Le bitcoin, en pleine explosion, suscite l’intérêt à Wall Street

Plusieurs banques centrales ont écarté l’idée de considérer le bitcoin comme une monnaie à part entière. Sur la photo, un point de vente pour l’achat de bitcoins à Marseille, en France.
Photo: Nicolas Tucat Agence France-Presse Plusieurs banques centrales ont écarté l’idée de considérer le bitcoin comme une monnaie à part entière. Sur la photo, un point de vente pour l’achat de bitcoins à Marseille, en France.

Le prix du bitcoin s’est envolé mardi à plus de 50 000 dollars américains (plus de 63 000 dollars canadiens), galvanisé par l’intérêt de grandes banques, d’entreprises comme Tesla et d’investisseurs à l’appétit pour le risque aiguisé.

En début de séance, la plus connue des cryptomonnaies est montée jusqu’à 50 547,70 $US, un haut historique. Elle a ensuite reculé à 49 130,50 $US, en progression de 1,9 % sur la séance à Londres et de près de 70 % depuis le début de l’année.

Après une performance vertigineuse en 2020, le bitcoin a vu sa valeur quintupler depuis un an. Avec plus de 18,6 millions de bitcoins émis depuis sa création par des internautes anonymes en 2008, l’ensemble du marché vaut théoriquement plus de 923 milliards.

Si certains observateurs se méfient de la volatilité de ce marché décentralisé et qui ne repose sur aucun actif, d’autres estiment que la situation est bien différente de 2017, quand les prix avaient grimpé avec un entrain encore plus soutenu avant de s’écraser début 2018. « Un intérêt de plus en plus marqué du monde des affaires pour les cryptomonnaies a transformé le marché par rapport à 2017 », commente Neil Wilson, analyste à Markets.com.

La semaine dernière, le constructeur de véhicules électriques Tesla a créé la surprise en annonçant avoir investi 1,5 milliard de sa trésorerie en bitcoins. Le patron de Tesla et homme le plus riche du monde, Elon Musk, n’hésite pas à vanter les mérites des cryptomonnaies sur les réseaux sociaux.

Banques centrales réticentes

Mardi, le groupe MicroStrategy, un éditeur de logiciels américain de taille moyenne qui a fait le pari, fin 2020, d’investir massivement dans le bitcoin pour permettre aux investisseurs de Wall Street de miser sur la cryptomonnaie en achetant leur action, a annoncé une collecte de fonds de 600 millions de dollars « pour acheter des bitcoins ».

Par ailleurs, les groupes bancaires et financiers s’intéressent de plus en plus au bitcoin. La plus vieille banque de Wall Street, BNY Mellon, et Mastercard ont suivi l’exemple, la semaine dernière, du géant BlackRock ou du service de paiement PayPal, qui ont annoncé de nouveaux projets sur les cryptomonnaies ces derniers mois.

Or, le marché des cryptomonnaies ne fait pas l’unanimité, plusieurs banques centrales ayant écarté l’idée de considérer le bitcoin comme une monnaie à part entière. « Je ne pense pas que les monnaies numériques telles qu’elles ont été conçues à l’origine » répondent aux critères « de gouvernance d’une monnaie numérique durable », a déclaré le gouverneur de la banque d’Angleterre, Andrew Bailey, fin janvier.

Pourtant, la politique monétaire des banques centrales profite aux cryptomonnaies. Pour tenter d’empêcher le naufrage économique promis par la pandémie de COVID-19, les institutions ont adopté des taux très bas ou négatifs et inondent le marché de liquidité, ce qui pousse les investisseurs vers les actifs les plus risqués.

Pour certains, puisque le bitcoin dépend d’un réseau décentralisé et ne pourra jamais être influencé par une politique monétaire de la même manière que l’euro ou le dollar, c’est l’investissement parfait pour se prémunir de l’inflation. Pour d’autres, l’achat de bitcoin représente simplement « une peur de manquer le train », a estimé Naeem Aslam, analyste chez Ava Trade.

Au Canada

Au Canada, des fonds négociés en Bourse (FNB) basés sur le bitcoin ont obtenu le feu vert des autorités réglementaires, pavant la voie à une structure de fonds unique dans l’industrie, selon les gestionnaires de placements. La société Purpose Investments, établie à Toronto, indique que son FNB de bitcoins commencera probablement à se négocier dès cette semaine sous le symbole « BTCC », après avoir collaboré avec les autorités pour s’assurer de se conformer à la fois aux règles du marché des FNB et de l’industrie des actifs numériques.

Selon un porte-parole de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, l’examen de la soumission finale de Purpose Investments a été achevé jeudi dernier et on lui a remis un visa qui en fait un émetteur assujetti dans la province. Après que Purpose Investments eut annoncé avoir posé ce jalon, un autre fonds canadien, 3iQ, a dit avoir lui aussi reçu des visas préliminaires pour un FNB de bitcoins dans toutes les provinces et territoires du Canada, à l’exception du Québec.

Tous deux affirment que leur FNB s’appuie sur des bitcoins sous forme « physique », ce qui les distingue de certains des autres investissements en cryptomonnaie tels que les contrats à terme sur Bitcoin, du Chicago Mercantile Exchange. Le directeur des investissements de Purpose Investments, Greg Taylor, affirme que son fonds est différent d’un produit dérivé ou d’un contrat à terme, car la société investira directement dans Bitcoin chaque fois qu’un investisseur y placera de l’argent.

Avec Le Devoir

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