Les emplois se remettent à fleurir aux États-Unis

En février, 379 000 emplois ont été créés aux États-Unis, bien plus que les 200 000 attendus par les analystes, et surtout près de trois fois plus qu’en janvier, a annoncé vendredi le département du Travail.
Photo: Steven Senne Associated Press En février, 379 000 emplois ont été créés aux États-Unis, bien plus que les 200 000 attendus par les analystes, et surtout près de trois fois plus qu’en janvier, a annoncé vendredi le département du Travail.

Le printemps est arrivé en avance aux États-Unis, où les créations d’emplois ont bondi en février grâce à un assouplissement des restrictions d’activité, laissant entrevoir une consommation euphorique dans les mois à venir.

En février, 379 000 emplois ont été créés, bien plus que les 200 000 attendus par les analystes, et surtout près de trois fois plus qu’en janvier, a annoncé vendredi le département du Travail.

Les bars et restaurants, qui souffrent particulièrement depuis le début de la crise, sont ceux qui ont le plus embauché le mois dernier. L’interdiction de servir en salle a en effet été levée dans certaines régions, avec une jauge maximale, dans la capitale fédérale Washington D.C. par exemple. Les autres activités liées aux loisirs et à l’hébergement, ainsi que dans les services de santé, la vente au détail et l’industrie manufacturière, ont également créé de nouveaux postes.

Au-delà des restrictions d’activité assouplies, les entreprises du pays se mettent surtout en ordre de bataille pour le miniboom économique annoncé. Dès le printemps, la consommation devrait bondir, portée par les vaccinations menées tambour battant et par les aides publiques distribuées depuis le début de la crise qui, couplées aux dépenses en baisse, ont rempli les comptes en banque des Américains, notamment des plus aisés.

Le dernier plan de relance en date, celui de Joe Biden, fait actuellement la navette au Congrès, mais pourrait être adopté la semaine prochaine, avec un montant un peu réduit par rapport aux 1900 milliards de dollars initiaux.

22 millions
C’est le nombre d’emplois qui ont été perdus aux États-Unis en raison de la pandémie. Selon les données récentes, seule une grosse moitié de ces emplois a été recréée jusqu’à maintenant.

« La réouverture des services sera l’élément dominant pour l’emploi au cours des prochains mois », et elle « devrait augmenter fortement à moins qu’une nouvelle augmentation des cas de COVID, due au variant […], n’oblige les États à retarder leur réouverture », analyse Ian Shepherdson, économiste pour Pantheon Macroeconomics. Il s’attend à voir un million d’emplois créés en mars.

« Si vous pensez que […] [c’]est “suffisant”, sachez qu’à ce rythme […] il faudra attendre avril 2023 pour retrouver le niveau de février 2020 », a noté sur Twitter le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Ronald Klain, tempérant l’optimisme suscité par ces chiffres.

Il va en effet falloir créer encore beaucoup d’emplois pour revenir au niveau prépandémique, puisque la crise a détruit 22 millions d’emplois, dont une grosse moitié seulement a été recréée. Et ce sont toujours 18 millions d’Américains qui touchent une allocation, après avoir perdu leur emploi ou vu leurs revenus plonger. Le retour au plein emploi en 2021 est « tout à fait improbable », avait également averti jeudi le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, estimant qu’« il faudra du temps ».

Inégalités persistantes

Le taux de chômage, en revanche, ne recule que très légèrement, à 6,2 % après 6,3 % en janvier. Il était attendu stable.

L’apparente contradiction entre de fortes créations d’emploi et un taux de chômage quasi stable s’explique en partie par les difficultés des chefs d’entreprise à embaucher dans certains secteurs. Les chômeurs ne sont en effet pas tous prêts à un retour au travail dans n’importe quelles conditions.

Cette dichotomie est aussi liée au fait que le nombre de chômeurs diminue d’un côté, grâce à tous ceux qui retrouvent un emploi, mais gonfle de l’autre, avec ceux qui, par choix ou par obligation, avaient cessé de chercher du travail et reviennent dans la course : ils étaient 161 000 dans ce cas en février.

Ainsi, le taux de participation des Américains au marché de l’emploi est stable par rapport à janvier, à 61,4 %, « près de son plus bas niveau depuis les années 1970, observent Gregory Daco et Lydia Boussour, analystes pour Oxford Economics. Et « si l’on tient compte des personnes qui ont quitté la population active […] et des erreurs de classification persistantes, le taux de chômage reste autour de 9,3 % », ajoutent-ils.

Ils s’attendent cependant à ce que sept millions d’emplois soient créés en 2021, avec un chômage inférieur à 5 % d’ici la fin de l’année.

Hausse de l’épargne

La pandémie a aussi eu pour effet inattendu de faire grimper le niveau d’épargne des Américains, surtout celui des ménages aisés assignés à domicile et contraints à renoncer aux voyages et aux divertissements. Les ménages ont réduit leurs dépenses de loisirs. En parallèle, les foyers plus modestes ont touché les chèques de relance du gouvernement, des allocations-chômage supplémentaires, et ont pu suspendre les mensualités de remboursement de crédits.

Tout cet argent est venu gonfler les économies des Américains, plutôt connus pour crouler sous les dettes et pour consommer sans compter et à crédit. Un stock d’épargne excédentaire de 1800 milliards de dollars s’est ainsi accumulé ces onze derniers mois, ont indiqué cette semaine les cabinets Barclays Research et Oxford Economics. « On estime que ce stock pourrait monter jusqu’à 2500 milliards d’ici l’été », a indiqué à l’AFP Gregory Daco.

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