De l’aide financière refusée à certains restaurateurs

Les commerces qui ont été fermés pendant 90 jours et plus pourront se prévaloir de deux mois d’aide après leur réouverture, pour un total maximal de 30 000$.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les commerces qui ont été fermés pendant 90 jours et plus pourront se prévaloir de deux mois d’aide après leur réouverture, pour un total maximal de 30 000$.

Le ministre de l’Économie a annoncé mercredi matin une bonification du programme provincial de soutien aux entreprises qui ont été forcées de fermer leurs portes en raison de la pandémie. Or, certains bars et restaurants déplorent de s’être fait refuser l’accès à cette aide en raison de leur situation financière jugée précaire.

À l’automne dernier, Hanafi Ben Younes a envoyé sa demande au Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME) mis en place par le gouvernement du Québec. Il a notamment dû fournir de récents états financiers et le détail de ses dépenses. Le propriétaire du restaurant Au coin berbère, à Montréal, espérait obtenir des prêts pouvant aller jusqu’à 15 000 $ par mois de fermeture, prévus par ce programme pour couvrir notamment les frais fixes des entreprises, comme l’électricité et les assurances. Puisque son commerce se trouve en zone rouge, le volet Aide aux entreprises en régions en alerte maximale (AERAM) aurait permis de transformer en don jusqu’à 80 % de ces prêts.

« Situation financière précaire »

Le 19 janvier, M. Ben Younes a reçu une réponse qui l’a beaucoup fâché. On lui refusait ce prêt, à la suite de l’analyse de ses données financières, remettant en question sa capacité à le rembourser tout en assumant ses autres obligations financières. « Pour se qualifier au PAUPME-AERAM, une entreprise doit démontrer factuellement qu’elle présente des perspectives de viabilité à moyen terme », mentionne le courriel provenant de PME MTL, qui analyse les demandes pour la région. « L’entreprise doit démontrer que ses problèmes financiers ou opérationnels sont liés à la pandémie de la COVID-19 », indique par écrit, pour sa part, Mathieu St-Amand, directeur des communications du cabinet du ministre de l’Économie.

« Mais je ne suis pas endetté, je paye mon loyer et mes charges. Avant la COVID-19, j’étais rentable, je nourrissais ma famille et faisais travailler des employés à temps partiel. Je n’étais pas sur le point de fermer », proteste le restaurateur spécialisé en couscous et tajines.

Le directeur général du bar Les 4 jeudis et du restaurant Piz’za-za a aussi reçu des lettres similaires le 6 novembre, mettant en cause sa « situation financière précaire » pré-COVID. « La marge de profit en restauration, elle est très mince, dit Alexandre Le Blanc. Je comprends que le gouvernement a peur de prêter de l’argent à des entreprises qui risquent de fermer de toute façon, mais ce n’est pas notre cas. »

M. Le Blanc croit par ailleurs que plusieurs entreprises sont dissuadées de demander de l’aide par la complexité de la paperasse à fournir. « Le gouvernement martèle que l’aide est là, mais il y a des barrières à l’entrée », déplore-t-il.

L’organisme qui s’occupe de gérer l’AERAM dans sa région, ID Gatineau, estime qu’environ la moitié des 166 demandes reçues pour ce programme, soit 83, proviennent des bars et des restaurants. Là-dessus, environ 30 % des demandes ont été refusées jusqu’à présent. À l’échelle du Québec, une centaine de restaurants et bars ont essuyé un refus, soit approximativement 5 % des 2500 demandes. Il y aurait environ 22 000 restaurants et bars au Québec, selon Statistique Canada.

« Je reçois des appels tous les jours de gens refusés par l’AERAM », soutient pour sa part François Meunier, porte-parole de l’Association restauration Québec. Il croit que Québec devrait mettre en place de l’aide plus universelle pour les commerces, calculée en fonction de la baisse du chiffre d’affaires par rapport aux années précédentes.

D’autres programmes, mis en place par le gouvernement fédéral, leur sont aussi offerts, comme la Subvention d’urgence du Canada pour le loyer commercial et la Subvention salariale d’urgence du Canada.

Une bonification bien accueillie

Pour ceux qui ont été jugés admissibles à l’AERAM, la bonification annoncée par le ministre Pierre Fitzgibbon est accueillie les bras ouverts. Les commerces qui ont été fermés pendant 90 jours et plus pourront se prévaloir de deux mois d’aide après leur réouverture, pour un total maximal de 30 000 $. Ceux qui ont été fermés moins de 90 jours auront droit, pour leur part, à un mois supplémentaire, pour un maximum de 15 000 $.

« C’est une très bonne nouvelle. On sait qu’on va rouvrir avec des contraintes, possiblement par rapport aux heures d’ouverture, par rapport à la capacité d’accueil. Ça va être important de soutenir les bars lors des deux premiers mois de leur rouverture », a laissé savoir Pierre Thibault, président de la Nouvelle Association des bars du Québec.

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