Vers un «dollar numérique» émis par la Banque du Canada?

Selon Timothy Lane, toute monnaie numérique devrait provenir d’une banque centrale pour assurer que l’intérêt du public demeure en tête des priorités, plutôt que les profits du secteur privé.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Selon Timothy Lane, toute monnaie numérique devrait provenir d’une banque centrale pour assurer que l’intérêt du public demeure en tête des priorités, plutôt que les profits du secteur privé.

La Banque du Canada devrait être l’émetteur d’un éventuel « dollar numérique » plutôt que d’en céder le contrôle à des groupes privés et à leurs cryptomonnaies, a déclaré mercredi un sous-gouverneur de l’institution, Timothy Lane.

La banque centrale canadienne développe déjà sa propre monnaie numérique — comme plusieurs autres de ses consœurs dans le monde —, dans l’éventualité où l’émission d’une telle devise deviendrait nécessaire. Mais pour l’heure, l’institution ne voit toujours pas de besoin pour une cryptomonnaie, même si la pandémie a accéléré le passage à une économie plus numérique, a indiqué M. Lane dans le texte d’un discours qu’il devait livrer mercredi.

Cela pourrait toutefois changer si la baisse de l’acceptation de l’argent comptant atteignait un point de basculement au pays. « Une chose est certaine : à mesure que les sociétés et les économies se modernisent, l’argent comptant perd du terrain en faveur des modes de paiement numériques », a-t-il fait valoir.

Selon un sondage réalisé dernièrement auprès de banques centrales, près de 60 % d’entre elles estiment qu’il leur serait possible d’émettre leur propre monnaie numérique d’ici six ans. Il y a un an seulement, moins de 40 % d’entre elles envisageaient cette possibilité, a rappelé Timothy Lane.

Selon le sous-gouverneur, toute monnaie numérique devrait provenir d’une banque centrale pour assurer que l’intérêt du public demeure en tête des priorités, plutôt que les profits du secteur privé.

« Même si l’économie se numérise de plus en plus, les cryptomonnaies comme le bitcoin ont peu de chances de devenir l’argent du futur. Ce sont des modes de paiement vraiment imparfaits — sauf pour les activités illégales comme le blanchiment d’argent, quand la priorité est de rester anonyme. Leurs méthodes de vérification coûtent cher et leur pouvoir d’achat est très instable. La récente flambée de leurs prix ressemble plus à un mouvement spéculatif qu’à une tendance : il suffit d’un tweet populaire pour que les prix explosent », a-t-il affirmé.

De leur côté, les cryptomonnaies stables sont pour la plupart garanties — entièrement ou en partie — par des actifs sûrs. Leur pouvoir d’achat est donc plus stable. Elles ont le potentiel d’être adoptées à grande échelle pour les transactions courantes, « mais aucune n’est proche de ce stade ».

Avec Le Devoir