Grande victoire pour la librairie indépendante S.W. Welch

Stephen Welch, le patron de la librairie depuis 37 ans 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Stephen Welch, le patron de la librairie depuis 37 ans 

Des citoyens du Mile End crient victoire. La librairie indépendante S.W. Welch, pour laquelle ils se sont mobilisés, ne sera finalement pas forcée de fermer boutique en juillet, a annoncé le commerçant lundi. Le propriétaire de l’immeuble, l’entreprise Shiller Lavy, aurait renoncé à une hausse de loyer importante et négocié avec Stephen Welch une somme acceptable pour les deux parties.

Selon M. Welch, le copropriétaire de l’agence immobilière Shiller Lavy, Dany Lavy, l’a appelé vendredi pour lui faire une proposition. Ils se seraient finalement entendus lundi. Le commerçant n’a pas voulu dévoiler le montant exact de son nouveau loyer, mais il souligne avoir accepté un prix un peu plus élevé, tandis que M. Lavy aurait « beaucoup descendu ». Alors que le libraire de la rue Saint-Viateur Ouest payait jusqu’ici 2000 $ par mois, il avait révélé à la fin février qu’on avait tenté de lui imposer un nouveau bail à 5000 $ par mois. En entrevue avec Le Devoir, Dany Lavy avait affirmé qu’il avait par la suite baissé son offre à 3500 $.

Je me rends compte à quel point la librairie est aimée, et ça me touche beaucoup

 

M. Welch a indiqué également que l’entente est de deux ans, après quoi il prendra sa retraite. Le septuagénaire veut passer du temps avec sa famille. Or, il n’est pas convaincu de pouvoir vendre sa librairie de livres de seconde main dans deux ans. « Ma librairie, c’est moi. C’est 37 ans d’expérience et c’est difficile à recréer », a-t-il estimé.

L’entrepreneur a tenu à remercier les citoyens pour tout l’amour qu’il a reçu dans les derniers jours. « Je me rends compte à quel point la librairie est aimée, et ça me touche beaucoup », a-t-il dit.

Lorsque S.W. Welch a signifié son intention de fermer ses portes, la semaine dernière, en raison d’une hausse de loyer qu’il jugeait insoutenable, une mobilisation citoyenne a pris forme sous le nom de Mile End Ensemble. Le groupe Facebook a acquis près de 1500 membres en moins d’une semaine. L’objectif du groupe est non seulement de sauver la librairie, mais également de combattre la hausse des loyers commerciaux dans le quartier, dont plusieurs sont la propriété de Shiller Lavy. Plusieurs autres commerces ont fermé dans le quartier dans les dernières années en raison de la hausse des loyers, notamment le café Le Cagibi et la pâtisserie Chez de Gaulle.

Mobilisation citoyenne

Les membres du groupe ont d’ailleurs exprimé leur intention de continuer leurs actions, dont l’une est prévue à la librairie S.W. Welch le 13 mars à 14 h. « On ne veut pas que le mouvement meure dans l’œuf, a affirmé Morgane Lecocq Lemieux, membre de Mile End Ensemble. Ce cas symbolique a été réglé, mais il n’y a toujours pas de régulation des loyers commerciaux. Dans deux ans, ça serait dommage que le loyer soit augmenté de 300 % ou de Dieu sait combien. »

Selon Mme Lecocq Lemieux, il s’agit d’une victoire qui prouve que l’action citoyenne rapide peut porter ses fruits. M. Welch estime aussi que cette mobilisation a fait pencher la balance et qu’elle est là à long terme. « Cette situation a rapproché beaucoup de gens qui veulent défendre les entreprises qu’ils aiment dans leur quartier », a-t-il souligné.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Lorsque la librairie S.W. Welch a signifié son intention de fermer ses portes, la semaine dernière, en raison d’une hausse de loyer, une mobilisation citoyenne a pris forme sous le nom de Mile End Ensemble.

Le conseiller du Mile End, Richard Ryan, a aussi accueilli la nouvelle avec joie. « L’entente permettant la poursuite des activités de la librairie de M. Welch est une excellente nouvelle, qui non seulement profitera au Mile End, mais qui fonde également un espoir pour tous les propriétaires commerçants qui font face à des augmentations de loyer injustifiées, a déclaré M. Ryan par courriel. La mobilisation citoyenne pour soutenir la librairie est exemplaire et témoigne de l’importance de préserver la mixité de nos artères et de nos quartiers. »

« Nous allons poursuivre nos efforts pour soutenir les commerces locaux, et continuer de travailler avec le gouvernement du Québec pour minimiser la spéculation de baux commerciaux et la mise en place d’un registre », a-t-il poursuivi.

Pour sa part, Dany Lavy, de Shiller Lavy n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Aux commerçants qui pourraient faire face à d’importantes hausses de loyer à l’avenir, M. Welch a un conseil. « Achetez votre propre immeuble. À New York, les petites librairies indépendantes qui réussissent à survivre sont propriétaires de leur propre immeuble », fait-il remarquer.

Et pour les deux belles années qui restent à sa librairie, M. Welch promet d’offrir à ses clients « des titres inattendus, de superbes lectures et des trouvailles inhabituelles ».

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