Des personnes assistées sociales dans une situation plus précaire que jamais

La hausse du prix du panier d’épicerie au Québec pour 2021 s’annonce record, à 4%, selon le 11e Rapport sur les prix alimentaires canadiens. Sur la photo, une banque alimentaire, à Montréal.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La hausse du prix du panier d’épicerie au Québec pour 2021 s’annonce record, à 4%, selon le 11e Rapport sur les prix alimentaires canadiens. Sur la photo, une banque alimentaire, à Montréal.

Des organismes et des représentants des trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont réclamé vendredi de l’aide supplémentaire pour les personnes assistées sociales en ces temps de pandémie. De nombreuses personnes se trouvent dans une situation plus précaire que jamais, selon le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ).

« Je suis maintenant obligée de courir les banques alimentaires tous les mois », a raconté Jessica Massé, résidente de Lévis et prestataire de l’aide sociale, parce qu’elle vit avec des contraintes sévères à l’emploi. « On n’est pas souvent capables d’avoir des légumes frais, à part dans les banques alimentaires. Je ne suis plus capable de m’acheter des poches de lait, je dois m’acheter du lait en poudre », a ajouté celle qui milite au sein de l’organisme ROSE du Nord.

D’après un sondage effectué par le FCPASQ auquel 257 personnes ont répondu, environ 50 % de ces personnes ont rapporté une hausse de leurs dépenses de 100 à 300 $ par mois pendant la pandémie. Environ 75 % d’entre elles se seraient privées de nourriture plus que d’habitude et 50 % auraient coupé dans les soins de santé.

Parmi les facteurs en cause se trouve le prix du panier d’épicerie, dont la hausse au Québec pour 2021 est prévue comme étant un record, à 4 %, par le 11e Rapport sur les prix alimentaires canadiens produit par quatre universités canadiennes. Les augmentations sont particulièrement marquées pour les fruits et légumes et la viande. « Quand on se prive déjà de manger, ça peut être deux ou trois repas de plus qui sautent dans le mois », a estimé en entrevue Stéphane Handfield, porte-parole du FCPASQ.

« Les banques alimentaires ont débordé, des organismes communautaires ont fermé, toute la nourriture gratuite que les gens allaient chercher dans ces ressources-là, les gens ont dû se la payer eux-mêmes. Les gens ne pouvaient plus aller dans plusieurs épiceries en quête de spéciaux pour ne pas trop s’exposer à la COVID-19. Certains qui avaient de petits emplois d’appoint les ont perdus et n’ont pas eu droit à la Prestation canadienne d’urgence », a développé M. Handfield.

« Les coûts des logements et des aliments augmentent plus vite que l’inflation, et l’aide sociale ne suit pas cette augmentation, donc il y a une dégradation du train de vie chaque année », a quant à lui avancé Philippe Hurteau, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques.

Le FCPASQ se positionne donc en faveur d’une aide d’urgence consistant à rehausser la prestation d’aide sociale jusqu’à la fin de la crise.

La porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de solidarité sociale et de lutte contre la pauvreté, Paule Robitaille, s’est dite favorable à une telle mesure. « Ce que vivent les prestataires est extrêmement dur et la moindre des choses aurait été une allocation d’urgence pour eux. Il n’est jamais trop tard pour bien faire », a plaidé Mme Robitaille, soulignant que d’autres provinces, comme l’Ontario, ont mis en place un programme d’aide d’urgence pour aider des personnes à combler leurs besoins de base dans le cadre de la pandémie.

Pour le « droit à l’amour »

Une autre façon d’aider les prestataires serait de leur permettre de vivre sous le même toit sans que leur chèque soit amputé. Élus de l’opposition et organismes ont ainsi revendiqué « le droit à l’amour » des personnes assistées sociales comme mesure permanente.

Vendredi, Mélanie Ratté a raconté avoir dû quitter le logement qu’elle habitait avec son conjoint, commis d’épicerie, lorsqu’elle a dû demander l’aide de dernier recours en raison de problèmes de santé. « C’était évident que mon conjoint ne pouvait pas couvrir nos deux dépenses avec un seul salaire. Et de toute façon, pour moi, il était hors de question de dépendre d’une autre personne et de lui confier le contrôle de ma vie. J’ai donc dû aller vivre chez ma mère pour avoir droit à une aide financière », a confié Mélanie Ratté, militante à l’Action plus Brome-Missisquoi.

Selon le régime actuel, les prestataires des programmes d’aide sociale et de la solidarité sociale peuvent se faire retrancher autour de 25 % parce qu’ils vivent ensemble. Ils ne sont pas admissibles au programme si le salaire de leur conjoint dépasse un certain montant.

« Il est difficile de croire qu’en vivant avec un conjoint ou un colocataire, le revenu personnel de l’aide sociale est superflu, comme si ces personnes n’avaient pas besoin de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. C’est inhumain et déconnecté de la réalité des personnes assistées sociales », a déclaré Martin Ouellet, porte-parole du Parti québécois en matière de solidarité sociale et de lutte contre la pauvreté.

De son côté, l’attachée de presse du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a mentionné que ce sujet est présentement examiné dans le cadre de la modernisation de l’assistance sociale. « La question de l’individualisation des prestations fait partie intégrante des discussions, mais dans le contexte d’une réforme globale du régime de l’assistance sociale plutôt que d’une réforme à la pièce », a communiqué par courriel Maude Méthot-Faniel.

« Nous avons bonifié et indexé les prestations des personnes assistées sociales. Ces bonifications fluctuent entre 1,8 % et 7,3 % de leurs prestations selon leur situation », a aussi indiqué Mme Méthot-Faniel.

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