statut de travailleurs (« workers »), qui peuvent recevoir le salaire minimum et d’autres avantages, de celui de salariés au sens strict (« employees »), qui bénéficient d’un contrat de travail en bonne et due forme.

Désormais, les chauffeurs Uber du Royaume-Uni toucheront au moins le salaire minimum, auront droit à des congés payés et pourront cotiser à un plan d’épargne-retraite, auquel contribuera la société. Le salaire minimum est de 8,72 livres l’heure au Royaume-Uni, et doit passer à 8,91 livres en avril. Un chauffeur Uber gagne plus que cette somme en moyenne, soit 17 livres à Londres et 14 livres dans le reste du pays.

Uber explique que l’ensemble de ses conducteurs souhaitaient pouvoir bénéficier de ces avantages, tout en conservant de la flexibilité dans leurs conditions de travail. Ils auront toujours la possibilité de travailler avec Uber quand ils le veulent. Ces avantages s’ajoutent à ceux déjà existants, comme l’accès gratuit à des assurances maladie ainsi qu’à des indemnisations pour des congés parentaux.

« C’est un jour important pour les chauffeurs au Royaume-Uni », assure Jamie Heywood, patron d’Uber pour l’Europe du Nord et de l’Est. « Uber n’est qu’une partie du secteur des réservations de voitures et nous espérons que d’autres opérateurs nous rejoindront pour améliorer les conditions de travail de ces travailleurs qui sont essentiels dans nos vies de tous les jours », a-t-il dit.

Uber ne dévoile pas le coût de ces mesures, qui devrait être conséquent et peser un peu plus sur les fragiles finances d’une société pas encore rentable et dans une mauvaise passe à cause des restrictions sanitaires. Le groupe devrait absorber une partie du coût, car il peut difficilement augmenter ses tarifs, notamment à Londres où la concurrence est vive.

Toutefois, en accordant le statut de travailleurs salariés, la société s’épargne de longues procédures judiciaires. Car la décision de la Cour suprême aurait pu permettre aux chauffeurs de se tourner vers la justice pour obtenir les droits qu’Uber vient de leur accorder.

Marché par marché

Uber ne fait ce geste pour l’instant qu’au Royaume-Uni et va désormais regarder marché par marché comment il peut faire évoluer son modèle.

Le directeur général, Dara Khosrowshahi, a fait en février une série de propositions aux gouvernements et syndicats en Europe. L’objectif est de garantir une rémunération transparente et juste aux chauffeurs et de leur offrir plus d’avantages. Uber a pour projet de pouvoir répliquer en Europe ce qu’elle a proposé en Californie, à savoir des conducteurs indépendants mais qui reçoivent des compensations.

Reste à savoir si l’annonce d’Uber pourrait avoir des conséquences sur les autres plateformes numériques au Royaume-Uni qui sont les symboles de la gig economy (économie des « petits boulots »), soit des emplois précaires et peu payés.

En Espagne, le gouvernement a pris les devants en annonçant jeudi une modification de son Code du travail, qui considère désormais automatiquement comme salariés les livreurs à domicile de toutes les plateformes.

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