Ottawa approuve l’acquisition de Transat A.T. par Air Canada

Air Canada devra respecter une série de modalités, parmi lesquelles s’assurer à ce que Transat A.T. offre son service dans les deux langues officielles et maintenir le siège social du voyagiste au Québec ainsi que sa marque.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Air Canada devra respecter une série de modalités, parmi lesquelles s’assurer à ce que Transat A.T. offre son service dans les deux langues officielles et maintenir le siège social du voyagiste au Québec ainsi que sa marque.

Les ravages provoqués dans l’industrie aérienne par la pandémie de COVID-19 ont finalement incité Ottawa à donner son feu vert à la prise de contrôle de Transat A.T. par Air Canada, une décision qui s’accompagne d’une série de conditions.

En annonçant sa décision, jeudi après la clôture des marchés financiers, le gouvernement Trudeau a souligné que la crise sanitaire avait été un « facteur clé » dans son évaluation de la transaction, puisqu’elle « jette un doute » sur la capacité du voyagiste québécois à surmonter d’importantes difficultés financières.

« L’acquisition proposée […] apportera une plus grande stabilité dans le marché canadien du transport aérien, a souligné le ministre des Transports, Omar Alghabra, dans une déclaration. Elle sera assortie de modalités strictes qui favoriseront la concurrence internationale et la connectivité, et protégeront les emplois. »

Transat A.T. avait signalé, en décembre dernier, avant qu’Ottawa ne resserre les règles entourant les voyages, ce qui a mené à la suspension des vols vers les destinations soleil, qu’elle aurait besoin d’environ un demi-milliard de dollars pour passer au travers de l’année.

La balle est maintenant dans le camp de la Commission européenne, dont la décision se fait toujours attendre. Dans son analyse préliminaire, elle s’inquiétait des effets du regroupement sur 33 liaisons entre le Canada et le Vieux-Continent. Le Bureau de la concurrence avait également exprimé des réserves à l’égard de la transaction.

La date butoir concernant la vente de Transat A.T. à Air Canada a été fixée au 15 février, mais cet échéancier peut être repoussé si les deux entreprises s’entendent.

Plusieurs conditions

Ottawa a toutefois fixé plusieurs conditions en dévoilant sa décision. Néanmoins, l’obligation entourant le maintien du siège social de Transat A.T. au Québec ainsi que de la marque du voyagiste n’est que de cinq ans.

« Nous avons confiance que ces mesures profiteront aux voyageurs et à l’industrie entière », a souligné M. Alghabra.

Le plus important transporteur au pays devra également s’assurer que le voyagiste offre son service dans les deux langues officielles. Il devra aussi respecter des mesures pour « encourager d’autres transporteurs » à reprendre les liaisons transatlantiques dont le service était assuré par Transat A.T, maintenir au moins 1500 emplois et mettre en place un mécanisme de surveillance des prix, notamment.

Dans un contexte où l’aide sectorielle à l’industrie aérienne se fait toujours attendre, le directeur du groupe d’études en management des entreprises en aéronautique à l’UQAM, Mehran Ebrahimi, ne s’est pas montré surpris de la décision du gouvernement Trudeau. « Il n’y a pas eu d’intervention dans la pire période de l’histoire de l’aviation, a-t-il lancé, au bout du fil. Cela aurait été le comble de s’opposer à cette transaction qui aurait signé l’arrêt de mort de Transat. »

Le voyagiste a temporairement cessé ses activités jusqu’à la fin avril et a mis à pied quelque 450 employés depuis le début de l’année puisqu’il n’offre plus de vols vers les destinations soleil.

En décembre dernier, les actionnaires de Transat A.T. avaient voté en faveur de la proposition révisée à 5 $ l’action d’Air Canada. La proposition précédente était de 18 $ par action dans le cadre d’une offre évaluée à 720 millions de dollars, mais celle-ci avait été révisée à la baisse dans la foulée de la crise provoquée par la pandémie.

Le mois dernier, l’entreprise avait réitéré son appui à l’offre d’Air Canada lorsqu’il avait été révélé que l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau avait soumis, à titre personnel, une proposition non sollicitée de 5 $ par action le 22 décembre dernier.

Jeudi soir, M. Péladeau a critiqué la décision, disant qu’il était « toujours difficile, voire impossible, de comprendre le gouvernement de Justin Trudeau ».

« D’un côté il blâme les sans-fil (Rogers, Bell, Telus) de maintenir des prix trop élevés, de l’autre il autorise la constitution d’un joueur dominant qui va augmenter les prix ! », a écrit M. Péladeau sur Twitter.

 

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