Appel à l’annulation des dettes publiques détenues par la BCE

«Les citoyens découvrent, pour certains avec effarement, que près de 25% de la dette publique européenne est aujourd’hui détenue par leur banque centrale», relèvent plus de 100 économistes dans une tribune.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse «Les citoyens découvrent, pour certains avec effarement, que près de 25% de la dette publique européenne est aujourd’hui détenue par leur banque centrale», relèvent plus de 100 économistes dans une tribune.

Plus de 100 économistes ont lancé vendredi un appel à annuler les dettes publiques détenues par la Banque centrale européenne (BCE) pour faciliter la reconstruction sociale et écologique après la pandémie de COVID-19.

Tandis que l’endettement public a très fortement augmenté pour protéger les ménages et les entreprises, « les citoyens découvrent, pour certains avec effarement, que près de 25 % de la dette publique européenne est aujourd’hui détenue par leur banque centrale », relèvent ces économistes dans une tribune dans neuf publications européennes.

« Nous nous devons à nous-mêmes 25 % de notre dette et si nous remboursons cette somme, nous devrons la trouver ailleurs, soit en réempruntant pour faire rouler la dette au lieu d’emprunter pour investir, soit en augmentant les impôts, soit en baissant les dépenses », expliquent ces économistes, parmi lesquels 50 Français, dont Thomas Piketty (École d’économie de Paris), l’ancien ministre belge Paul Magnette et l’ancien commissaire européen hongrois Andor Lazlo.

Interrogé sur cet appel, le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, a déclaré qu’une « annulation de dette n’avait aucun sens d’un point de vue économique ou financier ». Il explique qu’en créant une perte au bilan de la banque centrale, celle-ci sera obligée de réduire ses paiements de dividendes aux gouvernements. « Mais ce n’est pas seulement une question d’équivalence comptable, mais de réputation, de crédibilité et d’indépendance de la banque centrale », selon lui.

Les signataires estiment à l’opposé que l’institution basée à Francfort pourrait, en annulant ses créances « offrir aux États européens les moyens de leur reconstruction écologique, mais aussi de réparer la casse sociale, économique et culturelle ». L’effacement des dettes publiques ou leur transformation en dettes perpétuelles sans intérêt se ferait en échange d’un engagement des États à « investir les mêmes montants dans la reconstruction écologique et sociale ».

« Ces montants s’élèvent aujourd’hui, pour l’ensemble de l’Europe, à près de 2500 milliards d’euros », selon l’appel paru notamment dans Le Monde (France), El País (Espagne), La Libre Belgique, Der Freitag (Allemagne) et l’Avvenire (Italie).

Inquiets devant un possible retour de politiques d’austérité impliquant des réductions de dette publique comme celles menées de 2015 jusqu’au début de la pandémie, les signataires affirment que « l’annulation n’est pas explicitement interdite par les traités européens » et que « l’histoire nous a maintes fois montré que les difficultés juridiques s’effacent devant les accords politiques ».

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