Choisir ses voisins avant son condo

Maxime Blackburn-Boulianne, a fondé le cohabitat Espace-Co Montréal avec sa conjointe Marie-Andrée Rodrigue (en rouge) en janvier 2019. Aussi sur la photo, leur fille Flora et Cécile de  Villemeur, l’une des membres  du projet.
MARIE-FRANCE COALLIER Le Devoir Maxime Blackburn-Boulianne, a fondé le cohabitat Espace-Co Montréal avec sa conjointe Marie-Andrée Rodrigue (en rouge) en janvier 2019. Aussi sur la photo, leur fille Flora et Cécile de Villemeur, l’une des membres du projet.

Choisir une vingtaine de voisins avant de faire construire son condo, c’est ce que sont en train de faire les membres de ce qui pourrait devenir le premier cohabitat à Montréal. Ce modèle d’habitation a pour vocation non seulement de leur permettre de payer moins cher leur unité, mais surtout de construire une communauté tissée serrée.

« Notre rêve est d’habiter proche de gens trippants et que ce soit aussi facile de socialiser que d’allumer la télévision », indique Maxime Blackburn-Boulianne, qui a fondé le cohabitat Espace-Co Montréal avec sa conjointe en janvier 2019.

Le couple jonglait avec l’idée depuis 2017, ayant découvert ce concept danois qui a déjà été repris par deux groupes au Québec durant la dernière décennie, soit à Québec et à Neuville. L’idée est de permettre à des gens de vivre en communauté tout en étant propriétaires de leur propre logement. Il prévoit des espaces communs comme un salon, une cuisine ou un espace de jeu pour enfants, ainsi que des activités sociales et le partage de diverses tâches comme du jardinage ou du gardiennage. Les membres doivent suivre des formations en sociocratie, un mode de gestion participative, et en communication non violente.

Pour le moment, le projet d’Espace-Co compte sept membres qui occuperont cinq logements différents dans le futur cohabitat. « Nous sommes un groupe très diversifié. Il y a des familles avec enfants, des personnes seules, des gens de différents groupes d’âge », souligne Cécile de Villemeur, l’une des membres du groupe.

Comme les instigateurs du projet visent la création de 12 à 20 unités, ils sont présentement en processus de recrutement. Ils ont fait un premier appel de candidatures, qui se termine dimanche, et disent avoir reçu six dossiers pour le moment. En parallèle, ils ont déjà ciblé quelques terrains potentiels pour la construction du projet, notamment des bâtiments qui pourraient être rénovés dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Ils espèrent commencer les travaux d’ici un an.

Moins isolés en pandémie

Pour ceux qui vivent déjà en cohabitat, la pandémie a été une démonstration supplémentaire de la valeur ajoutée de leur mode de vie. Les membres de Cohabitat Québec, 42 ménages dans le quartier Saint-Sacrement, ont l’impression d’avoir vécu moins d’isolement que la moyenne durant la dernière année.

« On est ici pour vivre en communauté, alors ça a été un choc, depuis le 13 mars, d’arrêter les repas communs et de fermer la maison commune », admet Geneviève Ruel, une mère monoparentale qui vit à Cohabitat Québec depuis cinq ans. Elle décrit ses voisins comme étant sa famille élargie.

Malgré la crise, les liens forts entre les résidents ont conduit à beaucoup d’entraide entre voisins. « J’ai vu une voisine amener des plats cuisinés à une personne seule, raconte Mme Ruel. Cet été, on a organisé un cinéma extérieur, on a dansé ensemble sur nos balcons. »

« Puisque je suis en télétravail, cet été, au lieu de dîner avec mes collègues, j’allais sur ma terrasse (adjacente à celle des autres) et je dînais avec mes voisins », renchérit pour sa part Sylvain Gingras-Demers, un autre cohabitant.

Leur microépicerie, qui met plusieurs aliments en vrac à la disposition des membres sur le site même du cohabitat, leur a aussi permis de moins fréquenter les marchés à grande surface pendant la pandémie.

Par ailleurs, M. Gingras-Demers a observé un intérêt marqué pour leur modèle durant la dernière année. Le site Internet du projet a notamment connu une augmentation de l’achalandage de 50 %. « Il y a possiblement des gens qui se sentent seuls et qui recherchent une autre manière de vivre », dit-il.

Engouement

Ce n’est pas la première fois qu’un projet de cohabitat voit le jour à Montréal, mais aucun n’a encore abouti. Cette fois-ci, un programme piloté par la Confédération québécoise des coopératives d’habitation (CQCH) a le potentiel de leur faciliter la vie. Espace-Co s’est enregistré comme coopérative de propriétaires, ce qui lui donne accès au Fonds Coop Accès Proprio, lancé en 2018. Ainsi, 25 % des coûts du projet pourraient être couverts par le Fonds, qui, en contrepartie, serait propriétaire du terrain visé par le projet. La coopérative, elle, serait propriétaire du bâtiment, alors que chaque membre achèterait le droit d’usage de son unité.

L’objectif du programme, explique le directeur général de la CQCH, Jacques Leclerc, est de faciliter l’accès à la propriété pour les ménages, ce qui est de plus en plus difficile en milieu urbain. Ainsi, il est prévu que les logements soient offerts à 75 % du prix des unités comparables sur le marché.

Or, il y a un engouement pour ce modèle, affirme M. Leclerc, puisqu’une quinzaine de projets de coopératives de propriétaires sont en cours, à divers degrés de réalisation, dont quatre à Montréal. « L’objectif est de construire 800 unités de ce type dans les sept prochaines années », précise-t-il.

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