Des substituts québécois à Uber Eats en quête de notoriété

Axel Lespérance, fondateur de l’application RestoLoco, qui donne accès à une liste d’une centaine de restaurants.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Axel Lespérance, fondateur de l’application RestoLoco, qui donne accès à une liste d’une centaine de restaurants.

Des entreprises québécoises veulent prendre des parts de marché occupées par les géants de la livraison de repas comme Uber Eats, offrant notamment des frais plus bas aux restaurateurs. Mais elles peinent pour l’instant à se faire connaître auprès des clients.

Le propriétaire de La Taqueria, sur la rue Ontario Est, à Montréal, fait affaire avec Uber Eats et SkipTheDishes pour faire livrer ses authentiques plats mexicains à domicile. Hector Escobar utilise aussi deux plateformes québécoises, Pizzli et RestoLoco, dont il fait la promotion sur des affiches apposées devant son comptoir pour emporter.

M. Escobar préfère ces entreprises locales, dont les commissions sont plus avantageuses et le service à la clientèle bien meilleur. Rappelons que les restaurateurs se plaignent d’être amputés d’une partie de leurs revenus pouvant aller jusqu’à 30 % par les grands services de livraison et que le gouvernement du Québec songe à légiférer pour limiter ces frais. Mais M. Escobar ne peut pas se permettre, pour l’instant, d’abandonner Uber Eats.

Pour que le vent tourne

« Environ 50 % des commandes de livraison viennent d’Uber Eats, 35 % de SkipTheDishes et 15 % de RestoLoco. Je viens tout juste de commencer avec Pizzli, je n’ai eu que deux livraisons jusqu’à présent », détaille le restaurateur.

Le fondateur de RestoLoco compte tout faire pour que le vent tourne. « Pourquoi tenter de faire baisser les frais des géants étrangers à 20 % des commandes, quand on a déjà un acteur québécois qui charge 18 % ? » demande Axel Lespérance, faisant allusion à sa propre entreprise située dans Hochelaga-Maisonneuve dont l'ensemble des frais peuvent monter à 20 % de la facture.

L’application mobile de RestoLoco, lancée à l’été 2020, donne accès à une liste d’une centaine de restaurants et permet de commander auprès de ceux pour lesquels la livraison est offerte selon l’emplacement du client. Les frais de livraison facturés aux clients sont fixés à 2,95 $. RestoLoco a des ententes avec des entreprises locales de livraison, comme la coopérative de transport par voiture Eva et les Chasseurs Courrier, à vélo. On peut suivre la progression de son livreur sur l’application, précise M. Lespérance. Il est aussi possible de passer des commandes pour emporter. Les restaurants se trouvent principalement à Montréal, mais aussi à l’extérieur de la métropole, comme à Québec et à Saguenay.

« On négocie constamment avec de nouveaux partenaires de livraison. On devrait en annoncer de nouveaux sur la Rive-Nord et la Rive-Sud dans les prochaines semaines », indique M. Lespérance. Une nouvelle application « plus fluide et plus intuitive » devrait aussi être lancée dans les prochaines semaines.

« Le chemin est long. Ce n’est pas demain matin qu’on va avoir autant de notoriété qu’Uber Eats, admet-il. On peut devenir de plus en plus populaire, mais pour y arriver, on a besoin que tous les acteurs s’impliquent : les restaurateurs, les consommateurs, les médias, les élus. »

Le cofondateur d’une autre application montréalaise de commande de plats en ligne, nommée CHK PLZ, ne croit pas qu’il est possible, ni même nécessaire, de remplacer Uber Eats. « Uber Eats et DoorDash mettent beaucoup d’argent en marketing et permettent d’amener de nouveaux clients aux restaurateurs, juge Eric Heniak, cofondateur de CHK PLZ. Par contre, une fois que les clients ont découvert votre restaurant, il faut faire en sorte que, la prochaine fois, ils commandent sur votre propre site transactionnel, afin d’éviter les commissions de 20 à 30 %. »

La start-up, fondée par de jeunes hommes dans la vingtaine diplômés en génie de l’Université McGill, offre donc une plateforme Web de commande en ligne personnalisée accessible à partir des sites Internet des restaurateurs. Ils ont des contrats avec plus de 200 restaurants, dont certains très réputés comme Pastaga, qui sont aussi regroupés sur une application mobile. Cela coûte aux restaurants 30 $ par mois, et la facture de livraison — en moyenne de 6 $ à 10 $ dans un rayon de 5 km, selon M. Heniak — est généralement partagée entre les restaurateurs et les clients. Ils demandent aussi des frais de carte de crédit de 2,7 %, plus 0,30 $ par transaction.

Pour sa part, Pizzli a pour clientèle une centaine de restaurants, boulangeries, épiceries et même des fleuristes, un peu partout au Québec, notamment à Montréal, à Québec et à Sherbrooke. L’entreprise a aussi des partenaires de livraison locaux comme la coopérative Eva. En incluant la commission et les frais de transaction, ses services coûtent aux restaurateurs près de 6 % du prix des commandes. Le coût de la livraison, qui s’ajoute à la facture, peut être payé par le client ou par le restaurateur.

Pour quelle application faut-il opter ? « Peu importe laquelle vous prenez, encouragez les Québécois, demande le cofondateur de Pizzli Jérémie Bergeron. Nos vrais compétiteurs, ce sont les géants américains. »

Par ailleurs, la plateforme de commandes en ligne québécoise UEAT, utilisée par plusieurs milliers de restaurateurs au Canada et dans six autres pays, a annoncé lundi qu’elle allait offrir un système de livraison à tous ses clients restaurateurs du Québec. C’est une plateforme qui est intégrée sur les sites Web des restaurateurs. « Avec ce système, le restaurateur est autonome dans le contrôle de l’information qu’il montre et qu’il reçoit, et c’est lui qui garde les coordonnées des clients », souligne François Meunier, vice-président aux affaires publiques pour l’Association Restauration Québec. Pour avoir un accès direct à son restaurateur préféré, il n’y a rien de mieux que d’aller vérifier les options de livraison sur son propre site Web.

 
 

Cet article a été modifié après sa publication initiale afin de mieux refléter l’ensemble des frais facturés aux restaurateurs et aux clients par les diverses applications de livraison de repas.

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